Range Tes Disques

Range Tes Disques : Teenage Fanclub

On a demandé à Norman Blake de Teenage Fanclub de classer les disques de son groupe, de celui qu'il trouve le moins bon, à celui qu'il considère comme le meilleur.

par Cam Lindsay
12 Septembre 2016, 3:18pm

Range Tes Disques est une rubrique dans laquelle nous demandons à un groupe ou un artiste de classer ses disques par ordre de préférence. Après Korn, Slipknot, Lagwagon, Hot Chip, Manic Street Preachers, Primus, Burning Heads, le label Fat Wreck Chords, New Order, Ride, Jean-Michel Jarre, Blur, Mogwai, Ugly Kid Joe, Anthrax, Onyx, Christophe, Terror, Katerine, Redman, Les Thugs, Moby, Les $heriff, les Descendents, L7 et Dinosaur Jr, nous avons demandé à Norman Blake de Teenage Fanclub de classer les disques de son groupe, de celui qu'il trouve le moins bon, à celui qu'il considère comme le meilleur.

10. Thirteen (1993)

Noisey : Pourquoi celui-ci en dernier ?
Norman Blake :
Je dirais que c'est davantage lié au contexte qu'à la musique. C'est un album qui nous a demandé beaucoup, beaucoup de temps. Et tout ce temps, on l'a principalement passé en studio. Après Bandwagonesque, on a énormément tourné, parce que ce disque nous a fait connaître partout dans le monde. Et quand on est enfin rentrés chez nous, on a eu cette idée stupide de prendre quelques semaines de repos et de retourner immédiatement en studio, à Glasgow, pour commencer à enregistrer notre troisième album. Et quatre mois plus tard, nous étions toujours en studio avec 80 brouillons de titres dont aucun n'était terminé. On est ensuite allés dans un autre studio à Manchester, où on a passé encore deux ou trois mois à bosser sur ces brouillons pour en faire les 13 morceaux qui sont aujourd'hui sur Thirteen. Je n'ai rien contre ces chansons, c'est juste que l'enregistrement reste un mauvais souvenir. C'était une telle corvée.

Gerard [Love, bassiste] a raconté au Melody Maker qu'il trouvait ce disque moins honnête que les autres, à cause du temps passé dessus mais aussi parce que vous aviez tenté de « dépasser l'album précédent ». J'imagine que le succès de Bandwagonesque a dû causer une pression énorme.
Oui, je pense, mais je crois surtout qu'on a un peu perdu le fil. On a passé trop de temps en studio. C'est marrant que tu cites cette interview de Gerry parce que je me souviens que durant toute la promo qu'on a fait pour ce disque, on n'arrêtait pas de dire aux journalistes que l'enregistrement avait été un cauchemar, et quelqu'un du label nous avait dit : « Non ! Ne dites pas ça ! Dites-leur que c'était génial ! Même si vous pensez que ça s'est mal passé, il ne faut surtout pas le dire aux gens ! » Peut-être qu'on était trop honnêtes. Ce qu'il se passe en général, c'est que tu as une ou deux critiques positives et, à partir de là, tout le monde suit le courant. Mais ce que tu dis en interview peut nettement plus influencer la façon dont le disque sera perçu à l'arrivée. Enfin, on a retenu la leçon. Au fait, je t'ai dit que notre nouvel album était génial ?

Beaucoup de fans pensent que le titre Thirteen est un hommage à Big Star. C'est vrai ?
En fait, tu sais quoi ? C'est juste parce qu'il y avait 13 titres sur l'album, rien de plus. Mais on écoutait énormément Big Star et on a même fini par rencontrer Alex Chilton et bosser avec lui. Il nous a bien aimés, bizarrement. Il n'aimait pas grand monde, mais nous si. On s'est extrêmement bien entendus avec lui, il nous disait qu'on lui faisait penser à lui quand il était plus jeune. Il n'avait strictement rien à foutre du business de l'industrie musicale et nous non plus. Et tu peux évidemment entendre l'influence de Big Star sur ce disque, parmi toutes les autres influences qu'on avait à l'époque. Les gens nous comparaient souvent à Big Star, mais c'était un groupe assez obscur à cette période là. Je me souviens qu'on a fait une interview pour Ie Melody Maker avec ce mec, Steve Sutherland, qui a fini par devenir le rédacteur en chef du journal. Il nous avait demandé ce qu'on écoutait et on lui avait répondu Big Star. Et il nous a dit : « Je ne connais pas du tout ce groupe ». Et il ne connaissait ni Alex Chilton, ni les Box Tops. Big Star était une référence assez obscure à l'époque.


