En l'an 1492, une chute de météorite a bouleversé l'Europe

"Triangulaire, carbonisé, de couleur métallique, sa chute s’est accompagnée d’un coup de tonnerre et d'un déluge d’éclairs."

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08 Novembre 2016, 8:00am

Illustration de la "pierre de foudre" d'Ensisheim. Image: Schedel, Hartmann/Wolgemut, Michael/Pleydenwurff, Wilhelm: Liber chronicarum, Nürnberg

Quelques semaines après que Christophe Colomb a atteint le Nouveau Monde en octobre 1492, un autre explorateur venu d'ailleurs, a lui aussi touché la terre ferme après un voyage pénible et interminable.

Ce visiteur, c'est la météorite d'Ensisheim, nommée d'après la ville alsacienne adjacente au champ de blé qui a subi l'impact, le 7 novembre 1492. C'est le plus ancien impact de météorite dont la date est attestée. L'événement est devenu d'autant plus célèbre que des témoins ont observé la chute de l'astéroïde, et que des écrivains, comme le prêtre italien Sigismondo Tizio par exemple, en ont fait un récit détaillé qui est passé à la postérité.

« A ce point, il faut mentionner l'immense portent qui a été vu cette année en Allemagne: car le septième jour de novembre [1492], près de la ville d'Ensisheim et du village de Bauenheim au-dessus de Bâle, une grande pierre est tombée Du ciel, de forme triangulaire, carbonisé, de la couleur du minerai métallique, et accompagné de tonnerre et d'éclairs ', a déclaré Tizio dans son Histoire du Siennois. « Quand il était tombé à terre, il se divisa en plusieurs morceaux, car il avait voyagé à un angle oblique; À l'étonnement de tous, en effet, il a aplati la terre quand il a frappé. '

« Il faut mentionner l'augure incroyable qui a été vu cette année en Allemagne : le 7e jour de novembre (1492), près de la ville d'Ensisheim et du village de Bauenheim, un énorme rocher est tombé du ciel. Triangulaire, carbonisé, de couleur métallique, sa chute s'est accompagnée d'un coup de tonnerre et d'un déluge d'éclairs » écrit Tizio dans son Histoire de la Sienne. « Lorsqu'il a chu, il s'est divisé en plusieurs fragments car sa trajectoire était oblique. À l'étonnement de tous, il a aplati la terre en la frappant de toute sa masse. »

Description de la chute de la météorite. Image: Sebastian Brant

Un jeune garçon aurait été le premier à visiter le site de l'impact, avant d'être suivi par une foule de spectateurs à la fois curieux et effrayés. À une époque où les comètes, les étoiles filantes et autres phénomènes célestes n'étaient pas expliquer en termes cosmologiques, l'apparition de la météorite fut rapidement attribuée à une intervention divine.

Naturellement, chacun a voulu récupérer un morceau de la roche que Dieu avait jugé bon de jeter sur la Terre. Tous les avertissements des superstitieux concernant les pouvoirs néfastes de la « pierre de tonnerre » ou de la « pierre de feu » comme certains l'ont appelée, n'ont pas empêché les curieux de s'attribuer quelques fragments de météorite en souvenir. Quelques bouts ont également été envoyés à de grands dignitaires, comme le cardinal Piccolomini, qui deviendra le Pape Pie III.

Le roi Maximilien d'Autriche, qui passait justement par Ensisheim en partant à la guerre contre le royaume de France, a fait halte dès qu'il a entendu parler du rocher divin. Il s'est attribué un morceau de météorite avant de déclarer solennellement que la météorite était très certainement le signe que son armée allait vaincre ses ennemis à plates coutures. De fait, il a eu raison : l'invasion française a été étouffée dans l'œuf (de manière provisoire, puisque Ensisheim est de nouveau française aujourd'hui).

La météorite n'a pas seulement été interprétée seulement comme un signe de triomphe militaire certain, comme le montre une colonne titrée Le Météore à Ensisheim écrite par le satiriste Sebastian Brant.

« Sous les illustrations gravées sur bois, des rimes latines et allemandes racontent la colère de Dieu à l'encontre des hommes inconstants » écrit l'historien John Waller dans son livre Dancing Plague. « La chrétienté était imprégnée de vices, explique Brant. Misérables pécheurs, Ses enfants avaient oublié le sacrifice du Christ et la menace des flammes effroyables de l'Enfer. »

Le roi Maximilien d'Autriche a finalement été convaincu par cette nouvelle hypothèse, et, prudent, a ordonné que la météorite soit amenée à l'église de la ville d'Ensisheim afin d'apaiser l'ire divine, tout en rappelant aux fidèles « la force de la colère de Dieu pour les pécheurs de leur temps » ajoute Waller.

« La météorite a été fixée au mur de l'église avec des crochets de fer pour l'empêcher d'errer dans l'espace, la nuit, ou de s'enfuir aussi violemment qu'elle était arrivée », selon l'ouvrage d'Erik Gregersen, Outer Solar System. « Elle est exposée dans la ville d'Ensisheim aujourd'hui. Au cours des siècles, elle a été amputée d'une grosse partie de sa masse puisque les collectionneurs, superstitieux et autres fétichistes lui ont pris 56 kg de roche, sur les 127 kg qu'elle pesait initialement. »

La météorite d'Ensisheim. Image: Konrad Andrä

Le noyau de la météorite est toujours exposé au Musée de la Régence à Ensisheim, tandis que de nombreux fragments pillés appartiennent à d'autres collections, un peu partout dans le monde.

Cela fait aujourd'hui 524 ans que la météorite est tombée du ciel, un intervalle de temps que l'humanité a mis à profit pour en apprendre davantage sur ces curieux phénomènes cosmiques. Nous ne saurons jamais comment les habitants de Ensisheim auraient réagi s'ils avaient que le système solaire abrite des ceintures peuplées de centaines de milliers d'astéroïdes peuplant la nuit cosmique, et comment ils auraient interprété leur dormante présence, à des milliards de kilomètres de nous.