Publicité
Cet article a été publié il y a plus de 5 ans
musique

GWAR-B-Q 2012 : GWAR arrive de l’espace pour vous baiser

Comment décrire GWAR ? Hmm, imaginez des personnages de Warhammer 40 000 revisités par les cerveaux malades de Beavis et Butthead, et qui joueraient de la guitare ; un mélange de punk, de blagues de cul et de jeux de rôles futuristes.

par Daniel Davis Snyder
04 Septembre 2012, 1:30pm



Comment décrire GWAR ? Hmm, imaginez des personnages de Warhammer 40 000 revisités par les cerveaux malades de Beavis et Butthead, et qui joueraient de la guitare ; un mélange de punk, de blagues de cul et de jeux de rôles futuristes. Leurs concerts, durant lesquels ils aspergent le public d’un mélange de sang et de viscères grâce à des accessoires qu’ils fabriquent eux-mêmes, doivent être le truc le plus dingue que j’ai jamais vu. Leur musique est la bande-son idéale pour se mettre la plus grosse caisse de sa vie, faire un black out et se réveiller avec le nez cassé. Ainsi, l’idée de passer l’après-midi en compagnie de GWAR, d’un barbecue et de 13 autres groupes bruyants et agressifs était putain d'irrésistible.

Il y a quinze jours s’est tenu le troisième GWAR-B-Q, un festival « punk et métal » organisé par GWAR et rassemblant 14 groupes et quelques stands de barbaque bien grillée. Quand je suis arrivé dans le parc aquatique du lac Haddad, un mélange de Disneyland et de Mad Max, je me suis rappelé que ma journée d’aujourd’hui n’allait être consacrée qu’à une seule chose : le fun. Pas le « fun » dans le sens : « oui, tout le monde aime s’amuser, connard ». Plus le fun dans le sens : exhibition sans vergogne de votre plus profonde excentricité sans prêter attention aux gens qui vous entourent.

Le public de Haddad était constitué d'une exotique ménagerie de marginaux comprenant punks, skaters, métalleux, bikers et même familles, se prélassant dans l’eau (étrangement verte) du lac, laissant reposer leurs bides tout pâles. Le GWAR-B-Q est une zone libre dans laquelle des punks peuvent se foutre joyeusement sur la gueule dans la poussière à quelques mètres d’une famille avec une poussette.





Quand j’ai demandé à Oderus, le chanteur de GWAR, ce qu’avaient en commun tous les groupes du festival il m’a répondu : « Ils sont sales et bruyants ». Il aurait aussi pu répondre « fun ». Mon interminable trajet en voiture m’a fait manquer quelques groupes mais je suis arrivé à temps pour voir Ghoul, The Casuaties et Valient Thorr.





Le groupe californien Ghoul est monté sur scène avec des sacs en toile de jute pleins de sang sur leur tête (le guitariste Dissector, dans l’esprit du festival, arborait également un gilet de sauvetage et une bouée gonflable). Ils jouent un mélange de punk et de trash, le tout devant de vieux extraits de films et de mouvements de scène à la Monster Mash. C’était aussi bon de voir The Casualties, les vieux du hardcore New-Yorkais, leurs cheveux toujours dressés en crête comme un immense doigt d’honneur levé en direction de la maturité.





Les Nord Californiens de Valient Thorr ont presque volé tout le festival (selon moi, bien sûr) avec leur metal sudiste. Malgré leurs gueules de bikers, ils ont transmis une positivité et une énergie qui a poussé les gens à monter sur les poutres de la scène et moshpitter comme les pires débiles du pays. Dans un moment particulièrement touchant, il a dédicacé une chanson (je n’ai pas entendu le titre parce que j’étais à moitié sourd à ce moment-là) au public en hurlant « Embrassez qui vous voulez embrasser et aimez qui vous voulez aimer ! »



Après un petit tour au barbeuc’ c’était enfin au tour de GWAR.





Après une présentation de Sleazy P. Martini, il a fallu environ 30 secondes pour que les spectateurs à l’avant de la scène, tous vêtus de tee-shirts blancs immaculés, se retrouvent imprégnés de sang.



Ces enfoirés voulaient du sang. Après que des zombies aient envoyé leurs fluides cramoisis à l’audience, il était temps de présenter l’invitée surprise. Cette année, la tête d’affiche était une Snooki trop bronzée et enceinte. Cette version était complétée d’un utérus détachable (avec fœtus intégré) qui pulvérisait encore plus de sang dans le public. Autres événements marquants : Oderus a démembré un bébé à l’aide d’un énorme phallus tandis qu'un robot alien géant vomissait un fluide noir et visqueux.





