L’équipe de transition de Trump veut exploiter l’espace et la Lune à des fins commerciales

L’équipe de transition de Trump veut exploiter l’espace et la Lune à des fins commerciales

Motherboard s'est procuré des échanges entre la NASA et l'équipe de transition de Trump. Ceux-ci montrent que la nouvelle administration a très hâte d'inaugurer l’exploitation minière de la Lune.
13.4.17

Le budget fédéral des États-Unis pour 2018 publié par l'administration Trump réduit de manière drastique le budget alloué à l'Agence de protection de l'environnement, l'Administration nationale océanographique et atmosphérique, et à d'autres organismes scientifiques essentiels. Pourtant, il épargne en grande partie la NASA.

Là où Trump veut réduire d'un tiers le financement de l'EPA, tentant d'éviscérer progressivement l'agence de protection de l'environnement et ses activités, il propose de réduire celui de la NASA de 200 millions de dollars seulement. Ces coupes visent principalement les programmes de suivi du changement climatique et ceux qui concernent la sensibilisation et l'éducation aux problèmes environnementaux, mais la NASA conservera un budget confortable de 19,3 milliards de dollars de budget l'an prochain.

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Grâce aux communications internes entre l'équipe de transition de Trump et la NASA obtenues Motherboard suite à une demande d'accès à l'information (FOIA), nous comprenons mieux pourquoi Trump semble déterminé à maintenir l'intégrité de l'agence spatiale. En effet, la nouvelle administration semble très intéressée par le potentiel commercial de la NASA.

L'équipe de transition Trump – qui se compose entre autres de plusieurs entrepreneurs dont Charles Miller de NextGen Space – a demandé expressément à la NASA comment ses technologies pourraient être développées et appliquées à un usage commercial. Elle a également demandé quel était le plan de l'agence pour évaluer le potentiel minier de la Lune et le niveau d'extractibilité des matériaux qu'elle contient.

Si l'on en croit le document de plus de 100 pages – contenant des emails, briefings, tableaux de budget et autres transcriptions de réunion – obtenu par Motherboard grâce au Freedom of Information Act américain, l'équipe qui s'occupe de l'évaluation de l'agence spatiale, l'ART, n'a posé qu'une poignée de questions à la NASA. L'une d'elle traite des technologies actuellement développées par l'agence spatiale, et exige des informations sur le potentiel de leur exploitation commerciale.

« L'ART demande les informations suivantes : des données sur la façon dont la NASA développe de nouvelles technologies et des exemples de types de contrats / partenariats et accords de propriété intellectuelle passés avec l'industrie », explique le document.

La NASA a répliqué par une réponse particulièrement générique : « Tandis que nos efforts de recherche se poursuivent et que nous améliorons nos technologies, nos produits sont transférés à l'industrie et commercialisés au travers de multiples programmes et approches, qui bénéficient à un large éventail d'utilisateurs. Nous nous assurons ainsi que la nation tire le plein bénéfice économique et sociétal de ces innovations. »

« La NASA envisage un futur où l'orbite terrestre basse serait principalement consacrée à des activités commerciales. »

Selon ces mêmes documents, la NASA a assuré l'équipe de Trump que l'agence spatiale ne s'opposerait pas à l'exploration spatiale à but lucratif. En effet, la NASA attend de déléguer à l'industrie la gestion et l'exploitation de l'orbite terrestre basse depuis des années.

« La NASA envisage un avenir où l'orbite terrestre basse serait principalement consacrée à des activités commerciales, ce qui lui permettrait de concentrer ses activités sur l'exploration de l'espace lointain », écrit l'agence en réponse aux équipes de Trump.

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Pour cela, la NASA précise qu'elle « travaille en collaboration avec des entreprises privées afin de développer des concepts d'habitations cislunaires [situés entre la Terre et la Lune] afin de tirer parti des plans commerciaux existants. »

La commercialisation de l'orbite terrestre basse pourrait inclure le développement de l'industrie légère, qui utiliserait alors des matières premières extraites sur la Lune – comme le tantale et autres métaux rares – avec des milliards et des milliards de dollars de profit à la clé.

Bigelow Aerospace, basée au nord de Las Vegas, a déjà fixé un habitat spatial gonflable sur la Station spatiale internationale, et développe actuellement des stations spatiales gonflables plus grandes en partenariat avec United Launch Alliance (ULA), le consortium de Lockheed Martin et Boeing. Lors du symposium spatial annuel de 2016 à Colorado Springs, le directeur d'ULA, Salvatore « Tory » Bruno, a affirmé que l'un de ses objectifs était « le développement de ressources, à une semaine ou une semaine et demi de voyage d'ici ».

Il évoque principalement le potentiel industriel de la Lune. « Une telle abondance de matériaux défie l'imagination », a déclaré Bruno.

Parmi ses quelques requêtes, l'équipe de transition Trump a également demandé une mise à jour des projets d'inventaire des minéraux précieux et de gaz lunaires par la NASA – notamment ceux qui concerne la prospection par drone dans des zones difficiles d'accès au niveau du pôle sud lunaire. La NASA collabore avec Taiwan sur la construction d'un rover de prospection robotique, qu'il espère commencer à tester sur le satellite terrestre dès 2017. L'agence a également déclaré à l'équipe de transition de Trump que l'extraction et l'analyse d'un échantillon du pôle sud de la Lune était une « de la plus haute priorité scientifique. »

La NASA estime que la région sud de la Lune pourrait contenir des « substances volatiles polaires, » dont de l'eau, de l'hydrogène et du méthane – qui pourraient être utilisés par de futurs mineurs lunaires. Il s'agit de ressources « critiques à long terme », selon la NASA.

Toutefois, toute initiative d'extraction minière sur la Lune devra se confronter au Traité de l'espace de 1967 signé par les Etats-Unis, la Russie, et 90 autres pays. Il stipule que : « L'exploration et l'utilisation de l'espace, y compris la Lune et les autres corps célestes, doivent être effectués au profit et dans l'intérêt de tous les pays, quel que soit leur degré de développement économique ou scientifique. L'espace est la province de l'humanité toute entière. »

Motherboard a contacté la Maison Blanche pour demander à quel point le président Trump était intéressé par l'exploitation minière de la Lune, mais son porte-parole s'est refusé à tout commentaire.

Enfin, la NASA a tenté d'expliquer subtilement à l'équipe de Trump que sa principale mission n'avait pas un but commercial, mais scientifique, et qu'à ce titre, les retombées financières de ses innovations importaient assez peu. « La Direction des missions scientifiques vise à répondre à des questions fondamentales sur la Terre, le système solaire et l'univers telles que 'Comment le système solaire est-il né, et comment s'est-il transformé au cours du temps ?' ou 'Comment la vie est-telle née ?' et 'Sommes-nous seuls dans l'univers ?' »

« La réponse à ces questions aura un impact considérable sur notre compréhension du monde et des cultures humaines », explique la NASA, qui sait pertinemment que ce genre de bénéfices ne sera jamais converti en chiffres dans un fichier Excel.