Une affaire de famille

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Culture

Une affaire de famille

Un homme et une femme sortent un fanzine avec les meilleurs collaborateurs possibles : leurs propres enfants.
28.11.14

Quand j'ai reçu mon exemplaire du ​Rubbish​ Famzin​e après avoir passé de longues heures à fouiller les recoins les plus sombres de Google, j'ai immédiatement senti que je tenais entre les mains un objet unique. Ce fanzine se présente sous la forme d'une sorte de chemise d'écolier estampillée de caractères chinois et raccommodée au scotch, laquelle rassemble plusieurs recueils de textes, des dessins, des vieilles photos de famille et des reproductions de correspondances anciennes. Quand j'ai voulu me renseigner sur ses créateurs, le résultat a dépassé toutes mes espérances.

Fruit du collectif ​Holycrap.sg, le Rubbish Famzine est un fanzine qui, comme son nom le suggère, est réalisé par une famille de Singapouriens, les Lim. À l'âge où la majorité d'entre nous s'obstinait encore à confectionner des burgers approximatifs en pâte à modeler, Aira (8 ans) et Renn (11 ans), assistent activement leurs parents, Claire et Pann, à travers une multitude de projets artistiques, d'expositions et de publications. Après en avoir longuement voulu à ma mère pour les stupides cours de poterie qu'elle m'avait obligée à suivre, je les ai contactés pour qu'ils me parlent de leurs fanzines, tout en nourrissant l'espoir secret qu'ils acceptent de m'adopter.

Un exemplaire du Rubbish Famzine #2 ​

VICE : Salut la famille Holycrap. Est-ce-que vous pouvez vous présenter ?
​Aira : Saluuuut… Je m'appelle Aira, je vais avoir huit ans cette année et je vais rentrer en CE2 l'année prochaine.
​Renn : Bonjour. Je m'appelle Renn, je vais avoir 11 ans en décembre et je rentre en 6ème l'année prochaine.
​Pann : Bonjour, je m'appelle Pann. Je suis le papa de 41 ans et le directeur artistique du FAMzine.
​Claire : Bonjour. Je suis Claire, la maman et je vais avoir 40 ans cette année. Vous pouvez aussi m'appeler BORA (« Boss of Renn and Aira »). J'étais graphiste, mais j'ai cessé mon activité à la naissance de Renn.

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Comment a commencé le Rubbish Famzine ? C'était un truc de famille, un magazine pensé à huit mains dès le début ?
​Pann : Nous avons commencé le Rubbish Famzine parce que Claire et moi sentions que nous avions beaucoup de choses à partager. De plus, on adore dessiner et créer des choses avec nos enfants, c'était donc un projet qui coulait de source. Et oui, nous l'avons imaginé comme un magazine fait à huit mains dès le début.

Quel est votre processus de fabrication ?
​Notre processus de création est plutôt simple. En gros, on s'assoit ensemble et on discute, sans jamais s'arrêter de rigoler. Nous sélectionnons quelques contenus de nos conversations, et à partir de ce moment là, on recommence à discuter jusqu'à avoir suffisamment de matière première. Les enfants contribuent aussi grâce à leurs idées et ils participent tout le long du processus. Nous accordons énormément d'importance à leur contribution et à leurs opinions. Tout ce que nous créons ensemble est le fruit d'un effort collectif.

J'apprécie vraiment le fait que d'un numéro à l'autre, on ne sait pas quelle forme il va avoir, ni de quel sujet il va traiter. Vous êtes presque à un croisement entre la micro-édition et l'art contemporain. Vous avez emballé le numéro 1 dans un sac-poubelle, et pourtant, c'était vraiment beau. J'ai vu quelques photos du ​numé​ro 3 que vous venez de publier, vous pouvez m'en parler ?
​Tu as plutôt raison quand tu dis que nous aimons que chacun de nos fanzines se présente sous une forme différente. C'est uniquement possible parce que nous nous sommes limités à 300 exemplaires. Le packaging du zine peut prendre n'importe quelle forme – mais la taille du fanzine en lui-même est systématiquement de 15X20cm. Le troisième numéro, ' Forever And A day'  est emballé dans une vieille boîte à biscuits traditionnelle. Le concept de ce numéro repose sur notre capsule temporelle familiale – nous avons placé nos objets et nos souvenirs les plus précieux à l'intérieur de cette boîte.

