Culture

On a rencontré le créateur « The Handmaid’s Tales »

Il s'appelle Bruce Miller, et il nous révèle tous les secrets de la deuxième saison.

Muselières en cuir, menottes et hommes en capes noires : ça y est, la deuxième saison de The Handmaid's Tale est de retour. L’année dernière, la série de Hulu, basée sur le roman de Margaret Atwood paru en 1985, a remporté huit Primetime Emmy Awards. Cette année, la saison deux reprend là où le livre s'est arrêté. On retrouve donc Offred - Elisabeth Moss, toujours aussi fabuleuse -, enceinte de cinq semaines, fuyant la maison du commandant Fred, où elle était retenue captive.

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Plus que jamais, Offred décide de se battre contre le système. Quand la série a été diffusée pour la première fois, au moment de l'investiture de Trump en 2017, elle est devenue un cri de ralliement pour les féministes : pendant les marches et manifestations, on a porté l’emblématique robe rouge des servantes. Et puis, suite au mouvement #MeToo, la série a rapidement résonné de manière bien plus inquiétante au sujet de l’assujettissement des femmes. Dans cette deuxième saison, la gardienne dit à Offred : « Toutes ces conneries de filles intelligentes, c’est fini, OK ? »

Bruce Miller est un fan inconditionnel d'Atwood, mais c'est aussi et surtout le créateur et showrunner de la série. Pour VICE, il révèle les dessous de cette deuxième saison.

Photo de George Kraychyk/Hulu

VICE : La saison 2 commence là où se termine The Handmaid's Tale de Margaret Atwood. Avez-vous essayé de respecter les intentions de Atwood ?
Bruce Miller : La fin du livre, c’est la fin de l’histoire que Atwood a voulu raconter. Elle a été très enthousiaste quand nous lui avons soumis les idées que nous avons eues. Elle nous a même encouragés à sortir de notre zone de confort. Elle nous a poussés à être aussi audacieux que possible. Le plus important pour moi, c’était de conserver la patte artistique de Atwood dans cette seconde saison, son univers, l'atmosphère qui s'en dégage.

La saison 2 est encore plus sombre que la première. Vous n'avez pas eu peur d'aller trop loin dans la violence ?
J’aurais l’impression de me planter si je faisais de la violence quasi pornographique, juste pour provoquer. Ce n'est pas du tout notre intention. On s’est fixé quelques règles, on ne montre jamais rien qui ne soit pas nécessaire à l’histoire. On ne s’attarde pas, on tente de rebondir sur l’impact afin de faire avancer l’histoire. C'est une ligne de conduite très subjective. En plus, nous devons respecter les conditions sine qua none de Margaret Atwwod : les évènements doivent correspondre à la réalité. C’est-à-dire que rien ne peut arriver dans la série qui ne soit pas arrivé aux femmes dans la vie réelle. Rien que ça, c’est déjà souvent très sombre et très violent. Et puis, il est difficile de raconter un monde effrayant sans le faire de façon effrayante.

Vous avez changé une réplique dans la première saison, car elle était trop proche de « Make America Great Again ». Pourquoi avez-vous pris cette décision ?
Chaque fois que je l'ai entendu, je suis sorti de la narration. Je n'étais plus dans l'histoire. Si vous regardez une émission de télévision et qu'un des personnages porte le nom de votre voisin, tout ce à quoi vous pensez, c'est votre voisin. Quand on parlait de la série, le slogan n'existait pas encore. C'est devenu un élément central du discours politique. On aurait pensé qu’on incitait les spectateurs à voter pour un candidat en particulier – et ce n'était pas du tout notre intention.

The Handmaid’s Tale est devenu un emblème de l'engagement politique, comme lorsqu'on a vu des femmes porter les fameuses robes rouges pour défendre leurs droits. Qu'en avez-vous pensé ?
Je suis encore stupéfait, époustouflé. C’est un hommage à Margaret et aux costumes emblématiques d'Ane Crabtree. C'est une histoire que Margaret a écrite et un monde que Margaret a construit, et nous donnons vie à ce monde. Cela a aussi permis de faire connaître la série à un public plus large, et c'est vraiment une surprise que les gens soient si touchés. Et puis, c’est un projet que je mûris depuis 30 ans, alors j'imagine que ça doit avoir un sens. Il faut dire que ce livre reste dans la tête de tous ceux qui l’ont lu. C'est une œuvre cathartique qui aide à exorciser des expériences personnelles pesantes ou douloureuses.

The Handmaid's Tale est avant tout une histoire d'abus de pouvoir. Y voyez-vous un lien avec le mouvement #MeToo ?
C'est clairement un problème très présent dans l'industrie du cinéma. Franchement, on se sent stupide et très mal quand on apprend qu'une situation de harcèlement s'est déroulé sous notre nez. C'est terrible. Pour The Handmaid's Tale, on voulait travailler avec des écrivaines et des réalisatrices. C'était essentiel sur une série avec un point de féminin central. Les femmes traversent le monde différemment des hommes. Elles doivent nous l'expliquer, et nous devons être capables d’écouter.

Quel est l'impact que vous souhaitez avoir avec cette série ?
En tant qu'auteur, je souhaite déjà que la série procure des émotions. C'est aussi ça le divertissement : une expérience émotionnelle.