FYI.

This story is over 5 years old.

Sports

Cette fille est la seule arbitre noire et musulmane d'Angleterre

Chaque week-end, Jawahir Jewels arbitre des matches sur les pelouses du Royaume. A chaque fois, elle force le respect des joueurs.

En France, trois femmes ont déjà exercé comme arbitres assistantes en Ligue 1. En Premier League, deux d'entre elles ont déjà endossé le même rôle. Mais qu'on le veuille ou non, la présence des femmes-arbitres dans le foot masculin relève encore de l'exception, voire de la curiosité.

Sur les pelouses du foot du dimanche, la proportion de femmes portant le maillot noir ou jaune est toute aussi faible. Jawahir Jewels est une des rares représentantes du sexe féminin à arbitrer dans les divisions amateures du Royaume, comme l'explique le quotidien britannique The Telegraph, qui lui consacrait un portrait lundi.

Publicité

Sous son foulard noir, assorti à sa tenue, cette jeune femme explique qu'elle doit parfois redoubler d'efforts pour s'attirer le respect des joueurs sur la pelouse : « Vous seriez choqués si vous entendiez ce qui se dit parfois sur le terrain. Je dois souvent répondre aux joueurs : "Répondez-moi normalement, ne parlez pas mal." Mais ils le font quand même. Quand je vois comment les choses se passent en rugby, je me dis, waouw, ça c'est du respect. »

Les arbitres mâles et blancs souffrent déjà régulièrement des insultes proférées par les joueurs, qui en viennent parfois aux mains avec le corps arbitral. Pour Jawahir Jewels, femme, noire, et musulmane de surcroît, les risques de se voir discriminée sont donc décuplés. Mais qu'importe, elle adore ce rôle, qu'elle joue avec talent, assurent les joueurs qu'elle suit ce jour-là. « Je prends vraiment beaucoup de plaisir à arbitrer, à suivre au plus près deux équipes qui s'affrontent, à participer à ma manière à un sport que j'adore », assure Jawahir, confiante. A 23 ans, elle est donc la seule femme noire et musulmane agréée par la fédération anglaise (FA).

Elevée dans le nord-est londonien de parents somaliens, Jawahir, aujourd'hui étudiante en informatique à l'université, a toujours été passionnée de foot. D'abord joueuse prometteuse dans les plus petites classes d'âge, elle est ensuite devenue coach à l'adolescence, avant d'enfiler le costume d'arbitre. Une fonction qu'elle a toujours apprécié, malgré les remarques, moqueries ou insultes qu'elle a pu recevoir dès ses premiers matches où elle gérait des rencontres entre kids. « Le pire, ce ne sont pas les enfants, mais leurs parents, poursuit Jawahir. Ils sont là, en bord de terrain, et ils passent leur temps à te pourrir, à contester tes décisions et à te dire que tu ne sers à rien. »

Dès ses premières rencontres, Jawahir découvre les joies des insultes racistes ou islamophobes. Une personne l'attaque verbalement, elle n'entend pas les paroles prononcées, mais des personnes dans le public lui signalent qu'elle vient de se faire pourrir. Grâce à leurs témoignages, elle porte plainte auprès de la fédération, sans qu'aucune suite ne soit donnée. Cela ne l'a pas empêchée de poursuivre sa carrière encore modeste, qu'elle aimerait voir aboutir sur les pelouses de la Premier League féminine. Mais pour ce faire, il lui faut encore arbitrer bon nombre de matches d'hommes et passer sa licence de niveau 6.

Pour progresser, elle bouffe sans arrêt des vidéos Youtube des performances des meilleurs arbitres, son chouchou et son modèle restant Mark Clattenburg, l'arbitre de la finale de la Ligue des Champions 2016. Qu'elle parvienne un jour à son niveau ou non, Jawahir estime que son expérience d'arbitre est déjà un succès : « C'est parfait pour vous tester et vous améliorer. Cela nécessite une capacité à prendre rapidement une bonne décision, de la confiance en soi et du calme. Vous intégrez tellement de valeurs en étant arbitre ! Et ce que j'aime par-dessus tout, c'est que si vous êtes juste, peu importe de quel côté penchera votre décision, les joueurs vous respecteront. »