Life

J'ai porté un sextoy vibrant en club au lieu de prendre de la drogue

Ce fut un océan d’orgasmes durant tout un weekend.

par Lindsey Leonard
01 Août 2019, 7:33am

Nicht die Autorin. Foto: Maria Morri /Flickr CC BY-SA 2.0

Lorsque vous devenez fou à cause de la drogue, il n’y a pas vraiment de retour en arrière. C’est un peu comme si votre cerveau rampait sur des éclats de verre et propulsait votre esprit vers un monde extérieur plus contrasté. C’est une fois sobre, sous le soleil flamboyant d'un regret paralysant que vous devez évoluer à travers votre addiction et devenir un bipède prêt à accueillir l’aide des thérapies et à accepter que la vie reste un mystère absolu pour l’éternité.

Soudainement, tout devient à la fois un signe et un déclic. Du son d’une bouteille vide de Château Diana qui roule dans le vent à la fille qui pleure derrière vous dans un train de banlieue, vous recevez tout un tas de données provenant de l’univers : le retour à votre vie passée est impossible. Refouler vos dégâts émotionnels, avec des câlins anxiogènes et des commérages électriques, dans des soirées qui durent 36 heures, ça ne fonctionne pas. Comme vous avez été banni du monde de la nuit pour avoir fait des trucs de psychopathes — et dont vous n’avez aucun souvenir puisque vous étiez raide mort — vous avez opté pour passer du temps seul (ou avec d’autres personnes sobres), dans des sous-sols d’églises à sangloter et à pratiquer des exercices de respiration tout en regardant des épisodes de Sailor Moon et vous goinfrer de Twix.

Finalement, votre dialogue interne avec le Diable en personne diminue en même temps que ce monde illusoire complexe dans lequel vous viviez depuis sept ans. Les désillusions et les crises de paniques qui duraient des heures finissent aussi par mettre les voiles. Vous quittez ce monde de dépressif en vous battant chaque jour comme un guerrier mondain qui lutte contre la défonce et les expériences bizarres.

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OhMiBod's Club Vibe 3.OH. Photo via OhMiBod.

Puis un jour, votre ami rédacteur en chef vous invite à tester un nouveau vibromasseur sans fil du nom de Club Vibe 3.OH. Cet appareil émet des vibrations en s’accordant à la musique et est spécialement conçu pour être utilisé en boîte de nuit. L’ensemble de votre système nerveux se réveille et vous pousse à l’essayer. C’est ainsi que j’ai réactivé Facebook — le quartier général de mon état de stress post-traumatique — et que j’ai cliqué pour la première fois depuis un an, sur tous les évènements que j’ai trouvé pour caler une programmation soignée pour mon week-end. J’ai déniché pour l’occasion un concert punk, une conférence ainsi qu’une after-soirée de DJ homosexuel. Sortir un week-end entier après avoir fait une dépression était une chose putain d’effrayante. Armée de mon sextoy sensible au son et des bouteilles de Yerba Mate Soda White Labe — qui m’auraient infligé une dose de caféine démente — je me suis dit que porter un vibro serait une expérience assez surréaliste pour être faussée.

Je me suis toujours sentie étrangère — trop hyperactive et pas assez hétéro — et le vibromasseur Club Vibe, jusqu’à présent inerte au fond de mon sac, était l’exemple parfait du marketing stupide auquel je suis censée être sujette : celui d’une femme tonique et bronzée qui semble être en plein orgasme au milieu de la boîte et qui représente à merveille, avec ces généreux nichons, l’hétéro désirabilité cisgenre. C’est exactement le canon de beauté qui apparaît sur le site web du produit. L'exception est qu’elle est accompagnée d’un camarade — aussi bien dans les codes hétéros — qui pointe vers elle le vibromasseur qu’il tient dans sa main, comme si elle était un robot télévisé disposé à être regardé et qui omet que les non-genrés ont aussi des parties génitales.

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A promotional image for the Club Vibe. Photo via OhMiBod.

Ce sont les gens étranges qui m’ont fait aimer le punk. C’est donc un soir, lors du week-end dernier que j’ai suivi une fille, avec quarante ans d’expérience dans le labyrinthe de la pratique punk, dans l’un de ces évènements. Ce lieu éloigné de tout abritait un concert d’un groupe de filles punks super agressives. Une fois dans la salle, je me suis cachée dans un coin et j’ai glissé le vibromasseur dans ma fente sous mes sous-vêtements de garçon. Il était livré avec un string en dentelle noir, mais il était hors de question qu’une ficelle coincée entre mes fesses arbitre ma soirée.

J’ai tâtonné le contrôleur en forme d’œuf et j’ai essayé les différents réglages : le mode Tease vous permet (ou permet à quiconque le contrôle, beurk) de « sentir l’ambiance » tant que le bouton n’est pas relâché. Le mode Groove permet de créer son propre modèle de vibration tandis que le mode Club accorde ses vibrations à la musique. J’ai cliqué sur le mode Club et j’ai crié. Un groupe avait commencé à jouer et le vibromasseur ne pouvait distinguer aucun bruit. Il s’est donc mis à vibrer furieusement. Avec ce bruissement entre mes cuisses, je ne pouvais pas vraiment me comporter normalement. Heureusement, personne n’y a prêté attention et a semblé s’en rendre compte. La salle était remplie de gens bourrés qui criaient de colère suite à la destruction du site 8-Chan et des pédales à effets. Je ne connaissais personne et j’ai donc été laissé seule jusqu’à la fin du spectacle pour pouvoir jouir tranquille. L’intensité de l’onde était géniale et j’ai senti un engourdissement dans ma région inférieure. J’étais prête pour un deuxième round.

« Si je dois être dominée par de méchants corporatistes, je préfère l’être sobre et jouir n’importe où »

Le lendemain, j’ai assisté à une conférence dans une ancienne usine transformée en espace artistique. Il y avait pour l’occasion un événement musical tout au long de la journée. J’ai décidé d’enfiler mon petit vibromasseur histoire de voir s’il répondait au son de la parole. J’ai eu un échange très fructueux avec lui durant mon trajet à vélo et lorsque je suis arrivée, tout était en ordre pour écouter au mieux la conférence. Une fois assise, prétendre que mon téléphone — en mode silencieux et que je tenais dans la main — était le responsable des vibrations que l’on entendait résonner sur la chaise métallique sur laquelle j’étais assise était gênant. Mais les gens croient n’importe quoi.

Après le raté d’un potentiel orgasme à l’écoute d’une lecture sur les droits humains, j’ai enclenché mon mode préféré — le mode Club. J’ai été propulsé d’un seul coup par la force du titre « You Prefer Cocaine » de Vitalic et de son air ironique illustrée par ma sobriété dans ce lieu enfumé où les gens enchaînent les verres et s’en vont.

Je me suis mis à me déhancher comme un membre d’une secte chrétienne, portée par les impulsions du vibromasseur qui s'accordaient parfaitement avec le set electroclash et ghettotech du DJ. Je me suis sentie étrangement libre. J’étais totalement sobre, totalement saine, à moitié en train de jouir et d’accord avec le fait de voir des gens qui me détestaient. La viscosité du temps a changé lorsque j’ai mis ma Blow Pop dans la bouche. J’ai tourné dans toute la salle, avec le sourire en ayant l’impression d’être confortablement installé dans un gel orgasmique. Si je dois continuer à vivre dans cette animation féodale futuriste, dominée par de méchants corporatistes subsumés par la dette et harcelés par des croisés, alors je préfère le faire sobre et jouir n’importe où.

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