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Les guides féminins pour « réussir vos vacances » sont un ramassis de conneries

« Pimentez votre couple », « ne lésinez pas sur le sport », « oubliez vos soucis » – en gros, tout ce que vous ne ferez jamais.

par Judith Duportail
16 Août 2016, 5:00am

Image : Cosmopolitan

Si l'on écoute ses proches, sa famille et surtout, les magazines féminins, on n'a pas le choix : il faut absolument réussir ses vacances – si toutefois vous faites partie des 60% de Français qui ont les moyens de partir.

Pourtant, ne croyez pas que ces quelques semaines de liberté pour lesquelles vous en avez bavé toute l'année en soient réellement. C'est même tout l'inverse. Parce que c'est la grosse pression. Tout le monde vous attend au tournant, surtout vos amis, c'est pourquoi il ne faut pas vous louper et surtout, il faut le faire savoir. Sinon, il faudra de fait attendre l'été suivant – douze mois, ce qui est beaucoup – pour avoir le droit à nouveau d'inonder le newsfeed des autres de photos hurlant tout en subtilité : « Ma vie, telle que vous la voyez, est objectivement géniale ! »

Et pour ne pas se planter, il y a une marche à suivre. Un guide plus ou moins tacite, plus ou moins respecté, mais qui façonne pourtant ce que sont censées êtres « de bonnes vacances » pour la classe moyenne occidentale. Celui-ci se trouve dans les bons vieux magazines féminins, les sites à clickbait, les blogs de jeunes filles payées des sommes colossales pour porter des vêtements de luxe et quelques comptes Instagram d'adorables névrosé(e)s tentant désespérément de museler leur haine d'eux-mêmes en collectionnant les likes. En gros, un peu partout on vous explique comment passer des bonnes vacances authentifiées par les bonnes gens.

Mais le truc indubitable, c'est que l'on vous raconte en réalité de sacrées conneries. Car il est impossible de maigrir, de baiser, de bien bouffer et d'être curieux de toutes les coutumes des pays et régions que vous visitez sans une sacrée dose de mauvaise foi, ou tout simplement d'impossibilité pratique. Pourtant, tout le monde fait comme si. « Mes vacances ne seront réussies qu'à partir du moment où j'aurais visité cet endroit positivement chiant, non sans au préalable en avoir averti tous mes amis d'Internet ! »

Ceci est un condensé de toutes ces choses que vous devez faire, que vous ne ferez pas.

« Mangez léger, faites le plein de vitamines ! »

Ce que ça dit : Il faut vous rendre à l'évidence les filles : vous êtes grosses, comme en attestent les « trois petits kilos de trop » que vous n'avez pas réussi à perdre avant votre départ. Vous débarquez donc sur la zone de vacances mi-coupable mi-honteuse à la simple idée d'ébrouer votre cellulite dans les vagues. Mais heureusement, le monde a prévu une épreuve de rattrapage pour les perdantes comme vous : la détox sur site.

Les recommandations : Faites le plein de vitamines. En gros : ne mangez que des trucs moyennement bons mais frais, en veillant à chaque fois à ne pas ajouter trop d'huile d'olive par-dessus. Dans les faits, cela se traduit par des repas style salade avocat-pamplemousse, filet de poisson grillé ou des trucs vraiment sordides du type : une salade sur le pouce ! Parce que oui, on vous dit aussi ce que vous devez manger, car on pense, non, on sait que vous êtes de toute façon incapable d'écouter vos propres sensations pour prendre ce type de décision.

Ce que ça dit en vrai : Ne mangez rien du tout. À la place, gavez-vous soigneusement de toutes les drogues récréatives que vous trouverez sur votre chemin. Un autre genre de vitamines – LOL ! Ces dernières auront l'immense avantage de vous couper la faim ET de vous défoncer la gueule, et avec un peu de chance vous risquez même vous croire hyper bonnasse. Quant aux cinq prochaines années que vous vous apprêtez à passer à fixer une fissure sur un mur dans un hôpital psychiatrique, c'est le jeu hé, who cares ? On est en vac-an-ces, on pense au présent. Et puis à quoi sert une cloison nasale si on peut avoir un tight-gap ?

