Yemen

Le Yémen est au bord de la famine

Depuis le début de la guerre civile, en mars 2015, les prix des denrées alimentaires ont explosé et les Yéménites font face à la faim et à une épidémie de choléra.
07 novembre 2016, 9:56am

Depuis le début de la guerre au Yémen en mars 2015, qui oppose les rebelles houthis et la coalition menée par l'Arabie Saoudite, plus de 10 000 personnes ont été tuées du fait du conflit. Mais désormais, ce sont 7,1 millions de Yéménites qui sont au bord de la famine.

« Le Yémen est à un pas de la famine », s'est inquiété Stephen O'Brien, secrétaire général adjoint des Nations unies pour les affaires humanitaires et l'aide d'urgence, ce lundi 31 octobre.

Tous les efforts de paix menés dans le pays ont échoué, notamment le cessez-le-feu d'il y a deux semaines. Le Yémen fait désormais face à une véritable pénurie alimentaire : car, selon le Programme alimentaire mondial de l'ONU, le pays importe 90 pour cent de ce qu'il consomme en termes de nourriture.

80 pour cent du Yémen manque d'aide humanitaire et 19 des 22 gouvernorats du pays ont atteint un niveau critique d'insécurité alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial. La nourriture vient à manquer à cause de la fermeture de l'aéroport de la capitale, Sanaa, mais aussi en raison des blocus de la coalition saoudienne et des bombardements fréquents de fermes et de puits.

Beyond Saudi-led bombing of civilians and spreading famine, now Yemen has deadly cholera--1,400 cases within weeks. — Kenneth Roth (@KenRoth)October 30, 2016

En plus des bombardements saoudiens et la famine, le Yémen est touché par une épidémie de choléra — plus de 1 400 cas en quelques semaines.

Le nombre d'« enfants mal nourris dépasse les capacités d'accueil de nos centres », nous a expliqué George Khoury, directeur du bureau de l'ONU de coordination des affaires humanitaires dans le pays. « Au Yémen, les gens meurent à cause du maintien des hostilités. Mais la faim tue silencieusement encore plus de Yéménites. »

Partout dans le pays, le prix des aliments a flambé. Le prix du sucre a connu un bond de 46,2 pour cent depuis le début de la crise, le riz vaut 48,4 pour cent de plus, et le prix de l'orge a grimpé de 69,2 pour cent, selon le Food Security Cluster, une agence internationale de contrôle alimentaire.

« Les gens rêvent d'aliments nourrissants », a dit le docteur Manzoor Ahmed, directeur adjoint d'Oxfam pour le Yémen. « La situation devient de plus en plus critique chaque jour. »

La guerre et la violence ont contribué à la malnutrition généralisée. De plus, le système de santé yéménite s'est écroulé et ne se suffit plus à lui-même. Près de 600 établissements hospitaliers dans le pays ont dû fermer leurs portes depuis le début du conflit. Les villes de Sanaa, de Hodeidah et d'Aden sont parmi les zones les plus touchées, où des infrastructures très importantes ont été bombardées.

Ammar Darwish, un médecin établi à Aden, travaillait 12 heures par jour, cinq jours sur sept, à l'Hôpital Universitaire du 22 mai et ne percevait que 100 dollars par mois.

« On ne pouvait pas fournir le meilleur traitement aux patients, c'était impossible de mener des tests, puisqu'il n'y avait rien pour les réaliser à l'hôpital », a dit Darwish, qui avait lui-même du mal à subvenir à ses besoins.

La malnutrition a également rendu les Yéménites vulnérables aux maladies. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu'il y a plus de 1 400 cas de choléra dans le pays depuis qu'une épidémie a éclaté mi-octobre.

Dans les hôpitaux, les conditions sanitaires précaires ont largement contribué à la diffusion des maladies, selon Darwish. « Partout, il y avait des eaux usées, et il y avait des chats, rats et insectes dans les chambres. »

Plus de 90 organisations, dont les agences de l'ONU, sont actives dans le pays pour essayer de faire face à ces besoins. Mais selon celles-ci, leur marge de manoeuvre est réduite.

En février, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU a réclamé 1,8 milliard de dollars pour mettre en place son plan humanitaire pour le Yémen. Ils ont depuis revu le montant à la baisse : ils demandent désormais 1,6 milliard de dollars. Pour le moment, moins de 50 pour cent de cette somme ont été récoltés.

« Si la communauté internationale n'intervient pas tout de suite, on pourrait vivre une catastrophe humanitaire historique », a dit Khoury. « Ici, au Yémen, on est déjà en plein dedans. »


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