Culture

D'infinis labyrinthes de sel

Motoï Yamamoto entre en méditation zen avant de composer ses complexes installations de sel.
6.6.16
Images courtesy the artist

À Aigues-Mortes, dans le Gard, des labyrinthes de sel jonchent le sol des remparts de la vieille ville fortifiée. Motoï Yamamoto a passé près de deux jours à former de délicates installations de sel, Labyrinth et Floating Garden. Le Japonais a eu carte blanche, avec le Français Jean-Pierre Formica, pour explorer cet élément, pour une exposition intitulée « Univers’sel ». Ce dernier a quant à lui disposé et suspendu des silhouettes salines (Armée de sel et Flux et reflux) dans différentes salles des remparts.

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Yamamoto a la particularité d’utiliser la méditation dans son travail. « J’espère toujours avoir l’esprit clair quand je dessine des lignes avec du sel », dit-il à The Creators Project. « Je définis cet état de vide et de clarté d’esprit comme un moment où je me concentre uniquement sur les lignes de sel. Mon corps est directement connecté à mon esprit et mon esprit avec les lignes de sel. »

Malgré tous ses efforts, le sel reste volatile, éphémère. Si un visiteur viole la règle « Ne pas toucher », Yamamoto ne viendra pas réparer les dégâts. Tout son travail joue sur l’idée de permanence et de fugacité. Le sel est lié à la mer, d’où vient la vie, et à la préservation de la nourriture. Il est également utilisé dans de nombreux rituels funéraires. « Au Japon, après des funérailles, les participants mettent du sel sur leurs corps car il est dit que le sel a un pouvoir sacré pour purifier des péchés, pour clarifier et purifier l’esprit », explique Yamamoto. « Le sel est essentiel à la vie, il a le pouvoir mystérieux de protéger la nourriture de la décomposition et est une substance sacrée qui peut être recueillie dans l’océan ou sur terre. C’est ça le sel. »

Les œuvres de Yamamoto sont assez fascinantes à voir. On les retrouve dans de nombreux sites d’inspiration sur le web. Pourtant, chacune d’elle est liée à une tragédie. « À l’hiver 1994, ma sœur de 24 ans est morte à cause d’une tumeur cancéreuse maligne. J’ai commencé à créer pour accepter et dépasser sa mort », révèle-t-il. Il essaie ainsi différents éléments liés à la mort : la terre, le bois, le verre, le papier, etc. Il en vient au sel au bout de deux ans, imaginant un lit de mort salin. Au milieu de l’exposition, en plein air, une tempête l’emporte.

« Expérimenter la mort de ma sœur m’a enseigné qu’il y a des choses qu’on ne peut pas contrôler ou changer dans ce monde. Je pense le cycle de mon travail de la même manière », dit-il encore. Le travail de Yamamoto n’est ni monumental ni mémorial mais témoigne du caractère éphémère des choses. « Mon travail existe pour accepter la perte ; l’acceptation afin de surpasser la douleur de la perte. Rien ne dure dans ce monde. Même les étoiles dans le ciel. Nous avons tendance à oublier que tout change en permanence, mes installations sont là pour rappeler cette notion de changement permanent. »

Motoï Yamamoto, Labyrinth, 2016, Porte du Moulin, Aigues-Mortes.

« Univers’sel » est à voir aux Remparts d’Aigues-Mortes jusqu’au 30 novembre 2016. Cliquez ici pour en savoir plus sur Motoï Yamamoto.