La foudre a tué 323 rennes en une seule fois : l’explication scientifique

La lumière a été faite sur le mystérieux événement ayant provoqué la mort simultanée de plusieurs centaines de quadrupèdes sur le plateau de Hardangervidda, en Norvège.
30 août 2016, 10:19am
  • Vous avez sans doute entendu parler de ce fait divers, qui a d'ores et déjà traumatisé les fans de Rudolphe le renne pour les dix prochains réveillons : 323 rennes ont été tués ce week-end, en Norvège. Dimanche, l'Agence environnementale norvégienne a publié quelques images pour le moins rebutantes, sur lesquelles on discerne les cadavres de la horde (dont 70 petits) empilés en désordre sur l'herbe. Les animaux ont succombé à un orage violent advenu vendredi dernier.

Le nombre d'animaux tués lors de cet événement est effarant en soi. Plus curieux, on ne relève que très peu de phénomènes de cette ampleur dans les archives de presse. Il y a quelques mois, 21 vaches sont mortes dans le Dakota du Sud après qu'un éclair a frappé leur mangeoire en métal sans laquelle elles se nourrissaient sous la pluie. Cela arrive fréquemment dans les troupeaux de vaches, de moutons, de cerfs… et de rennes, apparemment.

Mais comment se peut-il que des dizaines, voire des centaines d'individus soient tués par la foudre en une seule fois ? Plusieurs éclairs ont-ils frappé la même zone successivement ? Un éclair a-t-il « sauté » d'animal en animal ? Les experts de l'agence environnementale norvégienne mènent actuellement l'enquête. Ils hésitent à proposer une explication unique à l'événement, mais il suffit de se pencher sur l'histoire des morts accidentelles dues à la foudre pour pouvoir en avancer une hypothèse dont la probabilité éclipse toutes les autres.

En juin 1973, 53 cadavres de caribous (le nom canadien du renne) ont été retrouvés dans la toundra, en Alaska. Un hélicoptère de l'armée américaine effectuait des exercices de routine lorsqu'il a repéré le troupeau, et a signalé sa découverte au département de la faune sauvage. Ce dernier a vérifié d'éventuels signes de déprédation et d'empoisonnement, avant de conclure que la foudre était probablement derrière tout ça. En effet, deux troupeaux de caribous, situés à quelques kilomètres de là, affichaient quand à eux une forme insolente ; d'autre part, les experts ont observé des figures de Lichtenberg, ces motifs caractéristiques provoqués les décharges électrostatiques, imprimées dans le sol, sous les cadavres.

« On a observé une différence de potentiel électrique entre les sabots avant des animaux et leurs sabots arrière. »

Après avoir analysé la forme des figures de Lichtenberg, les chercheurs ont pu avancer une hypothèse sur ce qu'il s'était passé ; leurs conclusions ont été publiées dans The Journal of Wildlife Diseases. À cette époque de l'année, en Alaska, les glaces commencent à fondre. Cela rend la couche supérieure du sol humide, mais sur quelques centimètres d'épaisseur seulement. L'eau, comme vous le savez, possède une bonne conductivité. Lorsque la foudre est entrée en scène, l'électricité aurait couru horizontalement à la surface du sol, là où se tenait le troupeau, serpentant d'un corps à un autre jusqu'au point d'eau le plus proche : une petite crique.

De nombreux quadrupèdes, dont les caribous, craignent l'électrocution en raison de leur morphologie : leurs membres avant et leurs membres arrière sont bien séparés les uns des autres, ce qui provoque une différence de potentiel électrique lorsque le courant circule d'avant en arrière (et vice versa). Pour la même raison, les écureuils peuvent se balader sur une ligne électrique risquer l'électrocution ; la tension électrique est la même tout le long du câble, de sorte que le courant ne circule pas à travers l'écureuil. En revanche, si l'écureuil touche un arbre avec ses pattes avant tandis que ses pattes arrière sont en contact avec la ligne électrique, la différence de tension électrique va le griller sur place.

Les chercheurs pensent que c'est ce qui arrivé au troupeau : la foudre a frappé le sol, le courant électrique s'est propagé horizontalement et a d'abord frappé les pattes avant des caribous, créant « une différence de potentiel électrique développée entre les sabots avant des animaux et leurs sabots arrière. » La décharge électrique a arrêté leur cœur immédiatement.

Voilà comment on massacre 53 caribous en une fraction de seconde.

Les rennes norvégiens ont probablement succombé au même phénomène. Le sol du plateau Hardangervidda a été détrempé par la pluie pendant des jours. Quand la foudre est tombée, elle a couru à la surface du sol, comme en Alaska. Les pauvre rennes, quadrupèdes standard équipés d'une paire de pattes avant et d'une paire de pattes arrières, n'avaient aucune chance d'y réchapper.

Il est toujours triste d'assister à la mort d'un aussi noble animal. Cependant, le carnage n'aura pas été perdu pour tout le monde : des centaines d'espèces nécrophages festoient en ce moment même au milieu du plus grand barbecue de leur existence.