Quantcast
Stuff

J’ai choisi d’être call-girl – et c’est la meilleure décision de ma vie

Un éventail de raisons pour lesquelles vendre son corps n'est pas synonyme de désespoir.

Photo via. Le nom de la protagoniste a été modifié.

C'est la vie qui m'a poussée à devenir escort. Personne n'a choisi pour moi. J'ai eu une jeunesse loin d'être simple, puis un boulot de merde, et toujours, la peur de manquer. Tout ça, plus des besoins en coke.

Ce n'était pas mon petit SMIC qui allait me permettre de mener la vie de Duchesse. Aujourd'hui, j'ai 24 ans et je gagne autour de 250 euros de l'heure dans un secteur qui ne connaît pas – et ne connaîtra sans doute jamais – la crise. J'exerce depuis 3 ans, à raison de 7 000 euros par mois en général. Alors, pourquoi me priver ? Du moment que cela n'affecte pas mon ego. Le regard de la société sur les femmes qui vivent de leur corps m'est totalement indifférent.Je continuerai tant que ma plastique me le permettra.

Quelque part, je vis en marge. Cette situation n'est pas toujours facile à gérer. Lorsque je suis en couple, soit je lui cache la vérité – mais la culpabilité finit par reprendre le dessus et la relation s'évanouit comme neige au soleil –, soit je joue la carte de l'honnêteté. Et là, peu d'hommes ont les épaules pour assumer mes activités « professionnelles ». C'est le jeu. En attendant, je gagne ma vie, je ne me prive pas.

Photo via WikiCommons

Pour trouver des clients, les sites de petites annonces pullulent. Surtout ceux qui mettent en avant les offres dites « coquines ». Je n'ai photographié que mon corps – je me refuse à mettre mon visage. Je tiens absolument à garder l'anonymat afin d'éviter le moindre ennui.

De fait, la législation française est encore assez vague sur la prostitution, et plutôt en notre défaveur. J'attends patiemment que les hommes se manifestent. J'essaie de scanner leurs intentions et j'accepte ou leur assigne une fin de non-recevoir. Disons que j'agis au feeling. Pour l'instant, je croise les doigts car je n'ai toujours pas fini découpée au fond d'une benne à ordures. Mes contacts paient toujours cash, cela va de soi et je planque le pognon un peu partout dans mon appartement. On n'est jamais trop prudent – d'autant plus que j'ai déjà touché à la drogue et que la police garde un œil sur moi.

Jamais sans capote même pour les fellations et surtout, toujours se faire payer avant.

Niveau précautions d'usage, je suis hyper parano et fais extrêmement gaffe. Une règle d'or à laquelle je ne déroge jamais est de ne recevoir personne chez moi. Je confie l'adresse du client à un ami de confiance et si l'homme vient me chercher, je note la plaque et la transmets dans la foulée à ce même pote. Après il y a la question sanitaire ; jamais sans capote même pour les fellations et surtout toujours se faire payer avant.

La plupart de mes clients sont assez lambda. Ils sont mariés, ont des gosses, une belle baraque et un emploi stable. Ils viennent surtout pour briser leur routine de couple et leurs demandes sont généralement classiques. Rien de bien extraordinaire. Il ne faut pas croire qu'il n'y a que des fantasmes de glory hole ou de fist fucking. Je vois aussi quelques vieux garçons. Ils respirent la tristesse et viennent me voir comme ils vont au cinéma, c'est-à-dire une ou deux fois par mois et « plus ou moins » en tant que spectateur, les pop-corn en moins.

Photo via WikiCommons

Je dois néanmoins reconnaître que parfois, certains clients sortent des sentiers battus. On sent qu'il y a des frustrations à évacuer. Ils sont obnubilés par des lubies assez originales. Cependant, avec moi, ils ne doivent jamais dépasser certaines limites niveau coups ou marques sur le corps. Je me souviens de ce quinquagénaire qui adorait que je lui piétine les bijoux de famille avec mes talons. Ça m'ennuyait un peu de faire ça. Le mec devait avoir sacrément mal aux burnes, mais bon, j'étais obligée de m'exécuter car, comme on dit, le client est roi. Il y avait aussi ce pervers de 35 ans qui voulait lécher son propre sperme sur mes bottes après avoir éjaculé. Cet homme mérite sa place au Panthéon.

