Histoire de présidentielles — #7 : La montée du discret François Fillon

Pour ce septième épisode, focus sur ce fou de courses automobiles qui a créé la surprise lors de la primaire et est désormais le candidat de la droite et du centre à la présidentielle.

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27 novembre 2016, 8:45pm

À Toulouse, François Fillon prend un selfie avec des jeunes. Compte Instagram de François Fillon.

Tout au long de cette année de campagne présidentielle en France, VICE News et l'INA se penchent sur les archives vidéos marquantes des présidents et candidats de la Cinquième République. Ça s'appelle « Histoires de présidentielles » et vous pouvez retrouver tous nos articles en cliquant sur cette page.


Nouvelle phase dans notre série sur les présidentielles. Pour notre septième épisode, nous nous penchons sur l'histoire politique des candidats à l'Élysée en commençant avec celui qui est désormais le candidat de la droite et du centre : François Fillon.

D'abord benjamin de l'Assemblée nationale, attaché parlementaire dans la Sarthe, lieutenant de Philippe Séguin, ministre à plusieurs reprises, puis Premier ministre, François Fillon se retrouve désormais à prétendre au poste de président de la République. Retour en sept archives sur la carrière d'un homme qui s'est construit dans la discrétion.

À 27 ans, François Fillon devient le plus jeune député de France

Après avoir envisagé une carrière dans le journalisme, le jeune François Fillon devient l'assistant de Joël Le Theule, figure gaulliste plusieurs fois ministre et député de la Sarthe jusqu'à sa mort, en décembre 1980. L'année suivante, l'héritier naturel de Le Theule se présente aux élections législatives dans la Sarthe. François Fillon est élu pour la première fois de sa carrière et devient le plus jeune député de l'Assemblée nationale, à 27 ans.

La Sarthe sera désormais son fief. En 1983, il est élu maire de Sablé-sur-Sarthe dès le premier tour, et le restera jusqu'en 2001. Quelques années plus tard, il deviendra aussi président de la région Pays de la Loire.


De tous les gouvernements de droite entre 1993 et 2005

Peu à peu, ce jeune passionné de courses automobiles accède à d'autres fonctions et prend place dans l'équipe de son nouveau mentor, Philippe Séguin. François Fillon fait alors ses premiers pas dans des cabinets ministériels. À partir de 1993, il participera alors à tous les gouvernements de droite jusqu'en 2005. Ce gaulliste est tout d'abord nommé ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche dans le gouvernement d'Edouard Balladur, dont il soutient la candidature à l'Élysée face à Jacques Chirac en 1995.

Chirac, pas rancunier, le nomme Ministre des Technologies de l'information et de la Poste, puis ministre délégué à la Poste, aux Télécommunications et à l'Espace, dans le gouvernement d'Alain Juppé. Dans le gouvernement Raffarin, il est d'abord nommé ministre des Affaires sociales, puis de l'Éducation nationale.


Son premier échec électoral

En 2004, après 23 ans de politique, François Fillon subit sa première défaite électorale dans son propre fief. Candidat aux élections régionales dans le Pays de la Loire, il est battu par le socialiste Jacques Auxiette. Pour lui, il s'agit d'un « 21 avril à l'envers » : il s'estime victime d'un vote sanction à l'égard du président Jacques Chirac. Un an plus tard, Dominique de Villepin est promu à Matignon et François Fillon est remercié suite à sa réforme de l'école, très contestée.

Après son éviction, Fillon ne contient pas sa colère et lâche « quand on fera le bilan de Chirac, on ne se souviendra de rien, sauf de mes réformes. » Et annonce sa revanche : « Je vais m'investir à fond dans l'UMP, préparer les échéances futures pour Nicolas Sarkozy en 2007. En me virant du gouvernement, ils ont fait de moi un directeur de campagne avant l'heure... »


À Matignon, le « collaborateur » mis de côté

Le "directeur de campagne" finira par réussir son pari. Non seulement Nicolas Sarkozy arrive à la tête de l'UMP fin 2004 mais en 2007 il est élu président de la République. François Fillon, lui, accède à Matignon. Mais face à un Nicolas Sarkozy hyper-président, le Premier ministre n'a pas beaucoup de marge de manoeuvre, au point où, six mois après son arrivée au gouvernement, le chef de l'État lâche : « le Premier ministre est un collaborateur. Le patron, c'est moi. » La tension est palpable tout au long du quinquennat mais François Fillon demeure le seul chef du gouvernement de 2007 à 2012.


Guerre fratricide avec Copé pour la présidence de l'UMP

En 2012, Nicolas Sarkozy n'est pas réélu et l'UMP se retrouve sans chef. Le secrétaire national du parti Jean-François Copé et le désormais député de Paris François Fillon sont candidats à la présidence du parti et les militants doivent trancher en novembre. Avant la fin du décompte des voix, Jean-François Copé se déclare vainqueur, François Fillon fait de même 19 minutes plus tard. Vingt-quatre heures après, les résultats donnent 98 voix d'avance au maire de Meaux, mais François Fillon dénonce un scrutin entaché de nombreuses fraudes et irrégularités. La commission interne chargée du contrôle des opérations électorales (Cocoe) reconnaît que trois circonscriptions d'outre-mer n'avaient pas été prises en compte et que leur addition pourrait inverser les résultats.

S'ensuit un mois d'injures, de couteaux tirés et de coups de théâtre, jusqu'à ce que le parti s'accorde sur l'organisation d'un nouveau vote prévu pour la fin 2013 — qui aura finalement lieu fin 2014 après la démission de Jean-François Copé, suite à l'affaire Bygmalion. François Fillon ne se représente pas mais se déclare candidat pour 2017 « quoi qu'il arrive ». Finalement, c'est Nicolas Sarkozy qui est promu à la tête de l'UMP en septembre 2014.


En route pour 2017, Fillon gagne la primaire de la droite et du centre

Droit dans ses bottes, François Fillon ne cède pas aux mauvais sondages qui le placent en troisième position — derrière Alain Juppé et Nicolas Sarkozy — à la primaire des Républicains, en vue de 2017. Certains de ses soutiens de poids quittent le navire, comme Valérie Pécresse qui a déclaré son soutien au maire de Bordeaux, favori dans les sondages.

Avec son programme très libéral et ses piques à Nicolas Sarkozy, François Fillon créé la surprise lors du premier tour des primaires de la droite et du centre : le député de Paris arrive en tête avec 44,1 pour cent, loin devant Alain Juppé (28,6 pour cent) et Nicolas Sarkozy (20,7 pour cent). Au deuxième tour, Fillon l'emporte à nouveau. C'est la victoire de l'« outsider ».


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