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Avec ceux qui arrêtent le sexe pour retrouver l'amour

Pour certains, « discuter toute la nuit » n'est pas un rendez-vous Tinder désastreux.

par Maria Yagoda
02 Février 2017, 5:00am

Illustration par GRACE WILSON

Depuis des milliers d'années, l'abstinence sexuelle est louée par de nombreux philosophes, écrivains, artistes, papes – et par tout un tas d'autres personnes plus ou moins privées de stupre. Au IIIe siècle avant Jésus-Christ, les Stoïciens et les Épicuriens considéraient la passion sexuelle comme irrationnelle – une sorte de maladie menaçant l'équilibre entre l'âme et le corps. Épicure lui-même aurait déclaré que « les relations sexuelles n'ont jamais aidé personne ».

Le truc, c'est que le sexe est une occupation très agréable la plupart du temps.

C'est bien là que réside le problème. De par son côté agréable – voire plus – le sexe est susceptible de dissimuler bien des choses, de brouiller des sentiments, de mettre à mal des amitiés, d'obnubiler des individus au demeurant équilibrés. Si bien qu'aujourd'hui, à l'heure de la contraception généralisée, certains en arrivent à y renoncer pour purger leur âme et repartir de l'avant.

C'est ce que l'on appelle une « sex detox ». L'essence même d'un tel programme est de se recentrer en éliminant la distraction du sexe – et, surtout, toutes les foutaises sociétales qui vont avec et que l'on nous vend à longueur de journée. La théorie veut que vous puissiez ensuite être plus à même de savoir ce que vous désirez vraiment. Prenons l'exemple d'un homme qui enchaîne les relations de longue durée. Un jour, il décide de faire une pause dans sa sexualité pour mieux réfléchir à ce qu'il désire vraiment. Au final, peut-être se remettra-t-il en couple, ou peut-être achètera-t-il un plug anal avant se lancer dans le krav-maga. L'important est avant tout de s'arrêter et de reculer – pour mieux sauter. 

Cette histoire est celle de Tom Young, un scénariste ouvertement gay qui s'est abstenu sexuellement tout au long de l'année 2016 afin « d'évaluer ses attentes et ses besoins, sans que le sexe ne vienne perturber [son] jugement ».

En 2013, mon colocataire affirmait qu'il était plus intéressé par une femme sur le long terme s'ils ne faisaient pas l'amour immédiatement. J'ai grimacé lorsqu'il a dit ça. Qui peut bien croire une chose pareille ? Si deux adultes consentants veulent faire l'amour, doivent-ils vraiment s'en empêcher pour le compte d'un hypothétique futur ? Je n'y croyais pas, mais plusieurs années après, ses mots résonnent dans ma tête. Je couche encore avec les gens quand j'en ai envie, mais les relations satisfaisantes se font de plus en plus rares. Le sexe sabote-t-il mes relations ?

Photo by Simone Bicchetti via Stocksy


Le docteur Megan Fleming, psychologue clinicienne et sexologue, explique que la désintoxication sexuelle peut aider des gens à comprendre pourquoi leurs rendez-vous sont toujours un désastre. « Si quelqu'un est plus intéressé par le sexe que par une relation, ou bien qu'il considère le sexe comme la première étape avant une relation, il serait peut-être judicieux pour cette personne de réfléchir autrement, dit-elle. Il est essentiel de toujours comprendre d'où vient tel ou tel comportement. Avez-vous l'impression que quelque chose cloche ? Dans ce cas, il faut prendre du recul et réfléchir. »

Pour autant, le docteur Fleming ne recommande pas un arrêt total de la sexualité, dans la mesure où elle défend la masturbation pendant l'abstinence. « Si vous n'avez pas une libido énorme, n'hésitez pas à explorer votre corps quand vous êtes seul, conseille-t-elle. Si vous ne faites pas ça, il sera plus difficile pour vous de revenir dans le coup. »

Si Tom Young n'a pas encore trouvé son âme sœur, il affirme en avoir beaucoup appris sur lui-même et sur ce qu'il recherche chez un partenaire potentiel. 

« Je ne sais toujours pas vraiment comment gérer le sexe mais j'ai appris à mieux me protéger émotionnellement, écrit-il. La clé reste la communication avec son partenaire afin d'être sur la même longueur d'onde. »

« Je faisais souvent l'amour non pas parce que j'en avais envie mais parce que je m'ennuyais et que je cherchais un peu de distraction. » – Molly Soda

Et il n'est pas le seul à avoir pris une telle décision. L'artiste Molly Soda ne considérait pas le sexe comme un vice, mais ça ne l'a pas empêchée de tirer un trait sur celui-ci au cours de l'année 2016. Conséquence directe de cet arrêt, elle avait plus de temps pour penser à elle. De plus, ses relations avec les femmes de son entourage se sont renforcées. « Quand vous appartenez à un cercle, il y a beaucoup de non-dits, rappelle-t-elle. Tout le monde couche avec tout le monde. Je pense qu'il y a une compétition non avouée entre les gens lorsqu'il s'agit de sexe sans lendemain. »

Plus important encore, Molly Soda a compris que le sexe n'était pas un simple passe-temps à ses yeux. 

« Nous supposons trop souvent que le sexe est un truc lambda et nous gardons donc nos sentiments pour nous. Personnellement, je faisais souvent l'amour non pas parce que j'en avais envie mais parce que je m'ennuyais et que je cherchais un peu de distraction. »

Molly poursuit et me précise qu'au cours de son année de célibat, elle a fini par ne plus avoir besoin de coucher avec quelqu'un pour se sentir connectée. Elle a appris à passer des nuits à discuter. Maintenant que sa confiance est revenue, elle se sent prête pour de nouvelles rencontres. Elle a d'ailleurs réactivé son profil Tinder.

« Je vais coucher avec quelqu'un. Ce n'est plus qu'une question de temps. »