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La caverne de la brutalité : ces parents qui nous emmerdent

À tous mes amis qui ont procréé, je vous rassure : j'aime bien vos mouflets.
15.11.11

À tous mes amis qui ont procréé, je vous rassure : j'aime bien vos mouflets. Si vous me voyez glousser quand ils tombent, m'émerveiller devant leur coordination inexistante ou avoir l'oeil humide face à leurs gribouillis multicolores fièrement exposés sur vos frigos, ce sont de vraies émotions. C'est cool, vous avez répondu à votre pulsion biologique primaire et ça serait encore plus cool si vous arriviez aussi à être de bons (ou semi-bons) parents pour les 18 prochaines années. Grâce à vous, notre espèce n'est pas prête de s'éteindre.

Mais si l'on veut vraiment être précis, il s'agit en fait de deux pulsions biologiques. La première est un désir de reproduction. Ce qui est tout à fait louable. La seconde est simplement une envie compulsive de titiller les nerfs de ceux qui n'ont pas d'enfant en nous faisant remarquer, avec dédain, le fait que nous n'avons pas encore réussi à nous reproduire. Et ça, c'est moins louable, mais j'ai le sentiment que vous ne pouvez pas vous en empêcher. Comme un genre de retour en arrière neurologique et brutal à l'époque où les hommes des cavernes, avec leur cerveaux ridiculement petits, essayaient d'exterminer ceux qui tardaient à se reproduire, même dans leur propre clan.

Ces deux pulsions sont aussi fortes l'une que l'autre. Alors, même si on est potes, je m'attends toujours à ce que vous me regardiez dans le fond de l'oeil pour me dire :

« Je ne comprenais pas ce qu'était l'Amour avant la naissance d'Enzo [ou de Mathias]. »

OU

« On ne connaît pas vraiment le bonheur avant d'avoir vu son bébé roter pour la première fois. »

OU

« On ne sait pas vraiment ce qu'est la Vie avant d'avoir reniflé les substances sorties des divers orifices de son propre enfant. »

Sachez cependant que si vous me dites un truc dans ce goût là, je vous répondrai de la sorte :

« Malheureusement, je suis porteur génétique de la maladie du hamburger. »

OU

« Il est possible que mon enfant devienne néo-nazi. »

OU

« Les bébés ont-ils une conscience ? »

Ensuite, on sourira tous les deux. Vous parce que j'aurais fait une blague rusée et à moitié réussie et moi parce que j'aurais réussi à transformer votre insulte répugnante en un simple accroc dans la conversation, à la manière d'un ninja.

Bien sûr, si vous n'êtes pas l'un de mes potes, je me fous de votre progéniture. C'est une autre réaction neurologique d'homme des cavernes. Vous ne faites pas partie de mon clan. Vous me direz, votre progéniture n'est peut être pas une menace. Une chose est sûre, ses déchets corporels putrides en sont une. Les ressources et les places dans la caverne sont limitées ! Cassez-vous, petits humains ! Si vous n'êtes pas un proche et que vous venez m'emmerder en me disant que je n'ai pas d'enfant, je vous répondrai certainement méchamment avec une phrase qui inclura les mots : « survivant d'un cancer des testicules » ou « terrible accident de vélo » ou « empalé par un chariot élévateur ». Ça ne sera pas rusé, parce que j'aurai pour seul objectif d'essayer de vous mettre mal à l'aise, comme vous venez de le faire avec moi. Il n'y a pas de gagnant dans cette conversation.

Et si vous êtes un parent que je n'ai jamais rencontré, eh bien putain, honte à vous. Votre enfant est tout naze. Je vous ai dénoncé aux services sociaux plusieurs fois. On est déjà sept milliards. Stop ! Inutile de me harceler verbalement avec vos commentaires à la con, votre omniprésence sur cette planète suffit à m’oppresser. Vous collectionnez des DVD, peut-être même des fourchettes.

Alors, la prochaine fois que vous vous trouvez dans des toilettes publiques et que vous expliquez à votre gamin comment fonctionne la chasse d'eau en hurlant (et en faisant des rimes), il est probable que vous entendiez un genre de grognement grave venant du fond de la gorge, dans la cabine adjacente à la votre. Ne vous inquiétez pas, c'est juste moi qui tente de réprimer une toute autre pulsion d'homme des cavernes. Moi non plus, je ne peux pas totalement m'en empêcher.

Précédemment dans la Caverne de la Brutalité : Les humiliations de notre enfance

SAM McPHEETERS