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Vice Blog

MUSIQUE - OBSIDIAN POND FAIT DE LA MUSIQUE POUR DORMIR

21.1.10

J'ai découvert Obsidian Pond en furetant sur le blog génial de Detect, No Big Story - comme 90% des trucs récents qu'on écoute. Il avait posté le clip de « Sundog Sinners » et j'ai trouvé la musique tellement bien que je me souviens avoir cherché le MP3 du morceau pendant les 24 heures qui ont suivi, sans succès. J'avais trouvé que cet amalgame de drones et samples de calypso bousillés par la codéïne était un bon compromis entre James Ferarro, Ducktails et le rap sudiste ralenti de Houston. Je m'étais alors promis de faire une interview de lui dès que j'aurais le temps. Puis j'ai oublié. Quand je me suis réveillé deux mois plus tard, plein de blogs en parlaient et il venait de sortir son premier CD-R, Deep Ghost. Je l'ai contacté sur Myspace et je lui ai envoyé quelques questions. Il y a répondu et m'a renvoyé tout au propre, deux heures plus tard.

Vice : Salut mec. Ca va ? Qu'est-ce que t'étais en train de faire avant de devoir répondre à mes questions sur internet ?

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Obsidian Pond : Je vais très bien, c'est gentil de demander. J'ai la gorge un peu sèche cependant. J'étais juste en train d'afficher des dessins sur les murs de mon appart en écoutant Explorers. C'était une bonne journée.

Sur ta page myspace, tout a l'air vaporeux, on a l'impression que tu fais tout pour rester le plus mystérieux possible. Est-ce que tu peux te présenter, dire d'où tu viens, quand est-ce que t'as commencé à faire de la musique etc. ?

L'idée derrière Obsidian Pond est de prendre des samples et de les dissoudre jusqu'à ce que l'on découvre des choses qui ne sont pas dans le morceau original. Et en théorie, il est impossible de reconnaître la chanson samplée, et j'essaie de garder ce principe pour tout l'aspect visuel du projet : je superpose des screenshots flous, des images mal découpées etc. Il flotte un certain mystère sur l'esthétique entière du projet et ça me plaît. C'est plus facile de bosser comme ça. Et en plus, ça permet justement d'éviter de me présenter. Les gens ne s'y intéressent pas.

Qu'est-ce que tu fais dans la vie de tous les jours ? T'as un job, ou un truc du genre ?

Je suis à l'université, mais je passe le plus clair de mon temps chez moi plutôt qu'à la fac; je dessine et je fais de la musique. J'ai un autre projet musical qui s'appelle « Leveret » sur lequel je passe aussi pas mal de temps, du coup je suis tout le temps occupé. J'ai tout le temps des choses à faire.

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Et quand est-ce que tu as commencé ton projet Obsidian Pond ?

Je crois que c'était en avril ou mai, peut être un peu plus tard au printemps dernier. C'était une idée étrange qui flottait dans ma tête depuis quelques temps et ça s'est vite transformé en quelque chose que je n'aurais jamais attendu. Je ne m'attendais vraiment pas à une quelconque reconnaissance pour tout ça, vraiment. Je l'espérais bien sûr, mais je ne pensais pas que ça arriverait. C'est quelque chose que je n'avais jamais vécu jusqu'à maintenant, surtout avec mon autre projet que j'ai commencé il y a genre, cinq ans. Toute cette attention soudaine m'a vraiment surpris.

En même temps, tu n'es pas encore aussi connu que tous ces mecs qui font cette « hypnagogic pop », aussi fréquemment appelée, « glo-fi » ou « beach-wave » - Ducktails, Neon Indian, The Skaters… D'ailleurs, t'es content d'être assimilé à cette scène ?