Mais malgré tout, j'ai des clients réguliers et je les apprécie.À la longue, ils m'avouent tous leurs petits secrets, et je pense sincèrement que je les connais mieux que leur femme. Je joue un peu le rôle de confidente ou de psychologue. Ils n'ont aucun mal à se dévoiler, et ça se ressent sexuellement, je les sens totalement décomplexés. Quand je pars en week-end avec l'un d'eux, des liens se tissent et on discute presque comme un couple normal, mais sans langue de bois, c'est limite plus sain. Ou peut-être l'inverse, en fait.

La plupart de ces hommes sont très méticuleux. Ils sont organisés et commettent peu d'erreurs. Certains utilisent un deuxième portable. Parfois, c'est leur secrétaire qui me contacte directement, à la manière d'un véritable service commandé. Par ailleurs, il n'y a aucun risque que je leur demande de quitter leur femme. Ils doivent simplement gérer leur emploi du temps en bon père de famille. Je ne me suis jamais retrouvée nez à nez avec l'une de leurs femmes, ou leur compagne. Un client régulier a tout de même dû passer quelques nuits sur le canapé car son épouse avait des soupçons. Mais après un mois sans me contacter, ils reviennent toujours.

En ce qui concerne l'affaire DSK, les médias ont vraiment tourné ça sous l'angle du misérabilisme. L'escort qui témoignait en rajoutait des caisses – notamment cette sombre histoire de sodomie non consentie.

Je n'ai pas de patron pour me prendre la tête, ni de mac pour m'exploiter à l'entrée d'un tunnel. Je gère mon planning, je choisis mes clients et je me paie des vacances où je veux quand je veux. Elle n'est pas belle la vie ? Si jamais on rajoutait en plus l'assurance santé, je dirais amen.

Le point négatif en revanche est que je continue de vivre au jour le jour. Mon existence n'a parfois tenu qu'à un fil. Mes parents sont morts quand j'étais jeune et j'ai dû vite apprendre à me débrouiller seule. Après, j'ai fait de mauvaises rencontres affectives qui ont, à chaque fois, remis en question certains idéaux auxquels je croyais dur comme fer. Aujourd'hui reste mon seul souci. Demain est une page trop lointaine. Si j'atteins la retraite, je pourrai toujours offrir mes services aux jeunes. Mais forcément, une cougar attire moins – sans compter que la carte bleue se démagnétise, à ce qu'il paraît.

En ce qui concerne l'affaire DSK, les médias ont vraiment tourné ça sous l'angle du misérabilisme. L'escort qui témoignait en rajoutait des caisses – notamment cette sombre histoire de sodomie non consentie. Elle voulait une forte indemnisation car le lascar est blindé. Je reconnais que toutes ces filles ne se prostituent pas par choix, mais il y en a certaines, comme moi, qui apprécient ce mode de vie libre et très rémunérateur. Je ne crache pas dans la soupe. C'est juste un compromis avec moi-même, je ne veux pas me rendre malade pour ce quotidien plus ou moins dissolu. En revanche, je sais pertinemment que le risque zéro n'existe pas. Mais c'est une problématique que j'accepte pleinement.

À plusieurs reprises, il m'est arrivé d'échanger avec d'autres call-girls, quoique les circonstances ne fussent jamais très naturelles. Je n'aime pas mélanger travail et vie privée. Avec elles, on se rencontrait seulement lors de plans à trois avec un client. Il est vrai que coucher avec le même homme rapproche le corps et l'esprit. Mais après, chacune reprend sa route et advienne que pourra.

Mathieu est sur Twitter.