Reprise de « Free Again » d'Alex Chilton, parue sur un single en 1992

Tu peux me parler de la pochette ? Je crois savoir que Geffen [label du groupe aux USA] voulait quelque chose de complètement différent à la base.
On a eu une discussion informelle avec un type du département graphique de chez Geffen, qui nous a dit : « J'aimerais bien vous proposer une idée pour la pochette ». On lui a répondu : « Oui, aucun problème, vas-y. Bien sûr, il faudra qu'on en discute mais n'hésite pas à nous envoyer des idées ». Et quelques mois plus tard, il nous envoie cette photo d'une fille qui pleure, avec son mascara qui dégouline, vêtue d'un T-shirt avec un énorme 13 dessus. On lui a dit : « Merci pour ta proposition, mais ça ne colle pas vraiment avec ce qu'on fait ». Et quelques jours plus tard, alors qu'on était à Londres, le mec m'appelle et me fait : « Tu sais, on a dépensé énormément d'argent pour faire cette pochette ». Je lui réponds : « Écoute, on ne t'a pas demandé de dépenser de l'argent pour cette pochette. Et on ne t'a pas dit qu'on accepterait ce que tu nous enverrais. Tu dois respecter notre choix. » Et là il me dit : « Si vous n'utilisez pas cette pochette, je ne sais pas si Geffen aura envie de promouvoir le disque ». Et je lui ai répondu : « Eh bien tu sais quoi ? Je m'en fous ». Il était hors de question qu'on nous mette la pression pour utiliser un truc dont on ne voulait pas. Mais on a fini par devoir débourser 10 000 $ pour ce truc. Parce qu'ils avaient engagé un photographe, un modèle, payé un studio... On a dû les rembourser.

Vraiment bizarre cette idée de pochette.
On a fait une erreur en signant sur Geffen. Je crois qu'ils essayaient de cibler un public d'adolescentes avec ce disque. Le clip de « The Concept » qu'on a fait avec Douglas Hart a complètement déformé notre image auprès du public américain. Geffen essayait de toucher les adolescentes, la génération MTV. Et même si on était encore un jeune groupe, notre musique n'était pas faite pour ce public-là.

Et donc vous avez fini par utiliser cette photo d'un ballon de basket dans l'eau.
Ouais, on l'a faite nous-même, en dernière minute, et ce n'est pas franchement notre meilleur artwork. Jeff Koons avait fait une oeuvre avec un ballon de basket suspendu dans l'eau, que je trouvais pas mal, du coup je me suis dit que ce serait bien de lui piquer l'idée, vu que c'est ce qu'il fait, justement - piquer les idées des autres. C'est un autre aspect négatif de Thirteen. Tout le projet était assez déprimant, en fait.

9. The King (1991)

C'est un album qu'on a fait en même que Bandwagonesque et il est parmi les derniers du classement parce que c'est notre disque le moins cohérent. Un soir, on était complètement torchés. On n'avait que 22 ans à l'époque et Don Fleming, avec qui on bossait, nous a dit : « Enregistrons un album en une nuit. Improvisons des morceaux, faisons quelques reprises et on collera tout ça ensemble. » Après quoi on est allés voir Alan McGee de Creation et on lui a dit qu'on voulait le sortir en édition limitée, juste 500 exemplaires. Il a répondu : « Ok, allons-y ! » Et il en a pressé 10 000 ! Ce qui fait que tu en trouves toujours des exemplaires ici et là aujourd'hui. C'est un album, mais il n'est pas vraiment officiel. J'aime ce disque parce que c'était cool d'improviser ces morceaux et que c'était un projet marrant. On était nettement plus ouverts à ce type d'expérimentations à l'époque. Je ne nous vois pas faire un The King 2.

