Culture

Le collectif du Pantoum à Québec au centre d’un milieu musical émergent en pleine ébullition

Locaux de pratique, studio, salle de spectacle, centre névralgique d’une étiquette de disque et d’un blogue, Le Pantoum, situé rue Saint-Vallier en plein cœur du quartier Saint-Roch de Québec, regroupe tout ça sous un même toit.
10.7.17
Crédit photo: Alice Chiche

On pourrait facilement passer devant la porte d'entrée du Pantoum sans le savoir, le seul indice nous indiquant qu'on y est rendu étant un autocollant à l'effigie du collectif sur la porte. En explorant l'appartement transformé en véritable complexe musical, on peut constater qu'en plus des pièces consacrées à la création, certaines des chambres sont louées à des membres de la « famille » Pantoum, le but étant de rentabiliser l'espace au maximum. En s'y arrêtant le temps d'une jasette matinale avec quelques-uns des artisans de ce lieu de création, on a pu constater toute la force et le dynamisme de cette communauté artistique qui base son action sur des principes de partage, d'échange, de respect et de professionnalisme.

Beat Sexü. Crédit photo: Caroline Perron

Les quelques-uns en question, ce sont Odile Marmet-Rochefort, Jean-Étienne Colin-Marcoux et Jean-Michel Letendre-Veilleux, tous les trois membres de Beat Sexü (qui compte aussi Martin Teasdale dans ses rangs). Odile et Jean-Étienne sont également membres du groupe trip hop De la Reine, dont le premier album homonyme est sorti en décembre 2016. Jean-Étienne et Jean-Michel, en plus d'être bandmates, ont fondé ensemble le Pantoum en 2012, alors qu'ils avaient encore la jeune vingtaine. Ce recoupement est une parfaite illustration de l'univers collaboratif qui règne dans ces lieux où une seule et même personne peut faire partie de plusieurs formations musicales différentes et y exercer tour à tour des rôles de compositeur, d'interprète, de réalisateur, d'arrangeur, etc.

De La Reine. Crédit photo: Alice Chiche

Un modèle assez unique dans le paysage musical québécois, mais que l'on peut apparenter à d'autres projets issus de grandes villes, selon Jean-Étienne :

« Je pense à la gang de Broken Social Scene à Toronto […]. Ce sont des communautés qui se tissent autour d'une gang de monde motivé qui décide de mettre ensemble des ressources. »

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Il poursuit en indiquant que la mission du Pantoum, est à la fois de proposer au public du contenu alternatif et d'aider les groupes, qui évoluent pour la plupart autour des scènes indie, pop, folk, rock, garage et électro, à développer leur carrière. Dans cette optique, tous les revenus d'entrée des spectacles qui se tiennent dans la salle pouvant accueillir une centaine de personnes sont remis aux artistes. Des revenus qui demeurent relativement limités puisque le droit d'entrée se paye sous forme de contributions volontaires et que la vente d'alcool n'est pas permise, le lieu demeurant un appartement au sens de la loi.

Tout de même, Jean-Étienne soutient que le concept d'accueil qu'ils ont développé est très positif pour les artistes qui investissent le lieu. « Des bands qui sont en tournée, qui partent des maritimes et qui se rendent jusque dans l'Ouest pis qui n'ont pas de place à coucher, qui font juste crasher sur des divans, eux, quand ils arrivent ici pis qu'ils peuvent rester deux ou trois jours, qu'ils peuvent répéter, utiliser le studio […] ça a un énorme impact sur les retombées de leur tournée. »

Dans une industrie en constant changement et dans laquelle les subventions fluctuent au gré des gouvernements, le fait de ne pas dépendre du financement public est un atout indéniable du projet, aux dires des trois comparses. « On a fait le choix d'être le plus possible indépendants », affirme Jean-Étienne. Et Odile de renchérir : « C'est comme si on était un bateau avec des voiles pis des rames, versus un bateau qui a un moteur pis qu'il n'y a personne pour le réparer […]. Les rames, c'est tough, mais ça avance pareil, des fois il y a du vent! »

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Un vent métaphorique qui peut prendre la forme d'un appel surprise du Festival d'été de Québec (FEQ), qui a pensé à Beat Sexü pour se produire sur la scène D'Youville le 6 juillet pour remplacer une formation qui s'est désistée. Un appel reçu quelques heures avant de marquer la fin de la première soirée (5 juillet) de festivités du Festival OFF au Complexe Méduse, où le groupe a su faire danser une foule enjouée qui en redemandait.

La salle de spectacle du Pantoum. Photo prise sur la page Facebook du Pantoum.

Un petit rush de présence scénique qui leur donne un congé de la préproduction de l'album qui devrait voir le jour au début de 2018. Un projet dans lequel ils investissent beaucoup de temps et d'énergie depuis quelques mois : « Beat Sexü, c'est un band qui a été créé dans un processus ultrarapide […]. Cet été, on s'est dit que, pour une fois dans ce projet-là, on va prendre le temps de placer les choses », explique Jean-Étienne. Ce qui rend l'accès à un lieu comme le Pantoum essentiel : « On est ici tous les jours », ajoute Odile en riant.

Tout de même, les autres projets, les gigs de travailleurs autonomes comme DJ (Jean-Michel) ou encore comme technicien de son (Jean-Étienne), continuent à travers le processus créatif. C'était d'ailleurs au tour de la formation De La Reine de faire vibrer Québec au son de leur trip hop envoûtant lors de leur spectacle à l'Anti le dimanche 9 juillet dans le cadre du FEQ. Devant les multiples chapeaux que doivent porter tour à tour les trois artistes, on ne peut faire autrement qu'être impressionné. Odile nous révèle, tout sourire, de quelle façon il est possible de jongler avec tout ça: « Il y a quelque chose qui s'appelle Google Agenda et qui sauve des vies. »

Et puis il y a l'amour de la musique : « C'est vraiment le fun de voir qu'après cinq ans [d'existence du Pantoum], nos vies adultes sont vraiment connectées avec nos passions de kids », conclut Jean-Michel.