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L’ecstasy n’est plus ce qu’il était

Comment les « paras » et les gélules au contenu douteux se sont substitués aux pilules colorées des années rave.
07 mars 2016, 6:00am

En 2012, Madonna a sorti l'album MDNA, faisant entrer la MDMA dans une nouvelle ère de notoriété mainstream. Bien sûr, la D était la drogue de soirée bien avant que des rappeurs et des pop stars ne se mettent à en vanter ses bienfaits. Cependant, il était impossible d'en trouver sous la forme de poudre ou de cristaux – dans les raves des années 1990 et 2000, l'ecstasy était une simple pilule colorée munie d'un logo, comme un lapin Playboy ou un emblème Mercedes (les White Doves étant de loin les meilleures sur le marché). Mais, aujourd'hui, aux États-Unis et au Canada, prendre de la MDMA sous forme de « paras » remplis de poudre est devenu la norme. Par conséquence, les bons vieux taz d'autrefois ont peu à peu disparu de la circulation.

Lors d'un soir d'automne de 2008, après avoir retiré 20 dollars, j'ai pris la direction d'une ruelle assez glauque de la ville de Pittsburgh avec deux amies afin d'acheter un peu de dope à un dealer. Après être rentrées dans notre dortoir, nous avons avalé une pilule couleur pêche avec une silhouette féminine imprimée dessus. Tandis que nous étions en pleine montée, nous sommes allées dans un parc et, malgré la température glaciale, j'ai retiré mes chaussures et ai trempé mes pieds dans une fontaine. Aujourd'hui, je me demande toujours comment j'ai réussi à rester en vie après un tel épisode. Ce que je ne savais pas, c'est que ce soir de 2008 serait l'une de mes dernières défonces par l'intermédiaire d'un taz.

En ressassant nostalgiquement les souvenirs d'une époque où l'on pouvait trouver des pilules partout, je me suis demandé pourquoi nous les avions échangées contre des paras sans saveur.

Entre 2008 et 2010, plus personne n'ingérait des pilules d'ecstasy. Le monde occidental courait après un nouveau truc : la MDMA. À cette époque, les éléments de la culture rave – néons, bâtons luminescents, glowsticks – n'étaient plus à l'ordre du jour. La rave touchait un public plus large ; la deep house se revendiquait plus mature, changeant la culture dance music en général. En toute logique, les drogues consommées en soirée se sont mises à changer elles aussi.

La MDMA diffère des pilules d'ecstasy de bien des manières. La plus grande différence réside, comme vous le savez sans doute, dans l'apparence : les pilules sont colorées et sont disponibles dans une multitude de formes avec des logos qui varient. Ce que les gens appellent « la D » ou parfois « molly » (il vaut mieux éviter les mecs qui emploient ce terme) est une poudre contenue dans des gélules ou des « paras ». Les pilules sont plus complexes à produire et nécessitent des équipements spécifiques comme une presse hydraulique – un truc qui était difficile à acquérir avant que l'on puisse se procurer tout et n'importe quoi sur Internet.

Qu'il s'agisse de paras, de gélules ou de pilules, tous sont supposés contenir de la MDMA, même si, OK, on ne sait jamais très bien ce que l'on prend exactement. Cependant, les pilules d'ecstasy ne sont pas vendues sur le marché en tant que « MDMA pure » – on sait qu'elles contiennent d'autres stimulants, du speed notamment – tandis que les gélules et autres paras le sont. En 2014, la MDMA sous toutes ses formes était la cinquième drogue la plus consommée au monde derrière l'alcool, le tabac, le cannabis et les boissons énergisantes, d'après le Global Drug Survey.

Dès 2009, lorsque j'ai commencé à me rendre compte que les taz étaient peu à peu remplacés par des gélules de MDMA, nous étions en plein milieu de la période « électro house » qui avait contaminé tous les gens entre 20 et 30 ans que je connaissais. J'ai donc commencé à passer mes week-ends à aller voir des DJ jouer de la musique de merde.

Je suis loin d'être la seule à m'être rendue compte du changement du mode de consommation de la MDMA en Amérique du Nord. J'ai parlé à une jeune femme de 26 ans qui fréquentait les scènes raves de Toronto pendant son adolescence et qui prenait des pilules d'ecstasy le week-end entre 2004 et 2006 – ses préférées étaient les blue dolphins et les green omegas. Elle m'a avoué n'avoir jamais entendu parler de gélules de MDMA avant 2008 et n'avoir quasiment plus consommé de pilules après cette date – le changement s'est donc opéré très soudainement.

De la MDMA sous forme de poudre. Photo via Wikimedia

Lori Kufner, membre de Trip ! Project – une association de prévention basée à Toronto créée en 1995 – évoque le changement dans le mode de consommation de la MDMA entre 2007 et 2009. « Avant 2007, il y avait beaucoup plus de pilules et les gens avaient tendance à acheter les plus colorées, les plus rondes, celles avec des symboles comme des cœurs, m'a-t-elle précisé. Après cette date, le marché s'est retourné, et la demande de cristaux et de poudre a augmenté. »

Le détective John Margetson, qui travaille à la brigade des stupéfiants de Toronto, a aussi noté la différence. Il évoque les années 1990 en ces termes : « [L'ecstasy] ressemblait à des pastilles pour la gorge, mais colorées. C'était la norme. » À partir de 2010, la situation a évolué : « Les gens ont commencé à vendre ce qu'ils appelaient la "Molly", une sorte de MDMA granulaire. Il serait étrange de trouver des pilules aujourd'hui. »

Kufner estime que différents facteurs entrent en jeu dans cette modification de la consommation d'ecstasy – le triomphe de l'EDM, l'accès facilité à Internet, etc. Le coût relativement bas des substances psychoactives produites en masse dans des pays comme la Chine puis vendues sur Internet facilitent la consommation et augmentent les marges des dealers.

J'ai évoqué avec un ancien dealer cette évolution du marché de l'ecstasy. « La fabrication des pilules nécessite beaucoup trop de temps et d'énergie, a-t-il avancé. Si un producteur se fait autant d'argent avec de la poudre, pourquoi perdre son temps à créer une pilule ? »

Des gélules de MDMA vendues aujourd'hui. Photo via Flickr

La production en masse qu'évoque Kufner est l'une des raisons qui expliquent la présence de nombreuses substances dans la MDMA d'aujourd'hui – qu'il s'agisse de PMA, méphédrone ou de MDA. Parmi les personnes rencontrées dans le cadre de la rédaction de cet article, deux m'ont avoué avoir déjà trouvé de la méthylone dans leurs gélules et seulement un consommateur m'a affirmé être certain de la pureté de sa MDMA.

Si les pilules sont devenues rares aux États-Unis et au Canada et ont leurs problèmes spécifiques, elles offrent un avantage par rapport aux gélules de MDMA : leur apparence permet – normalement – de les différencier afin de savoir ce que vous êtes sur le point d'ingérer.

Aujourd'hui, les consommateurs en sont réduits à parier sur le contenu de leurs gélules ou leurs paras, et à croiser les doigts en priant la Sainte Vierge que tout se passe bien. D'ailleurs, si vous avez gobé ce que vous pensez être de la MDMA lors de ces dix dernières années, vous avez sans doute ingéré sans le savoir un élément chimique qu'aucun être humain sain d'esprit ne voudrait avoir à l'intérieur de son organisme.

Allison est sur Twitter.