Beaucoup ont dit que vous aviez enregistré The King pour vous défaire de votre contrat avec Matador [premier label américain du groupe], à qui vous deviez un deuxième album après A Catholic Education.
Non, c'est faux, tout simplement parce que nous n'avions signé que pour un album avec Matador et c'était A Catholic Education. Et nous avions de très bons rapports avec eux à l'époque, mais on a commencé à nous pointer du doigt à cause de ça, alors que c'était totalement faux. Et c'est à ce moment là qu'on a signé sur Creation pour l'Angleterre et Geffen pour les USA. Est-ce qu'on aurait pu rester sur Matador ? Sans doute. Ça aurait probablement été une bonne idée, d'ailleurs. Mais on avait clairement besoin d'argent. On était fauchés. On était jeunes et on avait des loyers à payer. Donc on a choisi Geffen et on a eu l'argent qui nous a permis de faire Bandwagonesque. Et les gens nous ont traités de vendus. L'ironie, c'est que Matador a été racheté quelques années plus tard pour une somme délirante, du genre 6 millions de dollars. Mais tout a fini par s'arranger, ça nous a valu une petite dispute avec Gerard Cosloy [le fondateur de Matador], mais c'est de l'histoire ancienne.

8. Words Of Wisdom And Hope (2002)

Votre album enregistré avec Jad Fair.
Qui, là encore, est très bas dans le classement non pas parce que je ne l'aime pas—en fait, c'est un de mes préférés—mais parce que ce n'est pas vraiment un disque de Teenage Fanclub. Je connaissais Jad depuis pas mal d'années. Je l'avais rencontré via Stephen Pastel. Au moment où on a fait ce disque, Jad sortait d'une relation assez compliquée et était parti en Europe, où il avait pas mal tourné et sorti quelques disques. Quand il est rentré à Glasgow, il a passé pas mal de temps avec ma famille et moi, et on est devenus très bons amis. Un soir, alors qu'on jouait sans doute au Scrabble en buvant une bouteille de vin, on a évoqué la possibilité d'enregistrer un disque de Teenage Fanclub avec lui au chant. J'en ai parlé aux autres et, quelques jours plus tard, on louait un studio en France.

Jad est un type incroyablement brillant, même s'il ne sait jouer d'aucun instrument. Il a un vrai talent d'improvisateur. Il avait un petit carnet rempli de paroles, il cherchait un truc qui collait, enregistrait sa ligne de chant en une prise et hop, le morceau était plié. Et on faisait pareil de notre côté. On a enregistré 16 titres en deux jours et ça a donné cet album. Tout a été complètement improvisé. C'est vraiment libérateur quand tu réussis à faire quelque chose aussi rapidement. Jad et moi somme toujours amis, en fait on a fait un nouvel album ensemble l'an dernier.

7. Shadows (2010)

Celui-ci, on l'a principalement enregistré chez Raymond [McGinley, guitariste] avec juste quelques jours aux Rockfield Studios, qui sont vraiment super. Je l'ai mis en septième position parce que je n'ai pas grand chose à dire dessus, en fait.

J'ai l'impression que c'était un peu une réaction à Man-Made, qui était très dépouillé, très minimaliste.
Tu sais quoi ? Je crois que tu as raison. On a enregistré une grande partie de ce disque dans le Norfolk. Tu te souviens de ce groupe, The Darkness ? Ce sont de chouettes types. On s'est rencontrés grâce à un ami commun et Dan de The Darkness était un gros fan de Teenage Fanclub. Il a fait construire un studio chez lui dans le Norfolk. Et il se trouve que Nick Brine, qui a travaillé sur plusieurs de nos disques, était l'ingé-son de ce studio. C'était donc l'endroit idéal pour nous. On y est donc allés et on a passé un super moment là-bas, dans l'Est de l'Angleterre. Je me souviens avoir loué un camion à Glasgow dans lequel on a entassé absolument tout notre matos. Alors que pour Man-Made, on n'avait strictement rien pris. On s'est pointés à Chicago avec quatre guitares et c'est tout. Mais là, on avait tout. On a essayé d'en mettre un maximum sur le disque. Entre nous, on parle parfois d' « underdubbing ». On se retrouve parfois avec des morceaux sur lesquels on a mis des tonnes et des tonnes de trucs, bien plus qu'il n'en faut. Alors on fait de l'underdubbing, on enlève tout ce qui est superflu, jusqu'à ce qu'il ne reste que l'essentiel. Et sur Shadows, on n'a clairement pas fait d'underdubbing.

