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Violence Conjugale est de retour pour distribuer les mandales

« Mirador » Violence Conjugale

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(Bill Drummond et Jimmy Cauty l’ont exploitée à bien plus large échelle il y a près de 30 ans avec KLF et les Justified Ancients Of Mu Mu) Born Bad Vices et Mensonges Teenage Menopause Construction Time Again Geography Vices et Mensonges
Noisey : Deuxième album, quatre ans après le premier. Ça va, c’est pas le rush. Jérôme (machines) : Vous ressentiez une pression après le très bon accueil réservé au premier LP ?
Jérôme
Laurent (chant) Le second album est souvent vu comme un truc inexorablement raté. Jérôme : Et tu dois faire avec le mec qui adorait au début et qui maintenant que les gens connaissent un peu, soupire que ce n’est plus pareil. Jérôme : Bah c’est plus sur Born Bad, j’en ai rien à foutre c’est moins décalé qu’avant Rires

Est-ce que l’idée, c’est comme disaient Brian Eno et Brian Wilson, de « jouer du studio » comme d’un instrument de musique ?
Jérôme : Complètement, oui. On a toujours fait deux ou trois versions de chaque morceau.

Vous avez introduit un sampler par exemple.
Laurent : Les rythmes sur ce disque sont très différents du premier disque. Là où on n’utilisait qu’une vieille DR55 en ajoutant parfois un peu de reverb dessus, on a aujourd’hui introduit des sons qu’on a travaillés de manière bien plus complexe. Il y a pas mal de bruits blancs qui remplacent les caisses claires, les kicks sont massifs, les charleys galopent : c’est clairement influencé par la techno et l’EBM.

Jérôme : On a vite vu que ce disque là pouvait se construire comme Reconstruction Time Again ou Some Great Reward de Depeche Mode, dans la même idée de cheminement où ils partent juste du synthé et d’un seul coup ils découvrent le sampler qui vient d’arriver.

Laurent : Au début, on voulait un truc qui sonne vraiment 1981. Sur le nouveau disque, on pourrait dire qu’on est allés jusqu’à 1987 .



Sur le premier album, la pochette était signée Kiki et Loulou Picasso, du collectif Bazooka, dans un esprit très növo/jeunes gens modernes. Sur Vices et Mensonges, on est davantage dans la sci-fi dystopique avec cet artwork de Freak City qui a un côté Rank Zerox.

​Jérôme : On avait déjà fait plusieurs visuels avec Mathieu Freak City et il avait bien compris l’esprit du truc, le côté un peu cyberpunk. Son personnage me fait penser à Spider Jerusalem, le personnage de la BD Transmetropolitan. Ça et Rank Zerox, ce n’est pas une vision du futur que tu retrouves chez Spielberg, c’est certain.

Laurent : Et puis on préfère avoir des gens qui font de belles illustrations plutôt qu’avoir nos gueules sur la pochette. C’est sûrement plus vendeur d’ailleurs.

Est-ce que ça ne souligne pas justement le fait que Violence Conjugale fait une musique elle aussi dystopique ? Jérôme : Je n’y avais jamais pensé mais il y a de ça, oui. Tous les délires de paranoïa, ces lectures là se retrouvent. On remplace le « no future » par la certitude que le futur est glauque.

Le premier album sort sur Born Bad, le second sur Teenage Menopause. Vous visez le Grand Chelem de l’underground ?
Jérôme : Pour Born Bad, ça s’est fait par hasard : on avait mis les morceaux sur le net et JB dans sa quête de vieux disques est tombé dessus. Il a cherché des infos pour résoudre le mystère et il est tombé sur nous. Il s’est fait avoir mais a trouvé la blague plutôt bonne. On lui a fait écouter les autres morceaux et le disque s’est fait. Mais comme je le disais tout à l’heure, c’était un one-shot. Continuer sur Teenage Menopause nous semblait naturel vu que Froos et Elzo, qui dirigent le label, nous suivaient depuis le début. Nos copains bordelais de JC Satàn ont fait le chemin inverse, ils sont passés de Teenage Menopause à Born Bad. C’est plutôt logique pour eux, et nous ça va peut-être nous aider à nous débarrasser de cette étiquette garage qui persiste.

Justement, c’est dur de se trouver une « scène » quand on s’appelle Violence Conjugale, qu’on est constamment affilié à des revivals mal référencés, qu’on a pas le look ou l’attitude qui colle avec ce qu’on joue et qu’on ne passe pas des semaines en résidences subventionnées ?
Jérôme : On s’est retrouvés à jouer dans des festivals garage tout le temps, juste parce qu’on était signés chez Born Bad. Comme on ne voulait surtout pas faire partie du revival minimal wave qu’on ne peut pas blairer, ça nous convenait finalement. On pouvait se placer dans un entre-deux à la Suicide. On a d’ailleurs souvent joué dans des soirées organisées en marge de la diffusion du documentaire Des Jeunes Gens Modernes avec des vieux groupes qu’on apprécie, comme Guerre Froide ou Charles de Goal.

Laurent : On a le cul entre deux chaises : trop punks pour la scène à synthés, trop synthés pour la scène rock. On ne va pas se créer un look ou une attitude qu’on porterait comme une panoplie pour rentrer dans des cases, il y a assez de peigne-culs qui font ça. Si un groupe à besoin de 30 000 balles de communication pour vendre son album, c’est qu’il y a un gros problème. Ils feraient mieux de retourner vendre des assurances s’ils veulent faire du business.