Est-ce faisable : Absolument pas. Les vacances demeurent ce moment privilégié où sont recommandés les restaurants, les bières tous les soirs et les chips tout le temps.

Image via le magazine Elle.

« Faites le plein de rires avec vos amis ! »

Ce que ça dit : Les amis, comme vous le savez, c'est la famille qu'on se choisit. Et tous, je dis bien tous, sont adorables, puisque ce sont vos amis. C'est avec eux que vous avez des crises de rires et rire, ça fait du bien. C'est rien ces petites embrouilles de rien du tout de vacances, c'est ça la vie en collectivité parce qu'au final hein, qu'est-ce qu'on se marre ! Et le rire, c'est génial.

Les recommandations : Pas grave du tout cette seule voiture pour quatre adultes avec des envies différentes, ou cette petite tasse à café, oubliée là, dans la salle de bains, qui commence à se recouvrir d'une fine couche de moisi verte et dont personne ne semble se préoccuper. Rien du tout non plus cette micro-humiliation d'être le seul célibataire qui tous les ans dort sur le canapé parce que les chambres sont – je rappelle que ce sont vos amis, avec lesquels vous riez tant ! – réservées aux couples, on prend sur soi – comment, avec le rire ! Pas un souci du tout d'avancer les courses et de devoir mendier pour qu'on vous rembourse, oh celle-là là-bas, qui se prépare comme si on avait tout le temps alors que non on n'a pas du tout le temps, non non, pas de stress, prends ton temps ma belle, et cette fille que ton pote a invitée parce que ça fait des mois qu'il se branle en chialant et en pensant à elle (à la fois) et pendant ce temps elle qui se tape le seul mec qui s'en fout d'elle, ça fait du ragot, c'est rigolo, comme cet autre mec qui n'a pas fait une seule vaisselle et qui te prend en photo quand toi t'as l'eau croupie de l'évier jusqu'au coude parce qu'il y a un bout de pâté de tête coincé dans le siphon, non, non, pensez-vous, c'est génial les vacances en groupe, et surtout, c'est marrant. Et ce qui est marrant est bon pour la santé. Ce qui est marrant aussi.

Ce que ça dit en vrai : Vous vous féliciterez chaque soir d'être capable d'avoir autant envie d'assassiner quelqu'un froidement dans son sommeil et de parvenir à lui passer le café tous les matins matin en lui souriant. Ce n'est pas de l'hypocrisie, c'est ce qui vous différencie d'un psychopathe.

Est-ce faisable : Totalement les trois premiers jours, puis ça devient difficile la semaine suivante. Insurmontable et potentiellement dangereux – pour votre amitié, votre santé mentale et votre idée du rire en général – après dix jours.

« Faites du sport ! »

Ce que ça dit : Vous êtes fainéantes, et grosses. Mais il n'y a personne pour vous voir peiner poussivement lors de votre jogging, à mille kilomètres de chez vous. Et vous êtes vraiment grosse donc, profitez-en pour vous activer.

Les recommandations : À vous les séances de running endiablées au lever du soleil pieds nus dans le sable, avant de déguster un délicieux smoothie aux orties (cf. Mangez léger !) en rêvant de vraie nourriture consistante ! Magnifique aussi cette séance de s tand-up paddle dont vous êtes revenue transformée en coup de soleil géant ! Génial cette sortie en mer où vous n'avez pas nagé (il s'agissait d'une sortie encadrée) et d'où vous êtes revenue avec une méduse dans le soutif ! Ça fait des souvenirs ! (cf. Riez !)

Ce que ça dit en vrai : Si vous vivez dans une société qui vous insulte en permanence, c'est bien parce que c'est vous le problème.

Est-ce faisable : Parlons vrai. Putain, qui diable veut faire du sport en vacances ? Les congés payés ont été imaginés pour tirer un trait momentané sur les concepts d'effort et de rigueur. Et puis, vous croyez qu'on ne lit pas clair dans votre jeu le reste de l'année ? Tout le monde sait que votre soudaine passion pour le running est avant tout un prétexte pour vous envoyer chaque semaine une personne différente de votre groupe Boost dans le placard où vous laissez traîner des sacs Hershel. Le groupe Boost > Les Chandelles > Tinder > La vie sexuelle avant Internet.

