Les pires tragédies du XXIe siècle rejouées par des enfants

La série In the Playroom présente des enfants qui rejouent les événements les plus brutaux de notre génération, du meurtre de Jon Benet Ramsey au 11-Septembre.

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01 mai 2013, 8:30am

Jonathan Hobin est un photographe canadien dont la série, In the Playroom, présente des enfants qui rejouent les événements les plus brutaux de notre génération, du meurtre de Jon Benet Ramsey à l'accident de Siegfried & Roy en passant par le 11-Septembre et la menace d'une guerre nucléaire. Au premier coup d'œil, il est difficile de déterminer si les enfants sont conscients des situations d'horreur qu'ils recréent ou s'ils s'amusent comme des fous. Comme on pouvait s'y attendre, beaucoup de gens ont réagi violemment à cette série photo, la décrivant comme l'œuvre d'un malade mental ne cherchant qu'à choquer. Même les parents des enfants ont été voués aux gémonies pour avoir accepté que leurs rejetons participent.

J'ai passé un coup de fil à Jonathan pour qu'il me parle de la controverse qu'il a suscitée, de la façon dont les enfants perçoivent l'actualité, de celle dont sa série est une critique des médias occidentaux et dont nous sommes tous de grands enfants qui jouent aux adultes. Oh, et il a été assez sympa pour me filer des photos qu'on n'a jamais vues sur le Net. Jetez un coup d'œil au carrousel ci-dessus.

VICE : Comment les enfants qui ont posé pour vous ont vécu cette série photo ?
Jonathan Hobin :
Pour la plupart, ils se sont éclatés. Ils ont été autorisés à faire des trucs qui leur valent généralement d'être punis, de faire toutes les bêtises qu'ils voulaient. Le truc, c'est que les gamins jouent souvent à s'entretuer pour de faux. Quand ils jouent avec des pistolets à eau, ils font semblant de se tuer. C'est une constante. Je fais directement allusion à la façon dont ils apprennent ce genre de trucs, et c'est peut-être ce qui a fait que les gens soient aussi mal à l'aise.

Qu'en ont pensé les parents, généralement ?
Je n'ai jamais photographié un gamin sans avoir eu un dialogue ouvert avec les parents sur l'intention de mes photos. Certaines personnes semblent penser que les parents des enfants se font des thunes avec ça, ou cherchent à être célèbres. Je n'ai pas encore rencontré de tels parents, jusqu'à présent. Je ne sais pas si c'est une anomalie typiquement américaine... Pas sûr. La plupart des parents à qui j'ai eu affaire étaient cultivés, intelligents, ils comprenaient parfaitement les enjeux de mes photos, et voulaient participer à ma démonstration.

Une photo était particulièrement délicate, celle de Jon Benet Ramsey où la petite fille imite un enfant victime de meurtre, après une agression sexuelle. On a fait très attention pour celle-là. La petite fille était imperturbable, mais la mère était très inquiète. Ce que je comprends. N'importe quel parent sain d'esprit aurait été inquiet.

Les enfants comprenaient les scènes qu'ils rejouaient ?
Parfois, oui, ils captent de suite, comme pour la photo du 11-Septembre. Même s'ils n'avaient que 3 ou 4 ans, ils ont vu les Twin Towers et l'un d'eux a dit : « C'est moi qui tiens l'avion, c'est là que l'avion a touché l'immeuble. » La mère était ébahie. Ces symboles se sont incrustés profondément dans notre subconscient, ils sont instantanément reconnaissables. D'un autre côté, l'une de ces images parle des attaques à l'acide. J'ai dit un truc du genre : « Vous vous battez, et pour faire du mal à l'autre, faut que tu lui verses ce produit qui va le piquer. » Il faut employer un vocabulaire qu'ils comprennent. Mais je ne vais pas commencer à rentrer dans les détails avec eux, leur parler de religion, de culture. C'est trop. Mais je suis sûr que ce photo shoot a donné lieu à des conversations très intéressantes sur le chemin du retour.

Vous pensez que les photos sont choquantes ?
Non, je ne crois pas. Ce qui m'a choqué, c'est les réactions violentes que ça a suscité. Et des réactions intéressantes aussi : des gens m'ont envoyé des cadeaux, des gens m'ont envoyé des lettres haineuses, des menaces de mort. C'est difficile pour moi de juger ces réactions, je suis trop impliqué dans le truc. Je fais ce que je fais, c'est tout.

Vous êtes canadien. Il y a une raison pour que vous choisissiez de vous concentrer sur des tragédies américaines ?
On pourrait dire que c'est un commentaire canadien sur les médias américains, qui nous prennent d'assaut. Les médias américains ont cette tendance à faire du sensationnalisme avec les images d'actualité. Avec la façon dont ils présentent les nouvelles, on a l'impression de mater le trailer d'un film. Il vont prendre l'histoire de Natalee Holloway, par exemple, et recréent le récit de façon à ce que vous ayez le méchant, la victime, et de préférence un lieu exotique. Ils brouillent la frontière entre ce qui relève de l'information et ce qui relève du divertissement. Moi, je commente ça.

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