Ça doit être chiant quand même de provoquer dès la première note des discussions genre « ça me rappelle un groupe en 1982 qui était super (mais qui n’a rien à voir en fait) ». Est ce que vous avez parfois l’impression d’être mal compris ?

Jérôme : Tu as tout à prouver sur scène et c’est plutôt cool, parce que quand tu as juste deux mecs avec un chanteur et un synthé, il faut aller chercher ailleurs ce qui va faire que tu envoies autant que les autres groupes du catalogue Born Bad. Les faits ont prouvé qu’on n’était pas des gothiques parvenus, on était aussi capables de descendre dans la foule et distribuer des mandales.

Vous dissociez la scène et le studio ? La précision, les lubies nerd de l’enregistrement d’un côté, la puissance et la bagarre sur scène.
Laurent : Ce sont deux manières de faire : en studio, on se prend la gueule pour paramètrer correctement le bruit d’une caisse claire ou l’enveloppe d’un synthé qui ne joue finalement que deux notes alors que sur scène, on veut faire pogoter les jeunes. Sur scène, il y a une réelle confrontation.

Jérôme : On adore tous les deux les gros concerts, que ce soit Cure ou Depeche Mode, les trucs un peu mammouth des années 90, avec les intros hyper mises en scène et des setlists hyper travaillées. Alors on va faire une intro en plus, on travaille l’ordre des morceaux alors qu’au final, les gens se retrouvent là et voient surtout l’énergie punk du truc. On a même eu quelques fachos à nos concerts au départ. Mais les gens viennent avant tout passer un bon moment, c’est la danse qui l’emporte sur tout le reste.

On dirait le pitch de Dirty Dancing. Est-ce qu’il n’y a pas ce risque justement, vu de l’esthétique et les paroles volontiers provoc, d’attirer malgré vous un public un peu craignos, comme ça a été le cas pour Joy Division ou Sham 69 en leur temps ?
Laurent : On a vite remis en place les quelques sous-merdes qui étaient heureux de tendre leur bras quand on jouait « Blitzkrieg » ou « Mirador ».

Jérôme : JB de Born Bad nous avait mis en garde sur deux ou trois morceaux du premier album, mais on les a abandonnés. C’était sulfureux et il n’y avait pas la blague qui fait marcher le truc, mais on ne les a pas abandonnés pour ça particulièrement, on les a laissés tomber parce que ce n’était pas de très bons morceaux. Et à part quelques boneheads au début, on n’a pas eu de problème. On peut brailler ce qu’on veut parce que les gens dansent et s’en foutent. Personne ne s’en émeut particulièrement.

C’est con, on n’entendra pas « Le Sida », morceau qui devait être en ghost-track de l’album. On y trouvait des paroles comme « Entraine-toi avec ton cousin, ça c’est vraiment malin ! Et si tu finis pédé, faudra pas venir pleurer ! Tiens-toi éloigné des singes pour ne pas l’attraper, c’est la sécurité ». Vous visiez le sticker Explicit Lyrics ? Ou le vote du Pas-de-Calais aux régionales ? Jérôme : Laurent :
La vidéo a eu pas mal d’importance dans les paliers franchis par Violence Conjugale. Il y a d’abord eu le clip très cool de « Mirador » qui l’a propulsé en tube locomotive, puis la vidéo filéme au Baleapop où ça chauffe un peu avec les hooligans du premier rang. Vous allez appuyer sur cet aspect de nouveau ? Jérôme :

Vous venez de faire des remix pour Volcan avec vos projets solo respectifs, ce n’est pas un aspect que vous mettez particulièrement en avant.
Jérôme : Plim Plim, c’est un projet d’ambiant shoegaze électronique que je fais depuis une dizaine d’années. C’est basé sur la musique improvisée. Quand mon disque dur a crashé, je suis reparti à zéro, mais aujourd’hui ma priorité, c’est Violence Conjugale.

Laurent : Avec Club Amour, j’explore davantage le côté DJ. C’est assez différent de ce que je fais avec Violence Conjugale même s’il y a des éléments qui se rejoignent. Ça peut être synthpop, techno, electro. Le remix que j’ai fait pour Volcan reflète mon attirance pour la techno minimale et acid, j’aime prendre un morceau et le transformer en tout autre chose, ça me semble plus intéressant que faire un simple edit en ne rajoutant qu’un kick pour rendre le truc plus dancefloor. J’aime faire danser les gens pendant des heures.


Interview : Arnaud d’Armagnac / Texte : Lelo Jimmy Batista


Vices et Mensonges sort sur Teenage Menopause le 11 mars.

La Release Party se tiendra le vendredi 4 mars à Paris, au Café de la Danse, où le groupe se produira en direct live devant tout le monde, aux côtés de Jessica93 et Mountain Bike, dans le cadre du Big Mo Festival.

A noter dans la foulée que la Release Party de l’excellent premier album de Heimat, sorti lui aussi sur Teenage Menopause en ce début d’année, se tiendra ce samedi 27 février à Paris, à la galerie Treize (24 rue Moret, 11e).

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