Image via le magazine Grazia.

« Déconnectez ! »

Ce que ça dit : Internet c'est génial et tout le monde est pour, mais ça cause aussi des crises d'angoisse monumentales, des dépressions carabinées et à l'échelle globale, un affaissement général de la mémoire et de l'intelligence.

Les recommandations : Oubliez le boulot, ne vous connectez pas à Internet pour répondre à vos e-mails de boulot, oubliez votre boss, diminuez votre consommation d'Internet, oubliez toute notion de décence.

Ce que ça dit en vrai : Sachez-le, la personne qui vous conseille de déconnecter pendant les vacances est avant tout quelqu'un qui veut vous siphonner vos followers . Car les vacances sont un nid à profil pictures, à record de likes, à posts qui vont faire délicieusement mal à votre ex qui stalke encore votre profil de temps à autre. C'est pourquoi n'écoutez jamais celui ou celle qui vous conseille de « lâcher votre smartphone », car au contraire, c'est le moment de bombarder. Faites-vous plaisir, soyez lourdes et revendiquez-le, à base de gros contre-jour qui vous donne l'air trop belle, lipstick rouge sang qui planque l'herpès que vous avez chopé avec les monos UCPA, potentielles pics dans la bonne pose vulgaire en maillot de bain – tout est permis. D'ailleurs les vacances ne devraient pas s'appeler vacances, parce que ce n'en est clairement pas. C'est un authentique budget profil pic, un investissement pour gagner votre place dans la jungle sociale. Parce qu'en effet, c'est un sacré taf que d'exister.

Est-ce faisable : Objectivement oui, à ceci près que personne ne doit le faire pour ne pas tomber dans un abîme de dépression causée par le manque de relations sociales et/ou de fun.

« Pimentez votre sexualité ! »

Ce que ça dit : Baisez avec n'importe qui et n'importe comment si vous êtes célibataire. Faites des trucs plus crados avec votre partenaire en espérant que ça ne devienne pas trop embarrassant non plus si vous êtes en couple.

Les recommandations : Essayer de recréer l'intimité, resserrer les liens, se retrouver, faire de « nouvelles expériences», soit autant d'euphémismes maladroits pour dire : baiser. Quoi que vous fassiez déjà avec vos parties génitales, votre bouche, vos mains et celles des autres, il faut que vous le fassiez plus – et surtout, mieux. La manière de le dire compte : il faut « pimenter» votre vie sexuelle, c'est-à-dire l'arroser de harissa. Impossible en conséquence de vous en sortir avec une petite branlette paresseuse devant les JO. Pas très tabasco comme mode de vie. Comme le dit si joliment Elle, il va au contraire falloir profiter de vos siestes pour tailler des pipes en porte-jarretelles parce que n'est-ce pas, ça tient à cela le ciment du couple. Ou genre, rouler salement des pelles à une meuf pour le délire au feu d'artifice du 15 août. Pimenter quoi, se lancer dans un plan à trois avec les moniteurs (mais le dernier soir, parce qu'avant ça fait salope).

Ce que ça dit en vrai : Que les gens nés entre 1982 et 1992 n'ont jamais eu de chance. Dans la grande histoire de la révolution sexuelle, notre génération se coltine le moment où pour être transgressif, il faut au contraire revendiquer son droit au missionnaire relou, à l'étoile de mer et à l'orgasme feint, à la demi-molle, à la baise moyenne, strictement utilitaire et crise oblige, aux vacances de toute façon ratées sous la pluie dans une banlieue résidentielle.

Est-ce faisable : On vous laisse choisir. Bingez-vous la tronche au libre arbitre et foirez bien vos vacances si c'est votre kiff. Décidez pour vous, bouffez et baisez qui vous voulez, ne demandez l'autorisation de personne. Parce que le monde est ta bitch, meuf, et ça commence tout de suite.

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