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La cuisine indienne est le meilleur remède contre le rhume

Khichdi, masala chai et lait de curcuma : comment la bouffe indienne peut éviter d'avoir le nez qui coule.

par Zab Mustefa
13 Novembre 2017, 12:49pm

Enfin ! Les transports en commun sont redevenus cette longue symphonie de reniflements et de gorges raclées. Les rues sont à nouveau bondées de gens qui ont le nez qui coule. Même dans les bureaux résonnent les échos de toux plus ou moins grasses. Dans les poubelles s’entassent des dizaines de mouchoirs allant du jaune pâle au marron foncé.

Le docteur a poussé un long soupir en vous voyant ce matin, avant de répéter ce qu’elle avait dit à six autres patients : buvez beaucoup, foutez-vous sous la couette et votre rhume finira bien par se faire la malle.

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Alors que les premières vagues de froid commencent à s’immiscer dans vos vies, on vous offre une alternative. Plutôt que de vous ruez dans une pharmacie pour faire un stock de Fervex ou de Dolirhume, sortez tous les ingrédients d’un bon khichdi, la réponse indienne au bouillon de poule et un super « booster » pour votre système immunitaire.

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Le khichdi. Toutes les photos sont de l'auteur

La recette est simple ; du riz basmati, des lentilles, de l’ail et du gingembre. Ce qui permet d’élaborer un plat plutôt léger et facile à digérer. Influencé par la médecine traditionnelle ayurvédique, le khichdi a rapidement conquis le palais des colons britanniques. Il a même inspiré une version indo-anglaise connue sous le nom de kedgeree, qu’on mange parfois au petit-déj’. Cuit avec du haddock fumé, des œufs durs, et du persil, le kedgeree est légèrement épicé mais parfait pour remplir harmonieusement son estomac.

« Les Indiens hindous associent depuis toujours alimentation et santé », explique le Dr Priya Deshingkar, chercheuse en migration à l’université du Sussex. « Ils attribuent de nombreuses propriétés positives pour la santé aux herbes et à différents ingrédients. »

Aujourd’hui, en Angleterre, la plupart des enfants indiens de la deuxième ou troisième génération ne prennent pas ces remèdes traditionnels au sérieux. Pourtant, leurs grands-parents utilisent encore des méthodes ayurvédiques ancestrales. J’ai par exemple de très mauvais souvenirs d’un plat à base de miel et de poivre noir qui m’attendait dans la cuisine les matins d’hiver avant d’aller à l’école. Je ne savais pas que le mélange était utilisé depuis perpet’ sur tout le continent indien pour combattre les toux, les rhumes et autres infections. (Son goût particulièrement rebutant en faisait un cauchemar pour les gosses.)

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Lait de curcuma traditionnel et masala chai.

Comme je suis asthmatique, ma mère m’a longtemps forcé à bouffer ce mélange même pendant l’été – pour me décongestionner la poitrine et réduire les risques d’infection. C’était le truc le moins appétissant du monde mais le miel combiné au poivre permettrait d’apaiser la muqueuse des membranes de la gorge. C’était aussi un bon moyen d’éviter de passer la journée à l’infirmerie de l’école avec de la Ventoline.

En grandissant, j’ai pu observer la cuisine ne jamais se désemplir de graines, feuilles séchées et autres poudres qu’un membre de la famille rapportait du Pakistan – tout était utilisé comme médecine alternative. Bien sûr, les bénéfices tirés de ce genre de remède maison peuvent parfois être assimilés à du folklore.

Mais quand j’étais malade, le bruit de mes grandes tantes versant des tasses de masala chai avait un effet réconfortant immédiat. Généralement composée de lait, de gingembre, de cannelle, des clous de girofle et de cardamome, cette boisson chaude aux arômes délicieux était un remède efficace contre le rhume bien avant que Starbucks ne la dénature en y ajoutant beaucoup trop de lait et de sucre.

« Il y a de nombreuses recettes maison qui reposent sur des ingrédients communs. Ingrédients qu’on trouve dans la majorité des maisons indiennes », ajoute Deshingkar. « Et il y a aussi certains ingrédients qu’on soupçonne de déséquilibrer l’humeur ou le corps. »

Le curcuma a des propriétés antibactériennes. Il peut tuer les germes qui ont causé des maux de gorge et, appliqué aussi sur des petites blessures ou coupure, éviter les infections.

Deshingkar tient aussi un restaurant indien spécialisé dans la cuisine du Maharashtrian. Elle explique que la plupart des recettes ayurvédiques viennent d’un vieux texte en sanskrit.

« L’origine de ces pratiques vient probablement des principes ayurvédiques définis dans le texte du Charaka Samhita de l’ancien Inde, qui remonte à environ 500 avant Jésus Christ », assure-t-elle.

Un exemple que Deshingkar donne est le curcuma et lait chaud (ou haldi dhood en hindi), une simple recette contre les infections des poumons et la grippe.

« Le curcuma a des propriétés antibactériennes. Le lait est le véhicule qui permet de recouvrir l’ensemble de la gorge, tuant ainsi tous les germes qui ont causé les maux de gorge », explique-t-elle. « Le curcuma s’applique aussi sur les petites blessures ou coupure pour éviter les infections. »

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Bhindi masala au curry.

Les véritables bénéfices de la médecine ayurvédique font encore l'objet de recherches au Royaume-Uni. Les médecins mettent notamment en garde contre certains aspects de la pratique : certaines pilules à base de plantes contiennent par exemple des quantités dangereuses de plomb. Mais à Glasgow, dans le Wee Curry Shop, les principes ayurvédiques ont fortement influencé la cuisine du chef Vini Sharma.

« La cuisine indienne est bourrée de bonnes épices comme la cannelle, le poivre noir, le curcuma. On utilise aussi beaucoup de piments », confie-t-il.

« Tout cela a un avantage considérable pour la santé. J'essaie d'utiliser autant que possible les épices disponibles sur le marché et les clients adorent les saveurs qu'elles dégagent. Le restaurant est là depuis longtemps et on essaie vraiment d’être à la hauteur de sa réputation en utilisant des ingrédients frais. »

Sharma se souvient avoir été forcé de boire du hladi dhood par ses aînés à New Delhi. Aujourd’hui, il apprécie la tradition.

« Évidemment, lorsque vous êtes jeune, mélanger le curcuma avec du lait chaud est clairement la dernière chose que vous voulez. Mais, sur le long terme, vous vous rendez compte des avantages de la boisson. Ensuite, vous n’avez qu’une envie : transmettre cette tradition à vos propres enfants », dit-il. « J'ai été en bonne santé toute ma vie. Je ne suis jamais tombé malade donc je ne vois pas pourquoi je m’arrêterais. »

Sharma montre les épices soigneusement alignées dans des bocaux de verre à l'entrée de son restaurant.

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« J'adore le Masala chai et le haldi avec du lait. C’est parfait pour le système immunitaire », ajoute-t-il. « Cela vous rend plus fort. On utilise pas mal de curcuma dans notre cuisine que ce soit indien ou pakistanais – tout a les mêmes racines. »

Un plat de bhindi masala attend sur le comptoir. Avec gombos, oignons caramélisés, piment et curcuma, ce curry végétarien est blindé d'ingrédients ayurvédiques approuvés pour combattre le rhume.

Et il a également l'air délicieux – contrairement au Fervex.