FYI.

This story is over 5 years old.

LE NUMÉRO DES GENS QUI EXPLOSENT

Reviews

rès bel album de shoegaze synthétique par deux individus pratiquement inconnus venant de Portland. Encore Portland ? Mais ils sont complètement déprimés par là-bas
24.2.11

THE SLAVES

CRYSTAL FIGHTERS

THE BEETS

FOOL’S GOLD

LIL B

Red Flame (Evil Edition)

LilBtheBasedGod

Ouais je sais, cette tape est sortie début décembre, c’était il y a longtemps à l’échelle des message boards et de la carrière basée de Lil B, (ex-?)membre de The Pack et génie total qui participe depuis quelques mois à la plus grosse rapper craze depuis celle du Dipset au début des années 2000. Mais eh, mon statut socialement élevé au sein de cette société me confère le droit d’en parler, et par conséquent, j’ai raison sur ce que vous en pensez. Voilà à quoi ça ressemble : un enchevêtrement de courts morceaux de rap ralentis et psychédéliques qui portent des noms aussi abstraits que « Bashido Blade », « Don’t Kill Pimpin’ » et « I Love Video Games », le tout donnant l’impression d’être une variante juvénile de drogue-musique post-Internet qui pourrait encourager mon cerveau blanc depuis trop longtemps enfermé dans la musique maussade et les pop songs ternes à radicalement changer de vie pour ne plus jamais accepter que le rap. C’est la musique du Jugement et de la révélation.

Thank you based god

Publicité

.

STOMY BALLSY

THE JET AGE OF TOMORROW

The Journey to

the 5th Echelon

OFWGKTA

Je poursuis sur ma lancée d’imbuvabilité pour crier à gorge déployée ce que mon petit cœur aigri me souffle depuis quelques nuits déjà : Odd Future c’était mieux il y a deux mois. Depuis que des gens qui s’intéressent au rap à raison de trois jours par an les ont intronisés « meilleur groupe de rap expérimental ­contemporain », j’ai l’impression qu’ils cherchent à outrer la tendance baroque de leur musique pour ­satisfaire ce public fraggle tout acquis à leur cause. Et de fait, la qualité de leur musique décline. Inexorablement. À tel point que je vais m’empresser d’arrêter ce disque pour retourner écouter Lil B.

STOMY BALLSY

Ces jean-foutre d’Alabama sont tellement fatigués qu’ils ont oublié de faire des beats. Ils se contentent de produire chaque morceau comme s’il s’agissait d’une intro de cinq minutes, sauf qu’effectivement ça ne part jamais et que l’auditeur a plutôt l’impression d’avoir avalé 20 litres de Sprite codéïné à la place. J’espère tout de même que l’histoire saura se souvenir de ces gens comme les créateurs des futurs sous-genres de gangsta-rap des années 2010, à savoir « l’héroïne bounce » et « l’ambiant ronce de noyer ».

JIMMY MORE HELL

Ce disque est la représentation physique de l’idée que se font les parents de « notre » génération : vitesse, omniscience de l’électronique, liberté de ton et de mouvement, vulgarité brouillée par le prisme de l’ironie et abandon sybaritique régulé par l’indicible Capital, le tout recraché dans une bouillie de fun, de cool et d’un milliard d’autres signaux permettant de nous rendre compte de notre appartenance aux années connectées. Ce truc est encore plus vain que la fois où j’ai décidé de recopier l’intégralité du dictionnaire sur un cahier de cours – j’avais 7 ans.

JIMMY MORE HELL

DJ ROC

The Crack Capone

Publicité

Planet Mu

Ça a un petit peu changé, la juke, ­depuis l’effervescence des années « Alors les filles, on se promène ? », mais pour autant, écouter ce disque me télé­transporte en plein Tryptique où je me revois affublé d’une casquette ridicule en train de relater mes expériences sexuelles adolescentes à un interlocuteur médusé. Mon acolyte Étienne Menu a dit avec justesse que cette musique était si fonctionnelle qu’elle en devenait dysfonctionnelle – en ce sens qu’elle n’est même pas dansable –, moi je me contenterais d’ajouter qu’il s’agit simplement de la meilleure musique de club du monde – en ce sens qu’elle n’est même pas dansante.

