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Élections 2017

On a retrouvé Gérard Schivardi, bon dernier à la présidentielle de 2007

« C’est une catastrophe » – 10 ans après l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, celui qui se présentait comme le « candidat des maires » évoque son rapport à l’élection actuelle.

par Hugo Septier
05 Mai 2017, 5:00am

L'affiche de campagne de Gérard Schivardi en 2007.

À l'ombre des collines du Cayla et du Pech, à mi-chemin entre Carcassonne et Narbonne, se trouve la ville de Mailhac. Petite commune d'un peu plus de 500 habitants, elle a le charme et les traits caractéristiques des villages du pays cathare. Seule particularité, et elle est de taille, Mailhac est dirigée par un ancien candidat à l'élection présidentielle. C'était en 2007, Gérard Schivardi, qui représentait alors le Comité national pour la reconquête des services publics, soutenu par le Parti des Travailleurs, se présente comme le « candidat des maires ». Après une campagne durant laquelle il est surtout raillé pour son accent et son relatif anonymat, le natif de l'Aude ne récolte que 0,34 % des suffrages. Il termine bon dernier, très loin de Nicolas Sarkozy qui sera porté à l'Élysée deux semaines plus tard.

Malgré cette défaite, Gérard Schivardi ne s'est pas laissé décourager, bien au contraire. Loin d'être dégoûté de la politique, il continue de porter son message dans le grand Sud-Ouest. Contacté par VICE, il explique qu'en plus « d'être maire de Mailhac jusqu'en 2020, je m'occupe du POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique ». Et comme lors de la campagne de 2007, Gérard Schivardi n'est jamais avare d'un bon coup de gueule. Il continue à défendre les « oubliés », avec la gouaille qu'on lui connaissait il y a de cela dix ans. Sa volonté majeure ? Renégocier certains traités européens qui étouffent les travailleurs, voire, si l'opportunité se présente, une sortie pure et simple de l'Union Européenne. Une idée dans l'air du temps, disons.

De l'élection de 2007, il garde de « très bons souvenirs, c'était vraiment une belle aventure ». Comme de nombreux « petits candidats » (c'était d'ailleurs le cas de Jacques Cheminade et de Jean Lassalle cette année), le budget de Gérard Schivardi était plus que serré. Une restriction qui lui a permis de vivre plusieurs semaines au plus proche de ses électeurs. Malgré tout, sa campagne connaîtra son point culminant un soir d'avril. Au Palais des sports de Paris, Schivardi va égrainer ses propositions devant près de 5 000 personnes. Un joli tour de force qui ne sera pas suffisant, tant il ne décollera jamais vraiment dans les sondages. « Ce n'était pas le plus important, il fallait montrer qu'une nouvelle vision politique était possible. Pour cela, j'ai eu la chance d'avoir mes parrainages. »

La vidéo de campagne de Gérard Schivardi en 2007.

Lorsqu'on aborde avec lui la présidentielle à la veille du premier tour, Gérard Schivardi semble franchement désabusé. En tant que maire, il a donné son parrainage à Jean Lassalle, « c'est le seul qui défend vraiment la ruralité ». Et selon lui, c'est également le candidat originaire du Béarn qui « propose un vrai retour à la République, au sens premier. Il faut absolument supprimer les régions et les intercommunalités et revenir aux trois pôles principaux : état, départements et communes. Grâce à ce schéma, des millions d'euros seraient économisés. » Gérard Schivardi est maire de Mailhac, et il en est plutôt fier : « nous avons des vraies capacités, nous pouvons être des vrais décideurs. Actuellement, nous sommes asphyxiés ».

En ce qui concerne les autres candidats, le jugement se fait bien plus mordant. Si quelques mesures proposées ici et la trouvent bien grâce à ses yeux, cela ne va pas plus loin. « Par exemple, Nicolas Dupont-Aignan a raison lorsqu'il propose le casier judiciaire vierge pour tous les hommes politiques, cette campagne a été écœurante avec toutes ces affaires, c'était une catastrophe. Asselineau explique bien les problèmes liés à l'argent pris par l'Union européenne, il connaît bien ses dossiers, mais cela s'arrête là ». À l'image de millions d'électeurs, Gérard Schivardi a eu bien du mal à se positionner sur l'échiquier politique. « On m'interroge souvent sur une possible candidature aux élections législatives, je ne sais pas encore. J'attends de voir qui va l'emporter au second tour pour me positionner. »

