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Drogue

Si Trump revenait sur la légalisation de la weed, il se priverait de 280 000 nouveaux emplois

D'ici 2025, les ventes de cannabis légal vont dépasser la barre des 24 milliards de dollars et créer au moins 280 000 emplois pendant les trois prochaines années.

par Keegan Hamilton
28 Février 2017, 6:15pm

La légalisation du cannabis devrait probablement s'accompagner de la création de plus de 280 000 d'emplois aux États-Unis d'ici 2020, selon une nouvelle étude. Mais tout cela pourrait tomber à l'eau si le gouvernement fédéral décide de mettre en place des mesures visant à brider le marché de la weed dans les États où elle est désormais légale.

La New Frontier Data, une start-up de Washington, D.C. liée à un groupe d'investisseurs spécialisés dans le cannabis, vient de publier son rapport annuel. Selon celui-ci, les ventes de cannabis légal aux États-Unis vont dépasser la barre des 24 milliards de dollars d'ici 2025 et créer au moins 280 000 emplois dans les trois prochaines années.

Mais cette prévision idyllique, qui est basée sur des données collectées dans le Colorado, se concrétisera seulement si les autorités fédérales maintiennent le statu quo actuel. Et cela semble de moins en moins probable.

Selon le porte-parole de la Maison blanche, Sean Spicer, le public peut s'attendre à voir « un grand renforcement » des lois fédérales sur le cannabis lors de la présidence de Donald Trump, a dit le porte-parole lors d'une conférence de presse tenue jeudi dernier. Spicer a indiqué que Trump soutient le cannabis médical, une utilisation qui est désormais légale dans 28 États et dans la capitale. Mais le cannabis à usage récréatif est « une affaire très très différente ».

Les citoyens américains qui ont plus de 21 ans peuvent acheter et consommer du cannabis à usage récréatif dans quatre États : le Colorado, l'État de Washington, l'Oregon, l'Alaska et dans la capitale, Washington D.C. Quatre autres États ont voté en novembre pour aller dans le même sens, mais le marché n'y est pas encore entièrement fonctionnel. C'est le cas de la Californie, du Nevada, du Massachusetts et du Maine.

Spicer a comparé la légalisation du cannabis à l'épidémie d'opiacés qui s'abat actuellementsur les États-Unis. Selon lui, « la dernière chose qu'on devrait faire c'est d'encourager les gens » à consommer de la drogue. Il n'a pas détaillé comment les autorités fédérales vont agir, et est passé à la question suivante. Il a ensuite conseillé au journaliste de demander des détails auprès du département de la Justice américain (DOJ). Celui-ci n'a pas encore publié de clarification, mais le cannabis reste illégal selon la loi fédérale et l'agence anti-drogue américaine, la DEA, a le pouvoir d'arrêter des vendeurs de cannabis, même si ceux-ci ont l'aval de leur État.

Sous l'administration Obama, le DOJ a conseillé aux autorités fédérales d'éviter de poursuivre des individus qui vendent ou achètent du cannabis, dans les États où il est légal. Le Congrès américain a également diffusé une directive qui empêche temporairement aux autorités fédérales d'utiliser l'argent public pour viser des personnes impliquées dans le commerce de cannabis médical.

Toutefois, le Procureur général Jeff Sessions a longtemps affiché son opposition nette à la légalisation du cannabis et il a le pouvoir de renverser ces directives à tout moment. Jusqu'à présent, il est difficile de savoir ce qu'en pense Trump, mais il soutient le droit des États à légiférer sur la question.

Si Trump décide de s'en prendre à la marijuana légale, les conséquences pourraient être importantes. Selon un sondage réalisé dans tout le pays par l'université de Quinnipiac et publié la semaine dernière, 71 pour cent des électeurs pensent que le gouvernement ne devrait pas renforcer les lois fédérales contre le cannabis ni contre les États qui ont voté en faveur de la légalisation.

Selon les défenseurs de la légalisation du cannabis, la fermeture des marchés de vente de cannabis à usage récréatif détruirait le travail de milliers de personnes. Comme l'a montré l'étude de New Frontier Data, analysée par le magazine Forbes, entre 100 000 et 150 000 personnes ont des emplois liés directement à la légalisation du cannabis. Et en plus de ces derniers, des milliers d'autres ont pu profiter de ce nouveau marché indirectement : des électriciens, des plombiers, des agents immobilier et d'autres fournisseurs de services auxiliaires.

« Si l'administration Trump se lance dans une répression sur les États qui ont légalisé le cannabis », prévient Erik Altieri, directeur exécutif de l'Organisation nationale pour la réforme des lois du cannabis (NORML), « ils vont retirer des milliards de dollars aux entreprises qui ont l'accord de leur État, et vont remettre cet argent dans les mains des cartels. »

Si les estimations de la New Frontier Data sont justes, l'industrie de la weed va probablement créer plus d'emplois que le secteur manufacturier, dans les prochaines années. Selon les estimations du Bureau des statistiques pour l'emploi, la manufacture va perdre 814 000 postes d'ici 2024.

Dans le Colorado, l'industrie du cannabis a produit plus de 1,3 milliard de dollars en ventes en 2016, et a rapporté une recette fiscale de près de 200 millions de dollars. Les commerces de cannabis de cet État emploient environ 20 000 personnes, selon le Groupe de l'Industrie du cannabis, une association de commerçants basée dans le Colorado.

« La vente de cannabis dans le Colorado est fortement régulée, lourdement taxée, et très contrôlée par les gouvernements locaux et celui de l'État », a dit Kirsti Kelly, la directrice du Groupe de l'Industrie du cannabis. « Il vaut mieux poursuivre les cartels, plutôt que les responsables d'entreprises qui paient des impôts et qui sont homologués par l'État et par les autorités locales. »

Toute répression des commerces légaux de cannabis va probablement devoir faire face à l'opposition du Congrès. Plus tôt ce mois-ci, quatre représentants au Congrès venant d'États qui ont légalisé le cannabis, ont formé un groupe parlementaire bipartite appelé le « caucus du cannabis ». Ils veulent défendre une « approche plus rationnelle de la politique du cannabis au niveau fédéral ». Dana Rohrabacher, une membre du caucus et élue de Californie, a proposé une loi qui cherche à protéger les entreprises et consommateurs de cannabis contre toute poursuite fédérale, s'ils se trouvent dans des États où les électeurs ont choisi de légaliser la substance.

Après les commentaires du porte-parole de la Maison blanche de la semaine dernière, le représentant républicain Jared Polis a demandé à Donald Trump de changer sa position et de respecter les choix faits par les États sur le cannabis, et a beaucoup insisté sur les bienfaits économiques de la légalisation.

« Soit le président fait volte-face, soit c'est son équipe qui, encore une fois, parle alors qu'elle ne devrait pas », a dit Polis. « Dans tous les cas, ces commentaires laissent planer le doute et l'incertitude sur l'industrie du cannabis, freinant la création d'emplois dans mon État. »


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