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Les cambrioleurs du Havre déguisés en flics sont-ils les gangsters les plus incompétents sur le marché ?

Après avoir éclaté une vitre à coups de pied devant deux riverains médusés, le gang est reparti avec : rien.
21 juin 2016, 5:00am
Deux policiers français en train de pisser. Photo via Flickr.

Mardi 14 juin au Havre, en Normandie, quatre individus ont eu la brillante idée de se déguiser en flics afin de dévaliser une baraque. Tandis que les manifestations anti-loi El-Khomri battaient leur plein à Paris, quatre experts entraient par effraction dans un lotissement rue des Chantiers, en plein quartier des Neiges. Selon Normandie-Actu, c'est aux alentours de 17 heures que deux riverains ont observé trois individus ressemblant selon toute vraisemblance à des agents de police tentant de pénétrer dans l'immeuble. À un détail près : ces derniers étaient en train de défoncer la fenêtre à coups de pied.

« Deux témoins ont assisté à la scène et se sont approchés : ils ont alors constaté que les trois suspects portaient des brassards de police, relate une source judiciaire. L'un des faux policiers leur a d'ailleurs affirmé qu'il s'agissait d'une "opération de police", alors que ses deux complices pénétraient dans l'habitation. »

Habituellement, c'est lors de braquages de banques, de casinos ou de quelque bâtiment administratif cerclé par des agents de sécurité – ou de vrais policiers – que les protagonistes sont forcés de revêtir une imitation d'uniforme de police afin de les berner. En ce sens, les braqueurs havrais ont innové : ils se sont déguisés afin de berner des personnes sans défense. Avec leurs brassards, les trois cambrioleurs pensaient détenir une cape d'invisibilité, ou du moins un totem d'immunité leur permettant d'opérer en plein après-midi dans un quartier surnommé « le petit village » – plus par la quasi-consanguinité qui y règne que pour son aspect, selon la légende locale.

Manque de pot, les méthodes brouillonnes des faux policiers ont vite éveillé les soupçons. L'un des témoins a appelé le 17, à la suite de quoi les services de police lui ont dûment confirmé qu'aucune opération n'était en cours dans la rue des Chantiers. À la vue du riverain téléphone en main, l'un des faux policiers a alors averti ses complices. En authentiques professionnels, ces derniers sont immédiatement ressortis de l'habitation. Dans la précipitation, le crew d'intellectuels de première main a alors pris la fuite, tous montant à bord d'une voiture dans laquelle une quatrième personne les attendait.

Ils étaient bredouilles. Littéralement, rien n'avait été subtilisé. « Les trois suspects ont bien eu le temps d'entrer par effraction, cependant rien n'a été volé », a confirmé un gradé de la police havraise.

La méthode utilisée rappelle celle de la bande des faux flics, qui avait tapé pour 600 000 euros en lingots d'or à Romainville l'an dernier. Néanmoins, les gangsters ont toujours eu du goût pour le déguisement – et plus particulièrement celui de flic.

Car la police et son uniforme imposent respect et confiance. Le philosophe allemand Max Webber appelait ça le « monopole de la violence légitime » : l'État est le seul dépositaire légal de la violence et du respect de l'ordre, et la police est sa délégation. Il n'est donc pas étonnant que des individus mal intentionnés utilisent régulièrement cette image afin d'accomplir leurs basses œuvres.

« Généralement les gars ne s'embêtent pas : ils font une carte bleu-blanc-rouge pourrie, vaguement plastifiée, et la montre en coup de vent à l'habitant. »––Un ancien commandant de police

Les cambriolages sont un vrai fléau pour les services de police – les vrais – et les cas explosent dans certaines communes françaises. Notamment dans les Yvelines, où une cellule spéciale d'enquêteurs a été mise en place.

Un ancien commandant, contacté pour l'occasion, m'a expliqué que les techniques d'enquêtes lors de cambriolages de ce type se révélaient identiques à celles utilisées lors de cambriolages classiques. Mais la difficulté est tout autre. « Ces enquêtes sont difficiles à mener car il n'y a pas d'intrusions, m'a-t-il dit. Dans ces cas-là, il faut juste espérer que les cambrioleurs recommencent car il est difficile de les attraper en flagrant délit. C'est la répétition qui va les faire tomber. »

Lorsque je lui ai demandé s'il était difficile de se procurer un uniforme, un brassard ou une carte professionnelle de police, l'ancien commandant m'a répondu : « Généralement les gars ne s'embêtent pas – ils font une carte bleu-blanc-rouge pourrie, vaguement plastifiée, et la montre en coup de vent à l'habitant. Pour les brassards c'est pareil ; c'est très facile à recréer, tout le monde peut le faire et les personnes "vulnérables" font rarement attention au détail. »

Pour résumer, quelques clics sur internet pour acheter ledit brassard, une maison vide ou habitée de préférence par des personnes âgées, et un peu d'aplomb. En théorie, si l'on mixe le tout, on obtient un cambriolage réussi sans trop de complications. Mais encore faut-il montrer un semblant d'attitude qui pourrait matcher avec l'uniforme. Ce n'est manifestement pas le cas des génies de la ville normande, lesquels sont arrivés en lattant méchamment la fenêtre jusqu'à la briser dans un fracas assez bruyant. Les obligeant à râler, puis à fuir.

Les génies du Havre sont aujourd'hui activement recherchés par la police normande. Ils figurent à la première place des gangsters français les plus attachants, et pas loin des loubards de Louisville qui s'étaient immortalisés sur Snapchat après avoir braqué une famille dans sa propre maison. Selon la police française, il sera sans doute « difficile de les retrouver ».

Alexis est sur Twitter.