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Ben Johnson promet de « mettre des stéroïdes » dans votre portable

Le champion olympique déchu de Séoul est l'égérie d'une pub qui n'a pas plu aux autorités anti-dopage, et qui en dit long sur l'aveuglement de ces institutions.
16.5.17

Depuis son contrôle positif aux stéroïdes 48 heures après sa victoire en finale du 100m aux JO de Séoul en 1988, Ben Johnson est marqué du sceau de l'infamie. Il est ainsi entré dans l'histoire comme l'un des premiers athlètes à avoir provoqué un scandale planétaire en lien avec le dopage, puisqu'il s'était fait chopper pour usage de stanozolol, un stéroïde anabolisant. 30 ans après ou presque, Ben Johnson a décidé de se rappeler au bon plaisir du grand public de la meilleure des manières.

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Il a tout simplement décidé de devenir l'égérie de la dernière campagne de pub de la compagnie australienne SportsBet, pour laquelle il apparaît dans un court spot où il vante les mérites de la nouvelle appli de pari en ligne avec un certain sens de la punchline : « En matière d'amélioration de la performance, Ben en connaît un rayon », balance la voix-off en introduction, pendant que l'ex-athlète trifouille son smartphone et l'appli en question. « Tout le monde va sur cette app », claironne un Américain au maillot jaune occupé à pédaler sur son vélo d'appartement.

Bref, quelques blagues et allusions aux épisodes les moins glorieux du sport de hautn iveau de ces dernières années qui ont fait polémique. Il faut aller du côté des autorités de la lutte anti-dopage australiennes pour retrouver les jésuites qui ont jugé bon de s'indigner contre cette campagne. Le ministre des Sports australiens Greg Hunt a jugé qu'il était « terriblement inappropriée » d'avoir choisi « un dopé notoire » comme star du clip, rapporte le Guardian. L'agence anti-dopage australienne a aussi publié un communiqué officiel peu après la diffusion de la pub, dans lequel on peut lire : « Cet pub valorise la prise de produits dopants et envoie donc un message complètement erroné, qui laisse à penser que le recours à ces substances dans le monde du sport est quelque chose de normal. Cette campagne déprécie les athlètes et leurs performances et détruit le travail de ceux qui se battent pour un sport propre. » De son côté, SportsBet a refusé de retirer la pub et dit avoir juste fait preuve d'un peu d'humour.

Qu'est-ce que cette histoire, somme toute anecdotique, dit du monde du sport et de la lutte anti-dopage en particulier ? Elle révèle une forme de auto-aveuglement de la part des autorités compétentes en la matière, qui tiennent par dessus-tout à entretenir le mythe d'un sport propre et à affirmer que le dopage n'est qu'un phénomène « exceptionnel » et minoritaire. Or, comme Patrick Hruby l'a écrit pour nous l'année dernière, la réalité est bien différente : un rapport de l'agence mondiale anti-dopage constate que, sur 2000 athlètes suivis anonymement, 29% des participants aux championnats du monde 2011 et 45% des participants aux Jeux Panarabiques s'étaient dopés dans l'année.

Une autre étude publiée par le magazine Sports Medecine a estimé que 39% des athlètes de niveau international prenaient des produits dopants. Un témoin convoqué lors d'une commission indépendante de réforme du cyclisme a même affirmé que 90% des cyclistes y avaient recours, bien que ce sport soit l'un des plus surveillés en la matière. Tout va bien donc, quand on sait que l'agence mondiale anti-dopage publie chaque année des chiffres bien loin de ces estimations : selon elle, seuls 1 à 2% des sportifs se doperaient. Pari perdu ?