techno

Pour que les femmes prennent leur place dans le boys club des technologies

Cassie Rhéaume de Ladies Learning Code nous explique que c’est en sensibilisant les jeunes que les vieilles mentalités vont évoluer.
10.3.17

Les femmes sont encore largement sous-représentées dans le secteur des technologies, qui demeure essentiellement un boys club. Elles n'ont pas nécessairement le réflexe d'entreprendre des carrières dans ce milieu.

Mercredi, à l'occasion de la journée internationale de la femme, on en a discuté avec Cassie Rhéaume, développeuse front-end et chef de la section francophone de Ladies Learning Code (LLC) à Montréal . Elle travaille activement à faire évoluer les mentalités et à inspirer les femmes pour qu'elles s'émancipent et prennent leurs places dans cet univers masculin.

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Ladies Learning Code

L'organisme à but non lucratif offre des ateliers pour les femmes (les hommes y sont les bienvenus) pour les initier à la programmation web.

LLC a débuté en 2011, à partir d'un tweet de la fondatrice, Heather Payne, qui y mentionnait son désir d'apprendre à coder. Le tweet a été très partagé. Surprise par l'engouement, elle a mis sur pied un atelier et la demande a explosé. Aujourd'hui, LLC est présent dans 29 villes canadiennes. Le siège social est à Toronto et le chapitre montréalais est le troisième plus actif au pays. LLC est devenu une référence en matière de littératie numérique pour les femmes.

« Le code, le web, c'est vraiment un vecteur de créativité. C'est difficile d'avoir des idées numériquement avancées, technologiquement avancées si tu ne sais pas comment ça fonctionne », explique Cassie.

Crédit photo: Mitchell Bundy

Crédit photo: Mitchell Bundy

Des cultures d'entreprise masculines

Cassie raconte que dans les boîtes de production, les start-ups ou les entreprises qui bâtissent le web, les postes techniques et décisionnels sont essentiellement occupés par des hommes. Les femmes sont souvent cantonnées aux postes de vente, de marketing ou de communication. « C'est super dommage parce que ce sont des emplois incroyables, des projets créatifs, innovants, et je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas être partie prenante de ça et qu'on devrait être laissées de côté », affirme-t-elle.

Passionnée et geek assumée, elle prône une plus grande diversité globale dans ce domaine qui est au cœur de tout : « C'est là où tout se décide, on dit encore les nouvelles technologies parce que ça se développe à une vitesse folle. C'est important que les femmes aient voix au chapitre. »

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L'importance d'intéresser les jeunes aux technologies

La développeuse web croit que pour que la situation évolue, ça doit passer par les jeunes. Il faut faire un travail de prévention en leur faisant découvrir les possibilités, les encourager à ne pas s'arrêter aux préjugés ancrés depuis trop longtemps.

« Parce qu'il y a une différence entre avoir un iPad dès l'âge de 8 ans et faire des projections et du tracking en 3D pour le musée des sciences », image-t-elle.

Crédit photo | Ladies Learning Code courtoisie

Elle explique que les filles, surtout en début d'adolescence, ont des comportements plus genrés et se désintéressent des sciences et des mathématiques, l'envie de réussir dans ces domaines perd soudainement de l'importance à leurs yeux, pour toutes sortes de raisons. Elle insiste : « Ces réflexes sont dommageables sur le long terme. On a besoin de remettre les pendules à l'heure et leur montrer l'éventail de tout ce qui est possible. »

Pour ces raisons, LLC souhaite aussi s'adresser aux jeunes. L'organisme donne maintenant des ateliers spécialement pour eux. Girls Learning Code s'adresse aux jeunes filles de 8 à 12 ans. Il y a aussi Kids Learning Code, des ateliers mixtes, où les billets sont réservés moitié-moitié pour les garçons et les filles. Puis, il y a le Teen Club qui entre dans sa deuxième année pour initier les adolescentes à la technologie.

Un momentum à saisir

Cassie est très active dans la communauté techno de Montréal, elle sent un engouement en ce moment pour le milieu. « La communauté tech montréalaise, mais aussi plus globalement, est plus consciente des enjeux de diversité. Ils sont plus médiatisés et discutés. Les gens sont plus ouverts. Il y a plusieurs initiatives qui se dédient à ça. Les gens ont à cœur de changer les choses », dit-elle.

S'il y a encore beaucoup de travail à faire, elle parle d'un momentum à saisir pour les femmes qui y évoluent.

Il y a quelques semaines, Cassie a créé un groupe sur Slack, Women in Tech Montreal, pour les femmes en technologie à Montréal. Jusqu'à présent, elles sont à peu près 150 qui interagissent et discutent, que ce soit pour échanger des offres d'emploi, des anecdotes, des événements ou des ressources.

Les discussions ont soulevé tellement de réalités préoccupantes que, de ce projet, en est né un autre : un manifeste qui présentera des actions et des références pour favoriser la diversité dans les événements de la scène techno montréalaise. Il est toujours en cours de rédaction, et Cassie invite celles qui voudraient y participer à joindre le groupe sur Slack.