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À Casablanca, les immeubles s’effondrent les uns après les autres

Depuis ces dernières années, le Maroc est victime d'un nombre toujours plus grandissant d'éboulements meurtriers.
23.2.15

Bâti dans les années 1910, l'hôtel Lincoln pouvait il y a encore quelques années être considéré comme un bijou architectural de Casablanca, capitale économique et ville la plus peuplée du Maroc. Situé sur le boulevard Mohammed V, en plein cœur du centre-ville, l'établissement se démarquait par son style néo-mauresque et ses linteaux en bois sculpté. Néanmoins, au fil du temps, l'hôtel a perdu de sa grandeur. Sa façade a noirci et il n'a plus été entretenu, jusqu'à ce qu'une de ses terrasses s'effondre en 1989, causant la mort de deux personnes. S'il a été classé patrimoine historique en 2000 et évacué de ses occupants à la suite de ce premier drame, le laissant à l'abandon, il a pourtant continué à s'écrouler et à faire des victimes. Ainsi, en 2004, un SDF a été tué dans un effondrement. Le 10 février dernier, un scénario similaire se reproduisait, faisant un mort et deux blessés.

L'hôtel Lincoln en 2006 (Photo via Jonathan Khoo/Flickr)

Le phénomène des effondrements de bâtiments n'a rien d'exceptionnel au Maroc. Le 2 décembre dernier, six immeubles tombaient à quelques mètres de là, dans l'ancienne médina de Casablanca, sans faire de victime. Quelques jours plus tard, trois maisons de la médina de la ville s'écroulaient, tuant 4 personnes. Le 11 juillet dernier, dans le quartier populaire de El-Hank, un autre éboulement avait causé la mort de 24 personnes et 55 autres avaient été blessées. Mohammed VI, roi du Maroc, s'était alors rendu au chevet des victimes et avait ordonné la prise en charge des soins médicaux pour les blessés ne bénéficiant pas d'assurance maladie. Il avait aussi réclamé le relogement de 23 familles. Le 2 février dernier, la Chambre correctionnelle du Tribunal de première instance d'Aïn Sbâa, à Casablanca, condamnait à de la prison ferme et à une forte amende plusieurs prévenus accusés « d'homicide involontaire », de « non-respect des lois en vigueur sur la construction », de « corruption » et de « falsification de documents administratifs ». Parmi eux figuraient un moqaddem, des techniciens municipaux, un ingénieur d'Etat, une employée d'un bureau de délivrance des permis de construire et les deux fils du propriétaire d'un logement en travaux lors du drame, lui-même décédé dans l'effondrement.

Ces récents éboulements faisaient suite à de nombreux autres ces dernières années, aussi bien à Casablanca que dans les villes de Fès ou de Meknès. Selon Jean-Paul Ichter, architecte et président de l'association Fès Demain, ces accidents étaient prévisibles. « Ce phénomène est la conséquence de différents facteurs comme l'extrapolation démographique, les nombreuses constructions sauvages et illégales, le manque de moyens des habitants et le mauvais état des terrains, explique-t-il. La restructuration des médinas, l'élargissement de certaines voies et la rénovation des bâtiments sont indispensables. La situation est aujourd'hui extrêmement préoccupante et cette série noire va continuer, surtout pendant la saison des pluies. »

D'après des habitants interrogés par l'AFP au lendemain de l'effondrement de juillet, l'incident avait été causé par des « travaux anarchiques » dans les étages inférieurs et par un manque d'entretien, corroborant ainsi les propos de l'architecte. « Nous sommes tous responsables car nous avons tous vu des habitants ajouter un 4e et un 5e étage, mais nous n'avons rien dit », expliquait lui Abderrahim Gouti, un voisin dont l'immeuble a été évacué peu après.

Ces dernières années, des programmes de réhabilitation et de relogement ont été lancés dans le pays, en particulier dans les bidonvilles. Selon un rapport des autorités de Casablanca datant de 2012, 4 à 7 000 logements menaceraient de s'effondrer à travers la ville, et plus de 44 000 dans tout le pays.

@GlennCloarec