KELLY SLAUGHTER

J’ai toujours eu du mal à émettre un avis précis concernant les albums d’ambient – ou plutôt d’« illbient » comme disaient les branchés de 1998 – parce qu’un changement minime dans la ­construction de leur symphonie de jeune adulte (une note, un « bleep » ou un grésillement numérique d’eau de pluie) et cette musique peut passer de la pureté infinie au son le moins pertinent jamais inventé. Première remarque : on ne trouvera pas les prochains Boards of Canada ou Tim Hecker sur cette compilation. Deuxième : les protagonistes sont tous argentins, sauf un qui est polonais, et ces deux nationalités deviennent comiques lorsqu’on les associe avec le concept de culture. Troisième : je me suis plus fait chier ces trente dernières minutes que les dix dernières années de ma vie, et entre-temps, j’ai quand même été adolescent, agent d’entretien, étudiant et journaliste.

KELLY SLAUGHTER

THE GLITCH MOB

Drink the Sea:

Publicité

The Remixes

The Glitch Mob

Tu vois ces cailleras ? C’est la Glitch Mob. La mafia du glitch. Ils constituent la frange la plus radicale de la mouvance downtempo. Ils ont des alliés ­infréquentables tels que King Britt ou DJ Vadim. Ils fument du shit. Ils portent des baggys et des chapeaux. Ne croise ­jamais leur chemin ou ils te forceront à écouter du jazz. Ces mecs sont pires que les yamakazis. Pires que les nazis. Pires.

STOMY BALLSY

Ça faisait longtemps que j’avais pas écouté quelque chose d’Arbouretum – probablement depuis ma dernière chronique – et je dois avouer que je suis assez surpris. C’est moi ou c’était bien moins « hard » avant ? J’avais l’impression que ça tirait plus vers le folk que vers le métal. Là, ça se rapproche plus du stoner lambda si je ne m’abuse. Apparemment l’album entier est inspiré d’un livre de Carl Jung. Je vois bien le rapport entre les forces inconscientes et les envolées psychédéliques de guitares sur une basse lourde, et avec des chansons ayant pour titre « Song of the Nile » prenant pour objet le passage de la vie à la mort (très réussie), mais hé faut ­arrêter d’être prétentieux les zikos.

CHARLES MOREASS

ELECTRIC WIZARD

Black masses

Rise Above

Là non plus, aucune surprise pour cet album sorti l’année dernière. Tout est classique, mais poussé au maximum : riffs répétitifs, guitares lourdes, voix filtrée et solos cannabiques. Il n’y a pas grand-chose à dire sur la musique des doomy doom stonery stoners Electric Wizard. Tout est hyper puissant, c’est le son des animaux du style les sangliers, les rhinocéros et les putains d’éléphants. Si vous cherchez de la subtilité, passez votre chemin, pédés.

CHARLES MOREASS

LYDIA LUNCH

Le son du maquis

Menace Ruine est certainement un des meilleurs groupes de black metal contemporain (et quel nom !). J’étendrais même ce constat à l’ensemble des musiques dites expérimentales tellement leur style s’éloigne des clichés du genre, affectionnés par les ados mal dans leur peau et les ­trentenaires fans de jeux de stratégie. En effet, pas de tapping démonstratif ou de double pédale de bourrin ici, mais des ­atmosphères de terreur et de tristesse d’où émergent les cris des damnées de la terre et où perce, dans les ténèbres du temps, une voix sauveteuse à la Nico. À mon avis bien meilleur que le précédent, cet album est magnifique. Ô Satan, apaise les douleurs des chevaliers égarés et transforme leur amertume en puissance de vie.

MENACE RUNE

NEON JUDGMENT

Early Tapes

Publicité

Dark Entries

Je vais faire crier tous les darkos et peut-être aussi quelques érudits de la musique, mais ce disque me pète les couilles et je m’en bats les couilles. C’est une réédition des deux premières cassettes du groupe, sorties en 1981 et 1982. J’ai une ­petite question à vous poser, bande de ­machines : vous pouvez pas foutre plus d’une ligne de synthé sur vos compositions ? Ce minimalisme m’effraie et me donne envie d’effacer le fichier de mon ordinateur, ce que je ne fais jamais par principe. Faudrait un peu remplir tout cet espace vide de son, parce que là ça ressemblerait à Suicide s’ils n’avaient pas fait « Cheree » et « Surrender ». Les mecs indus vont aimer, pas moi.