Gérard Schivardi à la mairie de Mailhac, en 2007. Photo via Wikipédia

La seconde partie de l'interview s'est déroulée quelques jours seulement après les résultats du premier tour de la présidentielle. Si on le sentait déjà désabusé par le tournant pris par la politique française, le ton est cette fois-ci proche de la sinistrose. « C'est une catastrophe. Nous avons affaire à deux prétendants extrêmement dangereux. Je suis très en colère, je ne comprends pas ce vote, ce que les Français ont voulu faire. Je suis très déçu ». Si son candidat favori, Jean Lassalle, n'a recueilli qu'un peu moins de 2 % des voix, là n'est pas l'important pour Gérard Schivardi. Comme des millions de Français, il a cette sensation de malaise et avoue volontiers « ne pas savoir pour qui voter le 7 mai ».

Dans le détail, les deux finalistes ne sont pas épargnés par l'ex-candidat. Pour Marine Le Pen, le diagnostic est vite fait : « Vous savez, je suis un fils de maquisard, alors il est bien évidemment hors de question que je vote pour elle. » Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Gérard Schivardi s'en prend à la candidate du Front National. En 2015 déjà, il l'accusait de largement siphonner certaines de ses idées (sur la sortie de l'Euro et de l'Union Européenne) et d'accaparer des problématiques qui ne sont pas les siennes. Dans les colonnes du Figaro et sur le ton du défi, il expliquait : « Mettez-moi en face, vous allez voir comment je vais m'occuper d'elle ! Mais bon, on me censure… »

En ce qui concerne Emmanuel Macron, Schivardi semble plus hésitant et la tentation du « vote barrage » se fait sentir. Malgré tout, le ton se fait très vite de nouveau vindicatif lorsque certains thèmes sont abordés. « C'est le candidat poussé par les médias parisiens, Macron doit être élu, alors il le sera ». Au-delà de cette considération, il existe de vrais désaccords majeurs entre le maire de Mailhac et l'ancien banquier de Rothschild. « Il ne va travailler que par ordonnances, il va fortement s'attaquer au Code du travail, ça va être terrible. Et puis je ne peux pas le laisser créer de nouveaux impôts, comme celui qu'il prévoit pour les personnes ayant terminé de payer leur maison par exemple.

« Un jour, le peuple d'en bas en aura assez et se soulèvera, c'est sûr. »

D'un point de vue national, le pronostic de Gérard Schivardi n'est pas engageant en cas de victoire d'Emmanuel Macron. « Je prévois des Français à la rue dès septembre ou octobre. S'il est élu, ce sera uniquement avec 35 voire 40 % de votes exprimés. J'estime qu'il faut refaire cette élection et rendre le vote obligatoire pour avoir une vraie légitimité. Et bien sûr, il faut également compter les bulletins blancs. » En outre, il se dit extrêmement remonté envers les syndicats. Quelques heures avant notre coup de fil, l'édile était en pleine réunion avec les principaux représentants de ces derniers. « Je leur ai dit, comment pouvez-vous appeler à voter Macron alors que dès qu'il s'attaquera par ordonnance au Code du travail, vous serez les premiers à appeler à manifester contre lui ? »

Sur un plan plus local, Gérard Schivardi avoue que la proposition d'Emmanuel Macron de supprimer la taxe d'habitation serait terrible pour sa commune. « C'est un impôt géré par la municipalité, cette disparition représente de 20 à 30 % d'argent en moins sur une année ». Tout au long de cet entretien, on peut entrevoir un vrai ressenti contre certains journalistes, en particulier parisiens. « Il existe une vraie discrimination envers ceux qui ont un accent. » Il n'est d'ailleurs pas le seul à être la victime de ces railleries. « J'avais prévenu Jean Lassalle à ce sujet. Lui avec son accent du Béarn et moi avec celui du Languedoc, on est sujets de moqueries. Pourtant, on parle mieux et on lit mieux le français qu'eux, mais évidemment, nous n'avons pas l'accent pointu… » Pour lui, c'est bien plus qu'une blague potache. « Tout ce qui n'est pas parisien n'existe pas, il y a des petits sourires, des petites remarques comme lors du grand débat d'avant le premier tour. »

Comme il l'explique, c'est le symbole d'une certaine France qui refuse de s'occuper du « peuple », qui lui tourne le dos. Mais jusqu'à quand ? « Un jour, le peuple d'en bas en aura assez et se soulèvera, c'est sûr. »