6. Man-Made (2005)

C'était un disque très marrant à enregistrer. On voulait s'éloigner le plus possible du Royaume-Uni et on n'avait jamais eu l'occasion d'aller faire un disque aux USA, du coup on y est allés. On s'est dit : « Où est-ce qu'on pourrait aller ? Avec qui est-ce qu'on pourrait bosser ? » On avait des amis en commun avec John McEntire et on aimait sa musique—que ce soit Tortoise, ou ce qu'il a fait avec Stereolab. Du coup, on l'a contacté et il nous a invités chez lui. Et comme je te le disais tout à l'heure, on a juste pris quelques guitares avec nous et on y est allés. Pour le reste, on a utilisé le matos de John. Et John a vraiment du matos de dingue, des trucs très rares et originaux. C'est un type assez discret. Il nous a laissé faire ce qu'on voulait, sans jamais intervenir. Il a juste fait en sorte que tout soit parfaitement enregistré.

L'album s'est fait en deux sessions. La première a eu lieu en plein été à Chicago, il faisait une chaleur de dingue, vraiment. On est ensuite revenus en Angleterre pour faire quelques dates, et on est retournés à Chicago en février. Et là c'était horrible ! Il faisait un froid hallucinant, je n'avais jamais vu ça. Mais ça reste une super expérience, c'était cool de bosser avec John. Il est passionné de cuisine et on allait manger dans un endroit différent chaque soir. C'était vraiment chouette d'être dans cet environnement totalement différent du nôtre.

5. Howdy! (2000)

On s'est bien amusés sur Howdy également. Creation venait de se faire racheter par Sony, ou était sur le point de se faire racheter je ne me souviens plus, et Alan McGee est venu nous voir et nous a dit : « Écoutez les gars, je vais m'assurer qu'on fasse votre prochain disque ensemble, que Sony le sorte et qu'ils vous proposent un bon deal. » Contre toute attente, il nous a décroché un contrat pour deux albums, alors que tout le monde savait que Creation allait, techniquement, disparaître. Et au moment où on a commencé à bosser sur Howdy, Creation n'existait plus, mais on avait ce deal avec Sony. En fait, Sony avaient le choix entre sortir le disque ou nous le rembourser, du coup ils ont décidé de le sortir. Le deuxième album du contrat était une compilation [Four Thousand Seven Hundred And Sixty-Six Seconds], c'était un genre de compromis : on ne voulait pas rester chez Sony et eux ne voulaient pas vraiment de nous non plus, donc sortir un best-of était un bon moyen de mettre fin au contrat sans que personne ne soit floué.

Howdy est donc un disque pour lequel on a dû travailler avec un label sur lequel on n'avait pas vraiment signé. C'était une période de transition. On a enregistré l'album dans les studios de David Gilmour de Pink Floyd, qui se trouvent dans une péniche sur la Tamise. Il sont équipés de matos incroyable, c'était vraiment génial. Mais on n'a pas pu rencontrer David, malheureusement. On a ensuite fini l'album aux Rockfield Studios, au Pays de Galles, un autre endroit assez légendaire. Tu vois cette photo assez connue de Lemmy à l'époque de Hawkwind où ils sont assis dans la cour d'une ferme ?—c'était à Rockfield. Il y a un de mes morceaux préférés du groupe sur ce disque, « Dumb Dumb Dumb ». J'adore la structure de cette chanson et la piste de batterie est géniale.

4. A Catholic Education (1990)

On a enregistré ce disque avec notre propre argent à Glasgow et aux studios Suite 16 à Rochdale, qui appartenaient à l'époque à Peter Hook. On était vraiment fauchés. La voisine de Raymond venait de décéder et comme il s'était pas mal occupé d'elle, elle lui avait légué son frigo et son four, que nous avons vendus pour nous payer des jours de studio en plus. On a tout enregistré en quelques jours seulement et on a dû acheter les bandes nous-mêmes pour faire des économies. Et aussi parce qu'on voulait les garder, bien sûr. C'est Francis Macdonald qui était à la batterie à l'époque. On avait une dizaine de morceaux en boîte mais on n'était pas vraiment satisfaits du résultat. Et Francis a dû quitter le groupe pour aller à la fac, ce qui était plutôt judicieux de sa part. C'est là qu'on a recruté Brendan [O'Hare]. On est donc retournés à Suite 16 enregistrer quelques morceaux avec Brendan, et on a passé un peu de temps avec un groupe très cool, les Membranes. Dans l'ensemble, c'était une super expérience. Au total, le disque nous a coûté moins de 1000 dollars et on a tout payé de notre poche.

