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Crime

Les Kurdes de Turquie manifestent dans le sang pour Kobané

Alors que la ville de Kobané est attaquée par les forces de l'organisation État islamique, les appels à une intervention des Kurdes de Turquie ont été réprimés dans le sang.
9.10.14
Image via Reuters

Une bataille féroce s'est déroulée mercredi dans la ville syrienne de Kobané, non loin de la Turquie. La journée a été marquée par une offensive kurde majeure pour empêcher que la ville ne tombe aux mains de l'organisation État islamique (EI), et par des affrontements mortels entre Kurdes et forces de sécurité le long de la frontière turque.

La ville à majorité kurde située à quelques kilomètres de la frontière avec la Turquie a subi pendant les trois dernières semaines un siège intensif de l'EI, qui vient de pénétrer dans Kobané et fait flotter le drapeau noir de son califat auto-proclamé aux portes de l'Europe.

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Des combats acharnés ont été signalés dans l'est de la ville mercredi, alors que les forces de l'EI tentaient de récupérer des zones dont ils avaient été délogés par les frappes aériennes américaines.

La coalition internationale anti-EI a concentré son attention sur Kobané, craignant que les combattant kurdes des Unités de protection populaire (YPG) ne soient pas à même d'empêcher l'EI, mieux armée, de prendre cette ville stratégique. Les bombardements sur les positions du groupe extrémiste ont commencé mardi. Des frappes supplémentaires ont été rapportées mercredi, alors que l'on pouvait entendre les échos de tirs d'artillerie lourde et d'explosions depuis la frontière turque.

La chute de Kobané représenterait une avancée significative pour l'EI, et permettrait au groupe de connecter les territoires qu'il contrôle en Syrie et de maîtriser une longue étendue de la frontière turque, point de passage clé pour faire entrer des combattants étrangers et pour faire sortir illégalement le pétrole produit par l'EI.

La Turquie fait l'objet de pressions grandissantes plaidant pour une intervention contre l'EI. Alors que le président Recep Tayyip Erdogan a montré ses muscles ces derniers jours, appelant mardi à une offensive terrestre pour mettre fin à la terreur le long de la frontière et prédisant que Kobané était « sur le point de tomber », les chars turcs sont restés stationnés à la frontière. Les forces de sécurité ont regardé la fumée s'élever de la ville et les bannières djihadistes flotter sur les collines avoisinantes.

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La colère des kurdes vis-à-vis de ce qui est perçu comme de l'inertie de la part de la Turquie a conduit mardi à des situations explosives le long de la frontière, où les forces turques ont à plusieurs reprises utilisé du gaz lacrymogène pour repousser les kurdes tentant de traverser pour rejoindre le combat contre l'EI. Ankara lutte depuis des années contre sa propre insurrection kurde, et beaucoup de Kurdes croient que le pouvoir turc ferme les yeux ou soutient activement l'EI dans ses assauts sur le Kurdistan syrien.

Mardi, ces tensions ont abouti à de violents affrontements entre des protestataires et les forces de sécurité dans plusieurs villes turques, faisant au moins 18 morts dans tout le pays, selon Hurriyet Daily News. Des couvre-feux ont depuis été imposés dans de nombreuses villes kurdes.

Le premier ministre turc Yalçin Akdogan a insisté sur le fait que son gouvernement faisait ce qu'il pouvait pour aider Kobané, soulignant que c'est un « énorme mensonge » de dire qu'Ankara fait preuve de complaisance face à l'avancée de l'EI.

Des responsables occidentaux ont exprimé un mécontentement grandissant par rapport à cette réticence de la Turquie à prendre part au combat. Une des questions clés est de savoir contre qui les frappes seront dirigées : Erdogan insiste pour qu'elles visent également le régime de Bachar Al-Assad, alors que les États-Unis restent intransigeants sur le fait qu'elles doivent être restreintes aux postes de l'EI.

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Un responsable américain de premier plan a déclaré au New York Times mardi « Il y a une angoisse grandissante parce que la Turquie traîne les pieds pour empêcher un massacre qui se déroule à moins d'un kilomètre de sa frontière ».

« Après avoir fulminé contre la catastrophe humanitaire syrienne, ils sont en train d'inventer des raisons pour ne pas agir pour éviter une nouvelle catastrophe » a déclaré ce responsable.

Mardi soir, des combattants kurdes ont annoncé à la BBC qu'ils étaient en train de lancer une nouvelle offensive pour bouter les combattants de l'EI hors de la ville.

Mais à la frontière, quelques-uns des 160 000 réfugiés ayant fuit les combats disent leur peu d'espoir que Kobané soit sauvée.

« Que l'Amérique, la Grande-Bretagne et le monde entier nous aident » a déclaré à The Telegraph Rezdar Azad, 64 ans et père de trois fils restés en arrière pour défendre la ville.

« Lorsque Kobané tombera, ça sera comme la Troisième Guerre mondiale. Je n'ai pas parlé à mes fils depuis trois jours. Je ne sais pas ce qu'il adviendra d'eux. Personne ne nous apprécie ou ne se soucie de nous. Ils veulent seulement que l'on meure ».

Suivez Hannah Strange sur Twitter : @hannahkstrange