Le spectacle est un superbe hommage à l’immaturité et à la futilité du metal. Le metal est censé avoir grandi. Le New York Times écrit des articles sur Cannibal Corpse et Behemoth, et Sashe Frere-Jones rédige des traités sur le black métal dans le New Yorker, essayant de décrypter les actes d'ados norvégiens qui courent dans les bois avec des croix retournées. GWAR tourne depuis 28 ans et sont toujours aussi cons. Leur musique demeure délibérément atavique. Leur formule n’a pas changé. Ils éviscèrent tous les trucs avec lesquels ils rentrent en contact car ils savent à quel point c'est cool d’être détesté par le grand public. Mais surtout ils nous rappellent de ne jamais se prendre au sérieux. Essayez d’y penser la prochaine fois que vous tiendrez une épée en faisant une grimace démoniaque dans la forêt pour le livret de votre album.



Bonus : une interview avec Oderus

Oderus Urungus, aka Dave Brockie, est le frontman de GWAR depuis leur formation il y a 38 ans. Dans le belvédère ensoleillé du parc, Dave s’est assis avec moi, transpirant à en crever dans son costume en caoutchouc, pour parler de son rôle, des effets de la double personnalité, et de comment il s'est fait censurer dans Empire Records.

VICE : Comment se passe le festival ?
Oderus : Je ne sais pas trop pour le moment… Mais on dirait qu’il y a du monde. On dirait que les gens se font plaisir… Font plaisir aux autres et aux petites-copines de leurs potes.

Je me permets de vous le demander : vous êtes Oderus là ?
Oui.

Vous n’êtes pas Dave (Brockie) ?
Non.

OK. Je dois donc vous poser des questions en tant qu‘Oderus ?
Oui, mais si vous voulez me poser des questions en tant que Dave, je ferai semblant de ne pas être dans ce costume.

Quelle part de votre existence avez-vous passé en tant qu’Oderus ?
Je ne sais pas. Un faible pourcentage. Mais je crois que, dans un sens, je suis toujours Oderus, car c’est un personnage basé sur ma vraie personnalité. Je prends tout ce que je connais de moi et le multiplie par mille. J’ai aussi l’avantage d’avoir joué dans un grand nombre de groupes, d’avoir côtoyé pas mal de rock stars. J’ai condensé tout ces archétypes pour en faire la version la plus exagérée.

Mais en tant qu’Oderus, le temps passé « dans le personnage » comme on dit, à porter ce costume, représente peut-être un pour cent de ma vie. Mais suis-je Oderus à chaque minute ? À vous de me le dire.

Dans votre enfance, vous jouiez déjà à des jeux de rôles ? Genre Donjons et Dragons ?
Oh certainement, mais je n’arrivais pas à n’être qu’un simple joueur. Je devais être le Maitre des Dragons, et mes mondes devaient devenir des légendes. J’ai parcouru le monde et les campagnes avec GWAR pendant des années. J’avais le sentiment d’avoir fait tout ce qui pouvait être fait ; avoir joué toutes les atrocités, avoir fait chaque acte diabolique, appelé tous les démons, torturé et violé à mort chaque putain de hobbits dans lesquels on pouvait introduire des bites de troll. Les hobbits m’ont imploré : « Nous sommes en enfer, n’est-ce pas ? » Mais je ne voulais pas le leur dire et je ne l’ai toujours pas fait.

Tu as déjà joué à Warhammer ? Je décris toujours GWAR à mes amis comme un Warhammer 40 000 imaginé par Beavis et Butthead, avec plus de bites.
Oui le look est vraiment similaire. Quand je jouais à Warhammer, c’était l’époque où je suis passé de quelqu’un qui appréciait l’art à quelqu’un qui essayait d’en vivre. Alors à ce moment là, je n’avais pas vraiment de temps pour des trucs comme Warhammer. C’est aussi le moment où j’ai cessé de jouer à D&D.

Tu penses qu’avoir un alter égo a eu un effet sur ton psychisme, je veux dire, en bien ou en mal ?
Ça a eu un effet très positif. Je devais vivre dans la peau de ce personnage complètement exagéré et les gens attendaient de moi que je me comporte de la façon la plus odieuse et stupide possible. Si c’est bien fait et avec un peu de prudence, ça peut être un excellent exutoire. Ça peut être un sacré bon moment. Quand c’est mal fait, sans précision, ça peut être un putain de cauchemar. Mais en règle générale, jouer Oderus est la chose la plus marrante du monde. Quand j’enfile ce qu’ils appellent « le Feed Bag », ça me téléporte dans un autre monde dans lequel les gens attendent des choses différentes de moi. C’est un endroit plutôt cool.

Vos amis et vous êtes restés à Richmond toute votre carrière. Qu’est ce qu’il y a de si spécial là-bas ?
Je n’ai aucune idée de la raison qui nous a poussé à rester si longtemps dans la même ville à part peut-être le prix des habitations. Je veux dire, les loyers ne seront jamais chers. J’y suis resté surtout pour ça au début. Il n’y avait nulle part ailleurs où l’on pouvait avoir toutes les installations pour les enregistrements à ce prix. Aussi, Richmond est situé stratégiquement. Nous sommes à deux heures de DC, quatre heures de Philadelphie, six heures de New York. Il y a beaucoup de choses qui se passent près d’ici. Il y a aussi des gens qui viennent à l’école d’art VCU et on peut les faire bosser pour nous.

