Un blindé ukrainien passe devant des religieuses catholiques en attente d'être évacuées par un convoi de l'ONU en provenance de Sarajevo, le 5 novembre 1992 ©Patrick Baz / AFP
Il repart quelques semaines plus tard à Beyrouth. Sur place, il a troqué la kalachnikov contre l’appareil photo. Ses photos sont publiées dans Newsweek, Time, Paris-Match, Der Spiegel… Son pays, lui, a définitivement sombré dans la guerre. Les balles sifflent, se croisent, et s’entrecroisent. Pourtant, après le départ des forces palestiniennes, les médias occidentaux n’accorderont à la guerre civile libanaise qu’une audience limitée, mais l’apparition du Hezbollah et l’affaire des otages au milieu des années 80 – dont des journalistes – propulsent à nouveau le conflit au centre de toutes préoccupations. « J’ai été alors beaucoup publié. Pas tant pour mes compétences photographiques, mais plutôt parce que je parlais trois langues, et que je pouvais communiquer avec la presse occidentale », rapporte-t-il. En 1989, il signe à l’Agence France Presse. Il ne la quittera plus.L’AFP lui propose de partir à Jérusalem, après le déclenchement de la première intifada en décembre 1987. La guerre des pierres fait alors rage et, comme à Beyrouth, Patrick Baz évolue dans une ville divisée. « Il fallait monter un réseau de photographes. L’agence voyait en moi le français arabophone, moi je me voyais plus comme le Libanais pour qui il était impensable d’aller là-bas. J’ai finalement dit oui, et cela a été une expérience très formatrice », reprend-t-il.« Je suis devenu accro à la guerre. C’était ma drogue »
Une fillette palestinienne au milieu de soldats israéliens dans la vieille ville de Jérusalem, le 11 octobre 1990. Trois jours avant, 21 Palestiniens étaient tués, provoquant des émeutes ©Patrick Baz / AFP
Une blanchisseuse somalienne au milieu de carcasses d'avions somaliens, le 29 juillet 1993 à Mogadiscio ©Patrick Baz / AFP
Des chasseurs vrombissent dans le ciel libyen. A 500 mètres de là, des positions de l’armée régulière. Patrick le sait : le risque d’être touché par un friendly fire [euphémisme militaire désignant le fait d'être touché par les tirs venant de son propre camp] est important. Alors qu’il décide de s’éloigner, un homme surgit de nulle part, ralliant les siens au cri d’Allahu akbar. « C’est effrayant. Sur les terrains de conflit, ce cri fait perdre tout discernement à tout le monde. Ils ont foncé vers le convoi du régime ». Patrick et son équipe les suivent. « C’était de la folie. Les obus pleuvaient… Ça a été une boucherie. Nous avons fait demi-tour, mais j’étais responsable de cette connerie… », analyse-t-il à froid.« Une ONG m’a proposé de former des photographes syriens, depuis la ville turque de Gaziantep. Beaucoup étaient des militants, qui avaient choisi l’image pour témoigner de la situation de leur pays »
La 7e brigade blindée britanniques dans le désert saoudien le 7 janvier 1991 ©Patrick Baz / AFP
À partir de 2014, il ne couvre plus de conflits. Il suit tout d’abord une psychothérapie, puis un EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing). « Dans le cas de Patrick, ce n’était pas suffisant. Il souffrait d’une multi-exposition, de longue date », constate Olivia Hicks.« Le traitement à la MD créée une empathie envers toi-même, tu es obligé de te livrer, tu ne peux plus te cacher ou éviter de tout raconter comme chez le psy »
Une jeune femme Libanaise fume le nargilé près de la piscine du Saint-Georges, hôtel emblématique de Beyrouth, le 5 juin 2005 ©Patrick Baz / AFP
Des rebelles libyens dans un avion-bus carbonisé, le 29 août 2011 ©Patrick Baz / AFP