COLONEL TAMER

Ben qu’est-ce que tu veux que je dise contre Lydia Lunch ? Rien, parce que si je le faisais je serais un sacré connard. Je vais tout de même pas traiter de vieille sorcière une vétérane de la période « post-punk » qui a survécu à l’héroïne, au sida, à Reagan et aux coupes infernales. Voilà qu’est réédité son deuxième album solo sorti en 1982. Il n’y a absolument aucune surprise, et c’est tant mieux : les guitares froides et désaccordées sont mélangées à un chant désarticulé et à des élucubrations post mortem. C’est le son des fins de soirées, de la fatigue et des réveils l’après-midi.

COLONEL TAMER

Je suis pas forcément partisan de l’idée selon laquelle tout est écrit et je suis pas spécialement janséniste non plus, mais bon, que le groupe Sexy Sushi ­finirait par faire des émules en Espagne, ça, on pouvait quand même un peu s’en douter.

FÉLIX ATARI

SMITH WESTERNS

Dye It Blonde

Publicité

Fat Possum Records

C’est le second album des Smith Westerns, et le premier enregistré en studio. Du coup, le son est beaucoup plus propre que sur le disque de 2009, que je pourrais allègrement qualifier d’éponyme si j’étais mon oncle. Malheureusement, je ne suis pas un enfant du baby-boom et je ne considère pas Daniel Cohn-Bendit comme l’homme de la situation, quelle que soit la situation. Cela étant, cet album alterne le bon et le moins bon, mais en ce moment je suis tellement peu concerné par l’indie-rock qu’il suffit qu’un album comporte un ou deux bons morceaux pour que je m’en satisfasse. Par contre en me relisant je crois que j’ai été un peu injuste envers mon oncle. Je me dois d’ajouter pour sa défense qu’il lui arrive aussi parfois de laisser des commentaires sur le wall Facebook d’Alain Lipietz.

HUBERT MENSCH

TENNIS

Cape Dory

Fat Possum

C’est relou mais c’est bien. On dirait que ce couple s’aime pour de vrai, au-dessus des lois, des conseillers d’éducation et de leurs parents progressistes qu’ils respectent malgré tout pour leur avoir transmis des disques de Jefferson Airplane et une coquette somme d’argent immédiatement réinvestie dans l’achat d’un studio d’appoint et d’une quantité inquiétante de drogues molles. C’est comme si leur vie était un éternel après-midi des vacances de Pâques, ce qui est réconfortant dans la mesure où en réalité, les gens qui ont 25 ans en 2011 vivent avec un baromètre mental bloqué sur la case « Toussaint ».

JIMMY MORE HELL

ASOBI SEKSU

Fluorescence

Publicité

One Little Indian

Et voilà. À peine une semaine qu’on est en 2011 et j’ai déjà pensé à Björk.

MICHEL ROCKHARD

THE BEETS

Stay Home

Captured Tracks

Je félicite le groupe The Beets de sortir un album sur lequel tous les morceaux parlent de rester chez soi, parce que moi non plus j’ai jamais cru à tous ces discours sur les voyages à Londres qui forment la jeunesse, que j’ai perdu un an de ma vie au Québec et que quatre ans plus tard on ne me l’a toujours pas rendu, et que ça suffit le topos poétique selon lequel la vraie vie est ailleurs. La vraie vie, c’est qu’en ce moment personne de moins de 25 ans n’a de situation et qu’on passe tous notre temps à boire du thé dans de tout petits appartements qu’on essaie d’oublier.

CLAP YOUR HANDS SEILLIÈRE

DEERHOOF

Deerhoof vs. Evil

Polyvinyl

Comme bon nombre de gens, j’ai été assez décontenancé par l’écoute de cet album. Où sont les guitares folk reverbées et autres intermèdes industriels ? À la place on se retrouve avec des compositions au piano parfois très réussies, mais aussi parfois à la limite du kitsch, comme le laissait présager la typo en runes roses de la pochette. Après plusieurs écoutes, on s’acclimate à cette ambiance baroque, et on retrouve les éléments habituels de Death in Jüne (le umlaut pour faire snob) : romantisme noir (« Wolf Rose »), national-socialisme cryptique («

The Scents of Genocide

 », entendre : the SENSE of genocide ?), glorification de la violence fondatrice (« Murder Made History »), ­désespoir du contemporain (« Neutralize Decay »), etc. Le deuxième CD consiste en des reprises instrumentales des classiques, fort bien réalisées. Alors, Douglas P. ou ­Douglas Pipe ? À vous de vous juger.