Il m'a fallu plusieurs heures pour trouver une librairie à Singapour qui pouvait m'envoyer une copie. Je suppose que le packaging ne facilite pas les expéditions lointaines. Est-ce-que vous avez déjà pensé à avoir un point de distribution en Europe ? Sérieusement, il vous en faut un !
​Merci pour vos encouragements. Mais à ce stade, nous ne pouvons produire que 300 exemplaires à cause de tout le travail à la main nécessaire pour chaque numéro. Et nous sommes assez chanceux d'avoir un petit groupe fidèle de fans à Singapour qui soutient nos zines. Depuis le lancement du numéro 3 il y a une semaine, il nous reste moins d'un tiers des copies.

À part Rubbish, que faites-vous de vos journées ?
​Pann : Pendant les heures de bureau officielles, je suis le co-fondateur et le directeur artistique de Kinetic Singapore. Vous pouvez en savoir plus sur nos projets ​ici.
​Aira : J'aime beaucoup lire les livres de Roald Dahl et Enid Blyton. J'aime aussi les films, comme par exemple la saga des Harry Potter que j'ai vue en entier – et j'aimerais commencer à lire tous les livres. J'aime aussi Tim Burton, et les films des Studio Ghibli, de Pixar et de Dreamworks. J'adore les films d'aventure comme Avengers, Captain America et Les Gardiens de la galaxie. J'ai trois chats à la maison et j'adore jouer avec eux, autant dire que j'aime les animaux. Avec mon frère, on se bat et on gribouille ensemble.
​​Renn : Je lis des livres, ça peut être des histoires stupides comme Le Journal d'un dégonflé mais aussi des romans d'horreur et d'aventure comme Le Hobbit (que je n'ai pas encore fini), Sherlock Holmes… Je suis un grand rêveur. J'adore gribouiller sur mes devoirs et mes manuels scolaires mais aussi dessiner des créatures marrantes et écrire des histoires stupides. Même si j'adore embêter ma sœur et la faire crier, je l'aime énormément. Ma mère joue aussi aux échecs avec moi.
Claire : ​Je suis ce qui est communément appelé une « femme au foyer ». J'adore ce job et je suis très reconnaissante d'en être une. Je passe la plupart de mon temps avec les enfants, je leur fais faire leurs devoirs, je passe beaucoup de temps avec eux. Quand ils sont à l'école, je consacre la moitié de mon temps à préparer Rubbish ou à confectionner des petits cadeaux pour notre famille et nos amis.

Quelle est votre réalisation préférée de toute l'histoire d'Holycrap ?
​Pann : À ce jour, tout ce qui est dans nos zines est important pour moi. Ce sont des souvenirs que je garderai pour toujours.
​Aira : J'aime quand mes amis viennent me voir pendant mes expositions. Ce que je préfère, c'est mon dessin de Mr. Slothy, parce que je me suis inspirée de ma maman qui est très paresseuse et adore dormir ! Pendant les journées d'exposition, ma maman me laisse boire du café. C'est comme un cadeau. Et pendant la dernière exposition, j'ai passé des bons moments en jouant avec mes nouveaux amis tout en me baladant dans les différents stands de la foire aux livres.
​Renn : Pour moi, les meilleurs moments sont ceux que je passe avec ma famille pendant les journées d'exposition. Je peux passer beaucoup de temps à jouer et parler avec eux, en particulier avec mon père qui est très occupé pendant la semaine. Je suis fier de ma peinture de Masked Rider et de mon dernier Green Rain Monster. Le Masked Rider est l'un des personnages préférés de l'enfance de mon père et le Rain Monster me fait penser au moment où j'étais trempé et énervé à Tokyo. C'est aussi très sympa de rencontrer de nouveaux amis et des étrangers sympathiques pendant cette période.
​Claire : Évidemment, c'est très difficile de choisir uniquement certains aspects. Comme Pann l'a dit, chaque moment passé ensemble pour travailler sur Holycrap restera un merveilleux souvenir. Pendant ces quatre ans, nous avons énormément appris de nos enfants. Tout le monde pense que ce sont les enfants qui apprennent des adultes. Dans une certaine mesure, c'est vrai – mais je pense que personne ne réalise à quel point nous, en tant qu'adultes, avons à apprendre des enfants.

Retrouvez le collectif Holycrap ​ici.