Comment un village perdu au Laos est devenu le nouveau Cancun

Vang Vieng est une petite ville de 25 000 habitants au Nord du Laos dont ma mère est originaire.

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avr. 19 2013, 8:00am


photo : Thomas Bishop / Flickr

Vang Vieng est une petite ville de 25 000 habitants au Nord du Laos dont ma mère est originaire. Depuis le début des années 2000, Vang Vieng s’est peu à peu hissée en tête des destinations d’Asie du Sud-Est les plus prisées des touristes de moins de 30 ans, jusqu’à prétendre au titre de « Cancun asiatique ».

Le gouvernement a tout mis en œuvre pour en faire une destination de réputation mondiale. Depuis peu, la ville est donc entièrement sacrifiée aux touristes, qui génèrent presque 90 % de ses revenus. La rue principale du village est constellée de bars qui, en plus des cocktails whisky-taurine servis dans des seaux de plage, vendent également de l’opium, des champignons hallucinogènes, de la méthamphétamine et d’autres substances qui, selon la loi laotienne, pourraient vous faire condamner à mort.

Lorsque ma sœur Florence s’y est rendue en 2005, elle m’a certifié n’y avoir croisé aucun policier. « À toute heure, les touristes peuvent acheter librement des drogues dures, même s’il vaut mieux éviter de se procurer de l’héroïne ou de la cocaïne. Les restaurants proposent du cannabis, de l’opium à 80 000 kips le gramme [environ 7 euros], ainsi que des plats occidentaux – des tagliatelles ou des crêpes. »

Les locaux vivent toute l’année au milieu d’une légion de jeunes adultes débridés. La plupart ne s’en plaignent pas, voyant dans cet afflux de pouvoir d’achat une occasion de se faire de l’argent. Dans les rues du village, des Laotiennes en chemisiers virginaux côtoient sans gêne des touristes en bikini panthère. Celles-ci s’adonnent au tubing – un défilé en bouée le long de la rivière Nam Song, à pratiquer de préférence bourré et défoncé. En conséquence, les Laotiens qui s’occupent des locations de bouées font habituellement signer un document aux touristes les dédouanant en cas de blessure grave – ou de décès.

La fête s’est essoufflée lorsque les médias internationaux se sont intéressés au bilan tragique de Vang Vieng. Une vingtaine de morts ont été recensées en 2011, ainsi qu’un nombre indéterminé de blessés. Près de dix touristes sont accueillis chaque jour à l’hôpital de la ville, le plus souvent pour des os cassés après un bucket cocktail de trop.

En 2012, le Vientiane Times, premier quotidien anglophone du pays, annonçait une fermeture généralisée des bars illégaux suite aux accidents et à plusieurs plaintes de locaux, excédés par la dépravation dont faisaient preuve les touristes. Un couvre-feu a également été mis en place.

Au cours de son enfance à Luang Prabang dans les années 1950, ma mère n’a jamais croisé un touriste. « À l’époque, tout le monde se connaissait. À part quelques diplomates, personne ne venait de l’extérieur et il était impossible de circuler du nord au sud. » Aujourd’hui, les hôtels y fleurissent en masse, bien que l’Unesco ait demandé aux autorités de créer un périmètre de protection pour préserver le patrimoine culturel de la ville – pourtant soumise à la pression d’investisseurs chinois et coréens. Mais en ce qui concerne Vang Vieng, son sort semble déjà scellé – il est probable que les années à venir voient affluer des milliers de nouveaux arrivants armés de pantacourts et de canettes d’energy drink ; l’Asie du Sud-Est s’apprête à devenir une Thaïlande à l’échelle d’un continent.

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