Eh bien, ouais, parce que ce sont des gens (et The Skaters en particulier) qui m'ont largement inspiré au début. J'aime tout l'esthétique liée à The Skaters. J'aime le fait que le lo-finess transforme les sons qu'il utilise en quelque chose d'autre. C'est le genre de qualité que je cherche aussi à atteindre, donc c'est cool d'être comparé à eux. Les trucs que font The Skaters sont bien plus intéressants que les autres groupes de musique lo-fi qui ne font qu'enregistrer des notes de guitare sur des quatre-pistes pourris pour essayer de rendre leur musique intéressante. Je crois que les gens commencent à en avoir marre de ce genre d'idées et se rendent compte peu à peu du vide derrière tout ça. Je considère ça comme un cruel manque de substance. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi, mais vraiment, c'est ce que je pense.

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Ta musique est bâtie exclusivement sur des samples ralentis, répétés et syncopés que tu chopes dans toutes sortes de musique - même dans le calypso. C'est tellement hypnotique que ça donne envie de s'endormir. C'est de la bonne musique pour pioncer.

Ouais, exactement ! Cette idée de « musique pour dormir » est exactement ce que je cherche. Je veux que les gens se perdent dans ma musique; qu'ils ne réalisent pas le temps qui passe quand ils sont en train de l'écouter. J'ai envie que les auditeurs se sentent comme dans un bain chaud, alors que l'eau ondule lentement autour d'eux et qu'ils se mettent progressivement à flotter.

Dans un de tes morceaux, tu samples Africa de Toto, le groupe de rock FM des années 1980. Ça te plaît de dénaturer totalement le sens des morceau originaux ?

Oh oui, je cherche à donner un autre sens à chaque morceau que j'utilise. C'est marrant que tu parles de ça, parce que justement, je viens d'enlever ce morceau de ma page Myspace parce que le sample était trop évident. Mais il y a d'autres morceaux dans lesquels j'ai aussi utilisé d'autres gros tubes super grillés qui sont impossibles à reconnaître tellement je les ai screwed up. Comme je l'ai dit toute à l'heure, ce qui m'intéresse, c'est de trouver une nouvelle musique dans la musique déjà existante.

Tu sembles être attaché à une certaine esthétique visuelle - l'omniprésence de la mer, des fleurs, des grands rochers; tout ce qui est naturel, en fait. Qu'est-ce qui t'attires dans ce genre de paysages idylliques ?

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Ça me fait plaisir que tu aies retenu toute l'histoire avec l'eau. Je ne m'en suis pas rendu compte au début mais l'eau a graduellement fait son apparition dans tous les travaux que je fais. Et le CD-R que je viens de sortir a pour thème l'eau, justement. Je cherchais à montrer au travers de mes morceaux la terrifiante, immense, mais aussi subtile puissance de l'océan, ainsi que la forme de confort qui s'en dégage. Je n'arrive pas à expliquer ce qui m'attire si puissamment dans la nature, mais je l'intègre dans tout ce que je fais.

On retrouve aussi cette esthétique dans la vidéo de ton morceau Sundog Sinners.

Oui, c'est mon ami Felix Lee qui l'a réalisée, un artiste talentueux doublé d'un excellent producteur de musique.

J'ai une question chiante pour la fin : d'où tu tires la majeure partie de ton inspiration - qu'il s'agisse de musiciens, d'écrivains, de n'importe quoi ?

Je crois qu'incontestablement, mon influence principale est la nature, ou plus précisément les rêves de nature. Musicalement, je dirais que Philip Jeck a été une énorme influence pour moi, comme des gens tels que Oneothrix Point Never, James Ferraro, Terry Riley etc. Le genre de gens qui peuvent vous hypnotiser avec leur musique.

Et tu comptes sortir un nouveau CD-R (ou même un « vrai » disque) pour bientôt ?

Brad de Digitalis et moi-même, on est en train de discuter sur un projet de cassette qui devrait sortir bientôt sur le label Imprint, mais à part ça, je n'ai encore eu aucune proposition. Ça va être cool de toute façon, parce qu'il y a beaucoup de gens que j'apprécie sur ce label. J'espère que ça va défoncer, pour être franc.

INTERVIEW : JULIEN MOREL

VISUELS : ALESANDRO JONG