Une fois l'enregistrement terminé, j'ai filé une cassette à Stephen des Pastels, avec qui j'avais joué sur une tournée en Europe quand j'avais 20 ans. Il l'a, à son tour, filé à un type nommé Dave Barker qui avait un label, Glass Records. Dave a aimé la cassette et voulait sortir l'album sur Paperhouse, un autre label avec qui il bossait, et c'est ce qu'il a fait. Stephen l'a également fait écouter à Gerard Cosloy de Matador, qui était intéressé lui aussi. Et sans même qu'on s'en rende compte, le disque est sorti en Europe (sur Paperhouse) et aux États-Unis (sur Matador) et on s'est retrouvés programmés au New York Music Seminar. C'était en 1989. Le premier soir, on a joué dans un tout petit local de répétition où on a fait connaissance avec les membres de Yo La Tengo et Steve Shelley [batteur de Sonic Youth]. Ensuite on a joué au CBGB, cet endroit légendaire dont on avait tant entendu parler dans les fanzines auparavant. On a pas mal traîné avec Sonic Youth pendant ce voyage, c'était génial.

Ce que vous faisiez à l'époque sonnait pas mal comme Sonic Youth, d'ailleurs.
Oui, c'est ce qu'on écoutait à ce moment là. Très peu de groupes anglais avaient ce son là, à l'époque. Tout le monde faisait cette espèce de pop dansante. Londres et Glasgow n'étaient pas vraiment dans le même délire. On était potes avec Calvin Johnson [K Records, Beat Happening]. En fait, on connaissait plus de gens à Olympia ou même à New York qu'à Londres. On avait quelques potes à Londres, comme Loop et My Bloody Valentine, mais la plupart de nos contacts étaient américains. C'était assez bizarre. C'était aussi un disque très influencé par Neil Young. On adorait ses disques. Les deux instrumentaux « Heavy Metal I » et « Heavy Metal II » étaient clairement influencés par Neil Young.

3. Bandwagonesque (1991)

Beaucoup de monde s'attendait à voir celui-ci à la première place.
On a eu pas mal de succès avec ce disque. Il nous a permis de tourner partout dans le monde : on est allés en Australie, aux USA, au Japon. Il nous a également permis de toucher un public plus large. C'était une super expérience. On l'a enregistré à Liverpool. Je crois qu'on a atteint avec ce disque une grande partie des objectifs qu'on s'était fixés en formant Teenage Fanclub. Pourtant, tout s'est fait au fur et à mesure, très naturellement. On a bossé avec Don Fleming, qu'on a rencontré via Dave Barker, qui avait sorti A Catholic Education. Don jouait dans Gumball, il venait de cette scène noisy-pop américaine dont Sonic Youth étaient un peu les parrains. On était là-dedans nous aussi, et ça nous a pas mal influencés, surtout sur le premier album. Mais Don nous a entendu faire des harmonies en studio et nous a dit : « Pourquoi vous ne faites pas ça sur votre disque ? Plus personne ne chante comme ça. Tout le monde fait des trucs avec des guitares et du larsen, mais c'est facile à faire. Alors que chanter comme ça, en harmonie, c'est vraiment compliqué. Faisons un essai. » Et ça s'est avéré être un excellent conseil. Don ne se contentait pas de triturer les boutons de la console, il nous donnait aussi des idées, nous conseillait sur la direction à prendre, c'était un producteur assez old-school. Et on lui doit en partie la réussite de cet album.