Publicité

ÉTIENNE ZAHO

THE DØ

Dust it off EP

Cing 7

Non seulement je n’aime pas ça, mais en plus je ne peux pas aimer ça. Je n’avais jamais écouté avant, mis à part la jolie chanson de la pub que tout le monde connaît, et je peux dire que cet album ­m’irrite encore plus que lorsque je me roule nu dans les orties pour expier mes péchés. C’est vraiment trop de la musique « sympa ». Je dis ça sans animosité aucune et en précisant qu’en ce moment je n’écoute que de la musique ­dépressive ou vindicative – de préférence les deux – et que j’adore la tête carrée de la chanteuse (en provenance de Finlande, je l’aurais parié). Mais putain je me suis interdit d’aimer ce genre de truc pour meuf qui travaille dans le milieu de la musique et ce dès l’âge de 9 ans, quand j’ai pris conscience du monde et que j’ai deviné quels genres de personnes ­désespérément à l’affût de toutes les nouveautés mes petites camarades allaient devenir.

CHARLES MOREASS

YOUNG PRISMS

Friends for Now

Kanine Records

Alors là, chapeau les Young Prisms, vous êtes certainement les types les moins réglos que j’aie jamais vus. Ça fait des mois que l’Internet blog-rock de bon goût vous soutient corps et tweets, et vous, tout ce que vous trouvez à faire pour lui renvoyer l’ascenseur, c’est de vous présenter au monde par l’intermédiaire de cette pochette infernale proposant une relecture du théorème de Thalès par le groupe These New Puritans. Franchement, bravo, j’ai ­jamais vu personne en avoir plus rien à branler des travailleurs de l’ombre de Gorilla vs. Bear.

MICHEL ROCKHARD

THE DECEMBERISTS

The King Is Dead

Publicité

Capitol

Sérieux je sais plus quoi en faire des Decemberists. Je suis complètement désarmé face à ces gros bébés qui pensent être intelligents parce qu’ils montent sur scène avec des chapeaux melon et une contrebasse. Je sais pas sur quelles bases établir le dialogue, j’ai l’impression de me retrouver en face des Abd al Malik de l’indie-rock.

SLAVOJ ZIZOU

C’était pas censé être bien pendant deux secondes en 2006, Deerhoof ? On n’avait pas fait une interview d’eux à l’époque où personne ne s’était rendu compte qu’ils construisaient tous leurs morceaux autour de comptines pour enfants et de bruits de harpe ? Puis ça change tout le temps, on dirait du Boredoms en chiant. Ce disque est barbant, et par là j’entends qu’il ressemble physiquement à une barbe.

JIMMY MORE HELL

THE FUN YEARS

God Was Like, No

Barge Recordings

C’est pour tous les fans d’ambient, de guitares éthérées, de saturation fine, de crachotements, de glitchs, de filtres, de photos avec des barques, des plages et des couchers de soleil. Enfin bref c’est pour tous les fans de Fennesz.

FEIGNASZ

KING BLOOD

Eyewash Silver

Ignorant Gore

THE SLAVES

Ocean on Ocean

Debacle

Très bel album de shoegaze synthétique par deux individus pratiquement inconnus venant de Portland. Encore Portland ? Mais ils sont complètement déprimés par là-bas ! Une ville de type banlieue pavillonnaire où il n’y a rien à faire à part aller au centre commercial semble être l’endroit idéal pour inspirer une musique fondée sur l’absence de rythme, des nappes de synthés et du delay à n’en plus finir, et sur laquelle poser une voix féminine (enfin, j’espère) prononçant des paroles indistinctes. Vive l’ennui et nique Paris.

ÉTIENNE ZAHO

Ça a quelques mois déjà, et on s’en branle parce que c’est hyper bien. Chaque morceau fait penser à des outtakes des Stooges du gouffre produits sur un dictaphone par des mecs qui s’en foutent de toi. Le côté hypno-rablo-répétitif fait aussi quelquefois penser à Flying Saucer Attack, à Loop et à d’autres groupes dont vous n’avez jamais entendu parler, à ceci près que la musique est encore plus extrême, plus rugueuse, plus poilue que celles des groupes sus-cités. J’imagine que c’est le genre de son défoncé que croient avoir les groupes qui jouent à Primavera. Sauf que non.

STOMY BALLSY