GWAR a des stagiaires ?
Oh ouais, on a des stagiaires.

Qu’est-ce que vous leur faites faire ?
Des moules, des trolls de combat, toutes ces conneries.

Les costumes de GWAR étaient initialement prévus pour un film qui n’a jamais vu le jour, c’est ça ?
À la base ils étaient faits pour un film qui aurait du s’appeler Scumdogs of the Universe, mais le film n’a pas été réalisé, alors que les costumes étaient prêts. On a décidé de créer un groupe plutôt que de faire un film.

Et tu n'as jamais voulu réaliser le film ?
Bien sûr, on adorerait faire un film, mais ça coûte cher à réaliser. On aimerait bien recommencer ce genre de trucs, mais c’est impossible de réunir la somme nécessaire. Les gens font des graphismes d’ordinateur ridicules pour les chaînes de science fiction, avec des monstres virtuels partout alors que le vrai caoutchouc est juste là, putain ! Alors ouais, on ferait des films si les gens nous donnaient de l’argent. Des gens comme Rob Zombie et tous nos contemporains se sont faits des millions en nous arnaquant. Peut-être que s’ils avaient une demie paire de couilles, même pas une paire entière, ils financeraient un projet de film pour GWAR et on pourrait s’y mettre mais ils ne doivent pas en avoir envie étant donné que je les taille dans la presse depuis 30 ans.

Il y a tout un univers autour de GWAR. Des gens vous ont déjà envoyé des fan-fictions ?
Bien sûr, des gens sont venus avec leurs trucs, mais on ne les a pas vraiment pris au sérieux. Il y a une version non-officielle de GWAR. Mêmes les membres de GWAR ont leur propre idée de comment le groupe se développe. Alors je ne suis pas sûr qu’il y ait une réelle histoire. L’histoire originale est assez claire. Tout le monde sait que nous sommes sur terre et que nous venons de l’espace. Alors les bases sont là pour inventer de belles histoires. La pierre fondatrice est posée et les gens peuvent s’allonger dans leur lit, défoncés, et inventer tout ce qu’ils veulent.

Vous avez fait partie de nombreux groupes : punk, metal, même reggae. Quel est leur point commun ?
Ils sont tous bruyants et odieux. Ouais. Peu importe que ce soit un groupe de punk ou de metal – tant que ça peut péter des amplis, c’est OK.

Pensez-vous que GWAR soit un vrai groupe de metal ?
Je dirais que GWAR est un mélange de metal et de punk. C’est vraiment un groupe hybride. Peut-être trash metal, je ne sais pas. Je sais juste que de nombreuses personnes prennent ça très au sérieux et que GWAR ne leur plaira jamais et c’est tant mieux. Il y a plein de gens qui ont le sens de l’humour.

Quels sont les plus beaux hommages qu'on vous a faits ?
J’ai vu des gens se graver le mot GWAR dans le corps des centaines de fois, des tatoos et plein de trucs idiots. Bon sang, un mec a bu l’urine de Jizmac ici même il y a pas longtemps, c’était l’un des trucs les plus dégueulasses que j’ai eu à voir dans ma vie. C’est limite malsain.

Vous jetez plein de trucs aux fans. Comment vous les renvoient-ils ?
Oh, on nous a toujours tout renvoyé, des chats morts au vomi de chien pourri, mais on a toujours joué malgré ça et on continuera.

Je peux vous demander de jouer au jeu des associations d'idées ?
Bien sûr.

Politique : Sac à merde sans valeur.
Parcs aquatiques : Années 1970.
Metallica : Le meilleur groupe de tous les temps.
Rihanna : Baisable.
Seins : Seins ?
Black Metal : Hilarant.
Death Metal : Confusion.
Dream Theater : Aucune idée.
New York : Craignos.

Merci. Quand je leur ai dit que j’allais vois GWAR, la plupart de mes potes m’ont dit : « Oh, le groupe qui était dans Empire Records. » Les gens vous en parlent encore ?
C’est dingue. C’est un film bizarre et pas connu mais les gens nous parlent toujours d’Empire Records.

Mark a-t-il finalement rejoint le groupe ?
Non. En fait c’est drôle, je ne voulais même pas dire cette réplique. Oderus n’aurait jamais dit : « Rejoins le groupe » et le réalisateur était là genre : « Bon, OK, c’est pas un problème. Dis ce que tu veux. » Alors j’ai dit ce que je voulais dire et des années plus tard, en regardant le film, je me suis rendu compte qu’ils m’avaient bippé et qu’ils avaient remplacé ma voix par celle d’un autre acteur.

« Hey Mark, tu aimes GWAR ! Pourquoi ne rejoins-tu pas le groupe ! »
Oh ouais, j’ai refusé de dire cette réplique. J’ai du dire le contraire, genre : « Va te faire foutre. Tu n’en vaux pas la peine. Tu ne seras jamais dans le groupe. Je te tuerai avant même que tu n’approches la scène. »

Tagged:
GWAR
Oderus Urungus
Vice Blog
GWAR-B-Q 2012