Bandwagonesque a été élu album de l'année par SPIN en 1991, devant Nevermind, Achtung Baby et Loveless. Ça vous a surpris ?
On était plutôt surpris, oui. Jusqu'au moment où on a appris que le responsable des chroniques de disques chez SPIN à l'époque était Steven Daly, le batteur d'Orange Juice, notre groupe de Glasgow favori. On s'est dit qu'il avait dû faire jouer de son influence. Non, mais sérieusement, je pense que c'est parce que ce disque a eu un énorme succès critique aux USA et que Geffen voulait mettre le paquet dessus parce qu'on était très potes avec les mecs de Nirvana. On a pas mal joué en Europe avec eux sur la tournée Nevermind, c'était une expérience incroyable. De les voir exploser et d'être aux premières loges. On les connaissait depuis longtemps, on avait déjà fait quelques concerts ensemble. Mais c'était une époque assez particulière, on venait de sortir Bandwagonesque, eux Nevermind et puis il y avait My Bloody Valentine avec Loveless. Et les journalistes américains se sont jetés sur nous, sans doute parce qu'on était un peu plus exotiques, je ne sais pas. Les gens aiment bien l'exotisme. Et les Américains ont toujours adoré les groupes anglais. Plus trop aujourd'hui, mais à l'époque, les Américains étaient fous des groupes anglais. Et c'est sans doute à cause de tout ça qu'on s'est retrouvés album de l'année chez SPIN. Je crois que ça a emmerdé pas mal de monde qu'ils ne choisissent pas Nevermind. Mais après tout, pourquoi pas nous ?

Tu te souviens de votre passage à Saturday Night Live ?
Oui, l'équipe avait été très cool avec nous, très professionnelle et très sympa en même temps. Mais on ne connaissait pas l'émission à l'époque, vu qu'elle n'était pas diffusée en Angleterre. Je n'avais aucune idée d'où je mettais les pieds. Je me souviens que Don Fleming était venu avec nous et que, pour nous, c'était un passage télé comme un autre. J'aime bien les passages télé. Tu joues un morceau live et s'est fini. C'est assez excitant. Je me souviens aussi que Mike Myers était invité et qu'il était très cool également, on avait pas mal discuté avec lui. Il avait des amis et de la famille en Écosse et il nous parlait de tout ça. C'était une super expérience.

Tu peux me parler de « God bless my cotton socks. I am wearing a blue shirt » ?
Qu'est-ce que c'est que ça ?

Apparemment, c'est ce qu'on entend quand on joue le morceau « Satan » à l'envers.
Oh, vraiment ? C'est dingue. Ça me rappelle vaguement quelque chose, effectivement. Mais c'est sans doute Brendan, notre batteur, qui a eu l'idée. C'est un type très marrant.

2. Songs from Northern Britain (1997)

On était portés par une espèce de vague. On était heureux, on avait du succès, on tournait partout dans le monde et on écrivait des tonnes de morceaux sans effort. Et faisait en sorte de passer le moins de temps possible en studio. Pour celui-ci, on est allés aux Air Studios de George Martin, à Londres. On a toujours fait en sorte d'enregistrer nos disques ailleurs qu'à Glasgow, d'aller à chaque fois dans une ville différente. C'est une autre leçon qu'on retiré de l'enregistrement de Thirteen - c'était une énorme erreur de rester à Glasgow, on était dans notre zone de confort, on rentrait chez nous chaque soir. L'enregistrement d'un disque doit être un évènement en soi. Donc, là, c'était notre disque « Londres ». De tous les morceaux que j'ai écrits, « I Don't Want Control Of You » reste un de mes préférés. J'adore le jouer sur scène. C'est comme si j'avais atteint un but avec cette chanson. J'adore les changements d'accords. En tant que compositeur et musicien, c'est ce que j'ai fait de plus satisfaisant, de plus proche de ce que j'avais en tête. J'aime beaucoup la pochette de ce disque également. C'est un pote à nous, Donald Milne, avec qui on travaille toujours, qui a pris la photo, ainsi que celle de tous les singles de l'album. Elles sont toutes liées. Quand tu les regardes, c'est comme si tu faisais un petit voyage en Écosse.

J'ai une anecdote assez marrante à propos de ce disque. On était donc aux Air Studios, et Oasis était à l'étage juste en-dessous, en train d'enregistrer Be Here Now. Une nuit, Liam Gallagher se pointe à notre étage et nous demande de descendre jeter une oreille à leur album. On le suit, on entre dans la cabine—et on avait entendu énormément de bruit provenant de leur studio les jours précédents—et là on réalise qu'ils étaient en train d'enregistrer leur album sur une vraie sono de salle de concert ! Et ils bossaient avec Owen Morris, ce qui était assez dingue également. Bref, Liam nous invite à nous assoir sur un canapé, nous sert des bières et demande à Owen de nous faire écouter l'album dans son intégralité. Et Liam était surexcité, il faisait de la air-guitar en hurlant : « Écoute-moi ce solo du frangin ! » On a passé une soirée vraiment marrante. Il n'arrêtait pas de nous apporter des bières en chantant les paroles de chaque morceau.

