FRANCE

MH370 : L'homme qui cherche seul

Ghislain Wattrelos a perdu sa femme et deux de ses enfants dans l'un des plus grands mystères de l'aéronautique. Aujourd'hui il a plaqué son travail pour se lancer à la recherche de la vérité.
Pierre Longeray
Paris, FR
22.11.16
VICE News

Posée au bout d'une impasse de Chatou, en banlieue parisienne, la demeure de Ghislain Wattrelos a tout de la belle maison familiale — un grand jardin, des chambres à l'étage et des photos de famille qui trônent sur la commode du salon. Ghislain Wattrelos y vit seul. Parfois son fils aîné, qui étudie à Polytechnique, vient passer la nuit ou le week-end.

Le reste de sa famille a disparu dans la nuit du 8 mars 2014. Sa femme et ses deux autres enfants étaient à bord du MH370 — un avion de la Malaysian Airlines qui semble avoir disparu de la surface du globe peu de temps après avoir décollé de Kuala Lumpur, en Malaisie.

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Depuis plus de deux ans, le monde entier cherche l'avion. Sans succès. Alors que les recherches entreprises par l'Australie au large de ses côtes arrivaient à leur terme, Ghislain Wattrelos a décidé en mars de quitter son poste de directeur de la stratégie chez Lafarge et de se lancer à plein temps à la recherche de la « vérité » : comprendre où est passé l'avion. Il nous expliquait au début du printemps dernier pourquoi avoir fait ce choix. Plusieurs mois après cet entretien, il cherche toujours le MH370.

Contacté par VICE News, l'Élysée n'a pas répondu à nos questions concernant les interrogations de Ghislain Wattrelos sur ce que les autorités françaises pourraient savoir au sujet de la disparition de l'avion.


Les zones d'ombre

Elles sont nombreuses, mais on peut les resserrer autour de trois interrogations :

1. Quel a été le trajet de l'avion ?

2. Où sont passées les données qui permettraient de répondre à la première question ?

3. Cargaison, passagers : qu'est ce que l'avion transportait ?

1. Où est passé l'avion ?

Ce qui a très vite intrigué Ghislain Wattrelos après la disparition de l'avion, ce sont les zones successives où l'on a cherché l'avion. La semaine qui suit la disparition du MH370, les autorités déploient des moyens énormes pour essayer de trouver l'avion en mer de Chine, donc à l'est de la péninsule malaisienne (1).

Mais une semaine plus tard, le Premier ministre malaisien déclare que l'avion serait en réalité parti de l'autre côté, parce que des militaires l'ont détecté avec leurs radars durant la nuit de la disparition, à l'ouest (2), puis vers le sud. Des moyens sont alors dépêchés dans cette zone immense à l'ouest de l'Australie (3).

Donc dès la première semaine, Ghislain Wattrelos commence à douter et se dit très vite : « On nous cache quelque chose, ou du moins les Malaisiens nous cachent quelque chose ». Ses doutes continuent de grandir quand la version officielle donnée par les autorités indique que l'avion aurait changé plusieurs fois de direction, traversant potentiellement plusieurs contrôles aériens (Indonésie, Singapour, Vietnam, Thaïlande, Australie) — sans qu'aucun pays ne voie passer l'avion :


2. Où sont les données permettant de tracer l'avion ?

Pour parvenir à retracer le trajet de l'avion, les autorités malaisiennes se sont appuyées sur ce que l'on appelle les données Inmarsat — du nom d'une compagnie britannique spécialisée dans les satellites et la géolocalisation.

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Pour déduire l'itinéraire de l'avion, Inmarsat se sert de signaux que le MH370 a envoyé et qui ont été captés par un satellite à intervalle régulier. L'entreprise britannique assure que l'avion a envoyé 6 « pings » (ces signaux adressés au satellite) jusqu'à 8 heures du matin (alors que l'avion est parti à 23 heures la veille).

Grâce à ces données, l'entreprise parvient à établir deux arcs de cercles qui désignent les deux trajets possibles de l'avion. Un arc de cercle part de la Malaisie pour rejoindre le Kazakhstan en survolant la Chine, et un autre pointe vers le pôle Sud en passant au large de l'Australie.

Mais le problème pour Ghislain Wattrelos, c'est qu'il faut douter de la véracité de ces données :


3. Qu'y avait-il dans l'avion ?

Plus de deux ans après la disparition du MH370, Ghislain Wattrelos assure qu'il n'a jamais été interrogé à propos de la disparition de l'avion, alors que trois membres de sa famille étaient présents à bord. Selon lui, aucune enquête poussée n'a jamais été réalisée sur les passagers du vol.

« Il faut vérifier qui ils sont, qu'est-ce qu'ils ont fait avant, qu'est ce qu'ils ont fait après, d'où ils viennent, » estime Ghislain Wattrelos. C'est notamment pour cette raison qu'il a demandé à la France de faire appel à un juge antiterroriste, pour lancer l'étude des profils de tous ceux qui étaient dans l'avion.

En plus des passagers, l'avion de Malaysian Airlines transportait plusieurs cargaisons en soute. Il y avait notamment des batteries au lithium dans l'avion, qui selon certains, auraient pu être à l'origine d'un départ de feu dans l'avion — ce à quoi ne croit pas Ghislain Wattrelos.

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En plus des batteries, il y avait aussi plusieurs tonnes de fruits déclarées dans la soute de l'appareil : plus précisément des mangoustans, des sortes de petits litchis. Mais le problème est qu'en mars, le mois où le MH370 a décollé de Kuala Lumpur, ce n'est pas la saison des mangoustans. Fait étonnant, un journaliste local s'est aperçu que les avions du type du MH370 transportaient très souvent des cargaisons déclarant des mangoustans — ce qui encourage Wattrelos à s'intéresser à la cargaison de l'avion.


Bientôt trois ans

Depuis notre entretien en mars dernier, plusieurs débris ont été trouvés — dont trois ont été formellement identifiés comme appartenant au MH370. Cette « foire aux débris », selon les termes de Ghislain Wattrelos, devrait motiver les autorités à ratisser les côtes — ce qui couterait moins cher que de ratisser les fonds marins situés au large de l'Australie.

Ghislain Wattrelos confie ne pas avoir beaucoup avancé dans son enquête depuis notre entrevue, vu l'ampleur de la tâche, on le comprend. « Mais j'ai avancé dans ma vie», ajoute-t-il en ce début d'octobre. Il a repris un travail de consultant à mi-temps et il suit une formation. Où ça ? À l'IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale). Pourquoi ? « Pour comprendre pourquoi on abat des avions, » lance-t-il.

Aujourd'hui, il espère toujours que quelqu'un le contacte pour lui donner enfin l'information qui lui permettra de préciser sa recherche de la vérité.


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Illustrations : VICE News. Icônes par Kirill Kazachek et Freepik via flaticon.com

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