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Google est tourmenté par les enjeux politiques des emoji

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17.5.16

Google veut améliorer la représentation des femmes exerçant une profession. À travers des emoji.

Cette semaine, Google a proposé au Consortium Unicode la création d'un nouveau groupe d'emoji représentant des femmes exerçant des professions variées, du médecin au mécanicien en passant par le chef cuisinier. Son objectif est de les mettre en service avant la fin 2016, l'intervalle de temps qui sera nécessaire pour éradiquer le sexisme pour toujours… ou pas. Mais l'effort est louable.

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Même si la mise à jour Unicode TR52, sortie en février, permet déjà aux utilisateurs de sélectionner des genres neutres lorsqu'ils veulent représenter un personnage dans telle ou telle attitude, elle ne montre pas d'amélioration concernant la façon dont sont représentées les emoji féminins. En outre, Google voudrait « mettre en valeur la diversité des carrières choisies par les femmes, afin de motiver les jeunes filles à choisir des trajectoires professionnelles qui leur font envie mais qu'on leur vante comme étant 'typiquement masculines'. »

Inspiré par les débats récents sur ce que l'on appelle très maladroitement le « féminisme emoji, » Google admet que les jeunes femmes, qui constituent le groupe d'utilisateurs utilisant le plus smileys, émoticônes et emoji, disposent de peu d'alternatives quand elles veulent représenter un personnage féminin dans leurs messages : la plupart se brossent les cheveux, se vernissent les ongles ou dansent la salsa.

« Les emoji devraient refléter la réalité : il y a désormais des femmes dans tous les corps de métier, » ajoute Google.

Tout cela est très bien. Si les emoji reflétaient la diversité du monde autour de nous, ce serait un plus. Après tout, ce sont les petits détails du quotidien qui influencent notre représentation de la société. Emoji y compris. D'ailleurs, quand Unicode a finalement décidé d'adopter une plus grande diversité de couleurs de peau chez ses petits personnages, tout le monde était bien content. Cependant, si les femmes exercent certes d'autres métiers que mariée, secrétaire, ou « dame bizarre se faisant masser la tête, » l'industrie tech que Google a largement contribué a façonné a oublié une chose importante au passage : embaucher des femmes.

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En quoi l'actualisation des emoji est-elle plus urgente que la réduction des inégalités réelles entre hommes et femmes dans l'industrie tech ? La campagne de Google est-elle légitime, ou seulement hypocrite ?

Sans honte, la société a cité la campagne #LikeAGirl comme point de départ de ses velléités de bouleversement social. Le mouvement « révolutionnaire » de Google a été suivi par la marque de produits d'hygiène féminine Always (pas vraiment réputée pour ses publicités progressistes), et a même suscité un tweet de Michelle Obama. Dans l'enquête qui a suivi, on apprend que 75% des jeunes filles interrogées souhaitaient que les emoji soient désormais dépeints de façon plus réaliste.

Google invoque également le nom de l'abolitionniste américain Harriet Tubman, qui a récemment été choisi pour remplacer l'esclavagiste Andrew Jackson sur les billets de 20$. L'événement est-il vraiment de la même teneur que la mise à jour de la collection emoji ? Certes pas, mais c'est pourtant ce que Google sous-entend.

« Dans tous les domaines, les femmes ont gagné plus de visibilité et de reconnaissance qu'elles n'en avaient jamais eu auparavant, » affirme la société.

Pourtant, si Google avait examiné son propre cas au lieu de regarder la paille dans l'œil du voisin, il se serait confronté à une réalité tout à fait différente.

Selon les statistiques démographiques de l'entreprise elle-même, 28% des salariés Google seulement sont des femmes, et celles-ci n'occupent que 16% des postes de management.

Quand Google a demandé à ses salariés de remplir un tableau circulant en interne en précisant le montant de leur salaire, il est apparu que les salariés hommes recevaient un salaire bien plus élevé que leurs collègues femmes, à poste égal. Une ingénieure, qui a depuis quitté l'entreprise, a expliqué dans un tweet que Google l'avait réprimandée pour avoir encouragé ses collègues femmes à exiger la grille de salaire de la boite. Pourtant, les négociations salariales ont généralement une issue bénéfique pour les employées. Les femmes possèdent un accès restreint à ce genre d'information, et la transparence des payes dans l'entreprise pourrait les aider dans cette négociation.

Bien que Google affirme avoir déjà tenté de lutter contre le recrutement de profils uniformes, ses statistiques en disent bien plus long qu'un emoji féminine au chapeau extravagant.

Que la croisade pour de meilleurs emoji soit légitime ou non, on peut rester sceptique quant à ses effets. Google risque de nous offrir davantage de petites icônes mignonnes avec lesquelles jouer, mais pas davantage.

Évidemment, on ne crache pas sur un outil visant à rappeler que les femmes réussissent brillamment dans tous les domaines. Mais dans le cas où la mise à jour emoji ne serait jamais adoptée, nous continuerons à clamer ce que nous clamions déjà : recrutez-nous, virez-nous si vous voulez, mais traitez les femmes et les hommes sur un pied d'égalité.