Je crois que c'est à cette époque qu'il a dit que Teenage Fanclub était « le deuxième meilleur groupe du monde » derrière Oasis.
Oui, c'était génial. Il me l'a dit en face : « Un grand groupe. Un grand, grand groupe. Le deuxième meilleur groupe du monde » [Rires] J'ai trouvé que c'était un super compliment. C'est un chouette gars, Liam.

Le titre de l'album, Songs from Northern Britain, c'était une façon de se moquer de toute la vague Britpop ?
Oui, parce qu'on avait l'impression de n'avoir rien en commun avec tous ces groupes. Nous ne venions pas de Londres et la la Britpop, c'était un truc très Londonien. Même Oasis, qui étaient de Manchester, vivaient à Londres. On se sentait complètement à part. Et ça n'avait rien à voir avec le fait qu'on est écossais. C'est juste qu'on trouvait ça bizarre, on ne se reconnaissait pas du tout là dedans. Personne ne désigne l'Écosse sous le nom « Northern Britain », alors que techniquement, c'est le nord de la Grande Bretagne. C'était une façon de nous éloigner des groupes Britpop. Cela dit, il y en avait certains qu'on aimait bien, comme Pulp. Mais on n'avait rien à voir avec ce mouvement.

1. Grand Prix (1995)


Pour moi, c'est notre album le plus important, parce que c'est à ce moment là que j'ai rencontré mon épouse, Christa. Et c'était sans doute le moment le plus important de ma vie, vu qu'on est toujours ensemble aujourd'hui et qu'on a un enfant. Il y a des tas de raisons pour lesquelles je place ce disque au-dessus des autres, mais la plus importante, c'est ma rencontre avec Christa. Elle est canadienne, mais à l'époque elle bossait comme femme de ménage aux Manor Studios à Oxford, où on a enregistré Grand Prix. Je venais tout juste de rentrer de France, où j'avais passé un moment avec ma copine de l'époque et j'ai directement enchaîné sur six semaines d'enregistrement aux Manor Studios, un super endroit où des tas de disques incroyables ont été réalisés. À l'époque, c'était Richard Branson le propriétaire.

C'était juste après Thirteen, qui avait été plutôt bien accueilli par la presse mais qui avait été une très mauvaise expérience pour nous. Et le disque n'avait pas aussi bien marché que Bandwagonesque. On avait donc l'impression d'avoir une revanche à prendre avec Grand Prix. On savait qu'on avait de super morceaux, du coup on a fait l'inverse de Thirteen : on s'est laissés 6 semaines pour tout boucler et on n'a utilisé que ce dont on avait vraiment besoin, c'est à dire 13 ou 14 morceaux. Je venais de tomber amoureux de Christa et ça m'inspirait complètement. Ce disque contient quelques-uns de nos plus gros titres.

Il y avait eu des pubs géniales pour Grand Prix dans la presse anglaise.
Oui. On était toujours sur Creation à l'époque et Alan [McGee] est un très bon ami. Il n'hésitait jamais à dépenser de l'argent pour des idées farfelues. Un journaliste, dans le Melody Maker je crois, a complètement descendu l'album. Il détestait le groupe. Mais on avait eu de super chroniques partout ailleurs. Du coup on s'est demandé : « Comment est-ce qu'on pourrait se venger du Melody Maker ? » Et ce qu'on a fait, et Creation nous a complètement soutenu là-dessus, c'est qu'on a acheté une page de pub en quatrième de couverture du Melody Maker avec 9 extraits de chroniques qui disaient des trucs genre « Un disque incroyable » ou « L'album de l'année » aux côtés d'un extrait de la chronique du Melody Maker, qui disait : « Ce groupe devrait être jeté une bonne fois pour toutes dans la benne à ordures de l'Histoire ». En fait, c'était calqué sur une pub des années 70 pour de la patée pour chats, qui disait : « 9 chats sur 10 préfèrent Whiskas » Et là on a transformé le truc en « 9 journalistes sur 10 préfèrent Teenage Fanclub ». Ça a coûté 3000 £ à Creation mais c'était vraiment une super façon de les envoyer chier !


Here, le nouvel album de Teenage Fanclub sortira le 9 septembre sur Pema Records. Il est génial, achetez-le.