J’ai fabriqué ma propre prothèse buccale pour mieux sucer

Selon certains, le bonheur est dans le pré. Pour moi, il est dans les plâtres.

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16 Novembre 2016, 6:00am

Mater des gens à poil grâce aux Google Glass ! S'envoyer en l'air avec des types à l'autre bout de la planète à l'aide de la réalité virtuelle ! Traîner avec des robots qui ressemblent à Scarlett Johansson ! Le sexe du futur sera sauvage et inventif. Même si nous ne savons pas ce qui se prépare, l'expérience physique du sexe n'en sera sans doute que meilleure quand bien même les aspects émotionnels, psychologiques et humains seront délaissés.

Ces deux dernières années, les recherches se sont principalement concentrées sur le développement de la réalité virtuelle et de la robotique – nos pauvres sex-toys nous semblent bien désuets aujourd'hui, n'est-ce pas ? Le plug anal n'est plus qu'un vestige des années 1990, tandis que l'iconique Hitachi Massage Wand a perdu de sa superbe et se retrouve aujourd'hui confondu avec un micro par les ados. En ce qui concerne les modifications corporelles, on se souvient à peine des mythes entourant Marilyn Manson et ses côtes en moins.

Cependant, un homme veut changer cet état de fait. L'artiste et dentiste Kuang-Yi Ku a dévoilé son Fellatio Modification Project à Londres lors d'un atelier au cours duquel il était question de mêler dentisterie et sexe. En collaboration avec le London Dental Education Centre et la Science Gallery London, les participants ont confectionné des appareils dentaires visant à améliorer le plaisir sexuel lors de la fellation.

Je n'aurais jamais imaginé me préparer à une session coïtale en glissant un appareil dentaire dans ma bouche. Cela étant dit, je ne pouvais tout de même pas manquer l'opportunité de délivrer la quintessence de la fellation.


L'auteure avant de fabriquer son appareil.

Parmi les participants, je notais la présence de dentistes qualifiés, d'étudiants remplis d'hormones et de gens avec beaucoup de piercings. Je me fondais assez bien dans le décor. Malgré cela, je ne pouvais m'empêcher d'être inquiète. En effet, n'étant pas munie d'un phallus, je ne savais pas exactement ce qu'il en était du plaisir masculin. Je ne me suis tout de même pas démontée.

Tout était prêt dans la salle pour préparer notre dentier sexy : des sondes, des scalpels et même ces immondes têtes de mannequins qui ressemblent à celles utilisées pour vous sensibiliser aux premiers secours. Leurs bouches étaient ouvertes, ils étaient prêts. Parée de gants, je pouvais me lancer dans cette expérience.

Kuang-Yi Ku nous a expliqué que l'idée du Fellatio Modification Project lui était venue à la suite de ses études d'odontologie. Il s'était rendu compte que la bouche ne remplissait en théorie que trois fonctions : l'apparence, la prononciation et la mastication. C'est vrai, en partie. Nous connaissons tous l'autre grande utilité de la bouche : le sexe oral. Pourquoi, demandait à haute voix Kuang-Yi Ku, ne parle-t-on jamais de sexe dans les bouquins de dentistes ? Homosexuel revendiqué, il désirait combiner sa passion pour la fellation avec sa vocation professionnelle.

Les appareils étant strictement personnels, nous avons dû réaliser un moulage afin qu'ils conviennent parfaitement à notre bouche. Vous ne voudriez tout de même pas sucer quelqu'un avec un appareil non adapté ? Kuang-Yi Ku s'est présenté devant moi et a glissé une gouttière avec une immonde pâte verte dans ma bouche pendant que je restais assise, pensive.

Je ne pouvais plus rien faire. J'avais la sensation d'être déjà en train de sucer quelqu'un. Je soufflais et respirais par le nez. Après avoir laissé une bonne partie de ma salive et de mon rouge à lèvres sur cette pâte, mes empreintes étaient prêtes.

Une fois le squelette de ma bouche entre mes mains, je me remémorais toutes les choses dégueulasses qu'avait subies ma cavité buccale en 25 années d'existence. Le docteur Ku a raison – des choses très sales se passent dans notre bouche. Des choses terribles, invisibles.

Dès le début de mon adolescence, on m'avait enlevé mes dents de sagesse, juste après avoir ôté les bagues qui m'avaient accompagnée lors de mes toutes jeunes années. Pourquoi passer à côté d'un accessoire qui pourrait chambouler ma vie ?

Quoi qu'il en soit, les étudiants en dentisterie qui assistaient le docteur Ku étaient déjà en train de réaliser des plâtres avec mon moulage.

Pendant ce temps, nous devions réaliser une ébauche pour les inserts que nous allions mettre dessus. Je ne comprenais pas trop ce que je devais faire.

L'idée était d'ajouter des petits inserts réalisés à partir d'une résine, mais je ne savais pas du tout par où commencer. J'ignore encore beaucoup de choses sur le pénis et sa sensibilité.

D'un coup, comme ça, l'inspiration m'est revenue. J'ai repensé à ces espèces d'œufs masturbatoires Tenga où il y a des petits inserts à l'intérieur – un peu comme le Fleshlight mais en plus petit. Ils étaient amusants et l'agencement des points à l'intérieur avait l'air complètement arbitraire. Alors j'ai fait la même chose. Je ne pouvais pas vraiment me tromper, non ?

Afin d'obtenir une résine de qualité, il nous a fallu mélanger deux substances semblables à du mastic. Après cela, nous devions réaliser les petits inserts en créant des trous et des bosses.

Par la suite, nous avons concocté une mixture composée de poudre et d'eau, censée reproduire la texture de la peau humaine. J'aimerais vous livrer tous les noms chimiques de ce truc mais je ne m'en souviens pas.

Le plâtre de ma bouche avait eu le temps de prendre. Malheureusement, il était sorti cassé. Je devais le refaire, ce qui voulait dire que j'étais repartie pour une heure et demie de travail.

Par chance, le deuxième était parfait. Le tout est parti ensuite dans une machine qui réalise une réplique en plastique à partir du moulage. Il m'a suffi d'ajouter les inserts sur le plastique.

Je dois bien l'admettre, ça ne ressemble à rien. En fait, si : ça ressemble à un accessoire pour bébé retrouvé au milieu de la poussière derrière un bureau. À tout sauf à un sex-toy. J'avais peur que ces protubérances ne se détachent et viennent se poser dans ma gorge, m'empêchant ainsi de respirer. Sauf qu'ensuite le docteur Ku a assemblé les différents éléments.

Nous y étions enfin : le produit fini. L'une des organisatrices de l'événement a gâché ce doux plaisir en me demandant de ne pas « trop l'utiliser » pour des raisons de santé et de sécurité car il n'avait pas passé tous les tests. Qui est-elle pour me dire de ne pas disposer de mon invention comme bon me semble ? De toute façon, peut-on vraiment établir un nombre limite de fellations à ne pas dépasser ? Quand dépassons-nous le seuil du trop ?


Salut les gars !

Après cet atelier, je désirais savoir ce que Ku nous préparait pour notre vie sexuelle future. Je vais vous le dire : il a beaucoup de choses en stock. Il souhaite développer des projets similaires pour le cunnilingus et l'anulingus. Le rêve absolu : une modification de la langue. Ku travaille aussi sur une opération visant à agrandir la mâchoire afin qu'un pénis entier puisse y loger sans souci. En attendant que le monde entier ne fasse la connaissance de ce dentiste, j'aurai toujours mon appareil dentaire personnalisé.

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