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Crime

Des vaccinateurs contre la poliomyélite abattus au Pakistan

Les violences contre les vaccinateurs se multiplient dans le pays. Les responsables de la santé ont dénombré 265 cas de poliomyélite au Pakistan cette année, près de 80 pour-cent des cas dans le monde en 2014.
1.12.14
Photo par Naseer Ahmed/Reuters

Des hommes armés ont tué trois vaccinatrices contre la poliomyélite et leur chauffeur mercredi dernier, dans la ville de Quetta au Pakistan. C'est le dernier épisode de violence contre les efforts menés pour vacciner la population de l'un des derniers pays du monde où la maladie n'a pas encore été éradiquée.

Ayesha Raza, la porte-parole du programme pakistanais d'éradication de la polio, a indiqué que l'attaque qui a également fait trois blessés est le fait de deux hommes armés à moto qui ont ouvert le feu sur le van des vaccinateurs alors que celui-ci était en route pour rencontrer une escorte de la police.

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L'ONG Human Rights Watch estime qu'au moins 35 travailleurs de la santé ont été tués cette année pendant des opérations de vaccination. Lundi, des miliciens talibans pakistanais ont, selon des sources locales, attaqué une équipe de vaccination dans la province du nord-ouest de Khyber Pakhtunkhwa, blessant un des travailleurs.

Les responsables de la santé publique dénombrent 265 cas de polio au Pakistan cette année, ce qui représente 80 pour-cent des cas dans le monde en 2014. Le nombre de cas de polio n'a jamais été aussi élevé depuis 15 ans. L'année dernière, à la même époque, le pays recensait seulement 64 cas. La polio est également endémique en Afghanistan et au Nigeria.

Les campagnes militaires pakistanaises dans la région du Waziristan du Nord, qui borde l'Afghanistan, ont déplacé des milliers de personnes, dont beaucoup d'enfants non vaccinés. D'après la Global Polio Eradication Initiative, qui surveille l'évolution de la maladie, « Le Waziristan du Nord est la région du monde avec le plus grand nombre d'enfants paralysés par la polio. »

L'attaque de mercredi a eu lieu au Baloutchistan, où des miliciens mènent une guerre contre le gouvernement pakistanais. Les Nations Unies ont rapporté 14 nouveaux cas de polio au Pakistan au cours de la semaine passée, dont trois au Baloutchistan, cinq dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, et cinq autres dans les zones tribales sous administration fédérale, dont fait partie le Waziristan du Nord.

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Les miliciens associent depuis longtemps les opérations de vaccination à l'intervention occidentale et à l'espionnage au Pakistan. Des suspicions qui se sont révélées fondées, quand la CIA a utilisé un médecin local pour créer un faux programme de vaccination à Abbottabad, dans le but d'obtenir des informations sur Oussama Ben Laden, tué ensuite nuitamment lors d'un raid américain. Quant à l'apparition des drones américains, elle n'a fait qu'accentuer les difficultés des vaccinateurs.

« Il y a aussi une opposition du clergé religieux au Pakistan, qui colporte des théories du complot les plus fantaisistes. La plus populaire est que le vaccin contre la polio est [l'outil d'] une conspiration occidentale pour rendre les hommes musulmans stériles » explique à VICE News Saroop Ijaz, un avocat qui travaille avec Human Rights Watch au Pakistan.

« Mais l'immense majorité des Pakistanais, dont les religieux et les dirigeants religieux, ne sont pas opposés à la vaccination contre la polio » ajoute Ijaz. « Mais il y a assez d'opposants qui ont envie d'être violents pour créer cette terrible situation. »

Ijaz indique que les vaccinateurs - le plus souvent des femmes pauvres - ne bénéficient que de peu de soutien ou de protection de la part du gouvernement.

« Ces femmes sont déjà privées de leurs droits et sont des cibles faciles » dit Ijaz. « Elles sont payées moins que le salaire minimum, qui varie de 250 à 500 roupies par mois, soit cinq dollars. »

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Selon l'UNICEF, qui aide à coordonner les plans d'éradication de la polio au Pakistan, l'afflux de réfugiés venant du Waziristan du Nord augmente le risque d'une transmission qui s'étend, mais permet également aux travailleurs de la santé de vacciner plus de Pakistanais. Les équipes de vaccination ont installé des cliniques mobiles à des points situés sur les itinéraires empruntés par les réfugiés. L'UNICEF rapporte qu'au cours des mois précédents, plus d'un million de personnes, dont 850 000 enfants de moins de dix ans, ont été vaccinées sur ces sites ou dans des communautés d'accueil.

« Oui, on assiste à une hausse du nombre de cas de polio mais nous sommes optimistes et pensons qu'avec une bonne gestion et supervision nous pouvons vacciner des enfants que nous n'avions pas vaccinés auparavant » explique Shelley Thakral, la chargée de communication principale du programme anti-polio de l'UNICEF au Pakistan.

La plupart des patients porteurs de la polio ne réalisent pas qu'ils l'ont, mais sont pourtant contagieux. Le virus peut être transmis par la salive et les excréments. Dans certains cas, la contamination peut causer une mort immédiate ou la paralysie.

Walter Orenstein est directeur adjoint du centre de vaccination de l'Emory University. Il explique à VICE News que les conditions au Pakistan sont celle du pire des scénarios pour la transmission de cette maladie qui ne devrait plus exister chez l'homme.

« Dans des endroits ou il y a une mauvaise hygiène, pas d'assainissement et un peuplement important, il peut y avoir contamination par le virus » indique Orenstein. « Les enfants en particulier sont les moins hygiéniques. »

Orenstein note que les vaccins oraux utilisés par les travailleurs de la santé au Pakistan sont importants parce qu'ils fonctionnent dans l'intestin du patient, pas seulement dans son sang. Ceux qui reçoivent un vaccin traditionnel par injection sont protégés contre le virus, mais peuvent toujours le transmettre par leurs excréments.

« Le tout c'est d'avoir des gens déjà immunisés quand quelqu'un porteur du virus vient à leur contact » conclut Walter Orenstein.

Suivez Samuel Oakford sur Twitter : @samueloakford