Les pom-pom girls de Nanterre

FYI.

This story is over 5 years old.

Sport

Les pom-pom girls de Nanterre

Une déclaration d'amour en images aux cheerleaders des équipes de basket françaises.
24.10.14

Texte : Julie Le Baron ; Photos : Julia Grandperret Motin

Dans American Girls, film référence sur les pom-pom girls que la plupart des filles de mon âge ont au moins vu six fois, Torrance Shipman, nouvelle capitaine de l'équipe mixte des cheerleaders de Rancho Carno High School, entraîne ses confrères sans relâche afin de préserver leur titre de champions nationaux. Dans l'ensemble du film, les pom-pom girls y sont représentées comme des personnes extrêmement compétitives qui ne vivent que pour la victoire, quitte à délaisser leurs cours de chimie ou sacrifier les vertèbres cervicales des membres de leur équipe.

Avant d'incarner simultanément ce type de stéréotypes et des symboles de réussite sociale, les cheerleaders officiaient uniquement dans des universités pour hommes du nord-ouest de l'Amérique. Au fil des années, leur discipline s'est exportée dans de nombreux pays à travers le monde – dont la France, dans les années 1980. Depuis, elle a été reconnue par la Fédération française de football américain comme un sport à part entière et il existe même un championnat national. En France, on dénombre environ 70 équipes, dont faisaient partie les adorables Dolls Cheerleaders, basées dans le 15ème arrondissement. Une partie de l'équipe s'est écartée de la compétition pour se consacrer à la danse. Tous les mardis et jeudis, les filles s'entraînent au studio de danse de Main d'œuvres à Saint-Ouen, entre une buvette et deux salles de répétitions de groupes de garage français.

Alors que j'assistais à une de leurs répétitions de septembre, leur entraîneuse Sophie s'est mise à agiter une feuille détaillant leur chorégraphie. « Mettez vous en quinconce, triangle, deux lignes ! » À mesure que les notes pompières du morceau « Wiggle » de Jason DeRulo résonnaient dans le gymnase, les danseuses ont répété leur routine, alternant roulades au sol et secousses de cheveux dramatiques.

« J'ai fondé l'équipe des Dolls en 2010, m'a déclaré Sophie. Aucune équipe n'existait encore sur Paris, et j'ai créé mon propre club parce que j'avais à la fois envie de danser et la flemme de me déplacer en banlieue. » Inspirée par des équipes américaines telles que les Laker Girls, les Dallas Cowboys Cheerleaders ou les Maverick Dancers, Sophie a commencé à proposer les services de son équipe à des équipes de basket. « Pendant deux saisons, on a dansé pour l'équipe de Levallois, avant de partir rejoindre l'équipe de Nanterre. On fait environ deux-tiers de leurs matchs en alternant avec l'équipe des New Star 92. »

Au sein des Dolls Cheerleaders, les jeunes recrues – âgées de 18 à 30 ans – poursuivent des études en médecine, en ingénierie système ou en commerce, tandis que certaines font cohabiter leurs entraînements avec un métier dans l'événementiel, les cosmétiques ou encore la communication. « C'est très physique, on s'entraîne cinq heures par semaine et on se produit en public plusieurs fois par mois », m'a confié Sephora, une des danseuses. « Nous avons toutes un métier, des cours et des activités annexes, mais ça reste une passion avant tout. »

La plupart des filles déplorent le fait que leur discipline soit autant sous-représentée en France, du moins en comparaison avec les États-Unis. Une bonne partie d'entre elles ont été biberonnées à la culture américaine et ont bénéficié d'un parcours de danse plus classique - dancehall, modern jazz ou danse contemporaine.

« Finalement, je trouve que les films américains véhiculent une image positive des pom-pom girls, poursuit Sophie. En tout cas, de nombreuses filles viennent pour cette raison, et ça m'aide à recruter. » Mais l'équipe est fréquemment sollicitée pour des représentations qui n'ont plus vraiment de rapport avec leur domaine d'expertise : « Toutes les semaines, on se fait démarcher par des patrons de boîtes de nuit qui veulent qu'on danse pour eux. Je sais qu'on parle de jolies filles qui dansent en tenue sexy, mais il y a bien trop de travail derrière tout ça pour qu'on le gâche sur un podium de club. Ce n'est pas l'image qu'on veut renvoyer. »

Le 6 octobre dernier, les filles se produisaient au Palais des Sports de Nanterre au cours d'un match opposant leur équipe à celle de Paris-Levallois. Entre chaque quart temps, elles auront notamment eu le temps d'enchaîner huit routines, d'animer une course en sac et de distribuer une bonne dizaine de high five à Dunky, la mascotte increvable de la JSF Nanterre. À chacune de leurs apparitions, le commentateur sportif a annoncé leur arrivée, suscitant des applaudissements enthousiastes chez leurs fans et des blagues graveleuses chez les plus sceptiques. Finalement, Nanterre a perdu - à 71-60 - et les journaux se sont contentés de parler de l'altercation entre Blake Schilb et Johan Passave-Ducteil. Mais pour mon esprit naïf et compatissant, les Dolls Cheerleaders ont quand même tout gagné.

Les Dolls Cheerleaders recrutent - si vous savez bien danser et que vous êtes capable de sourire pendant trois heures d'affilée sans faiblir, vous pouvez les retrouver ici. Vous pouvez également consulter les autres photographies de Julia sur son Tumblr.