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Avec les Kamakis grecs qui passaient leur temps à draguer des étrangères

Dans les années 1970, les filles occidentales affluaient vers la Grèce afin de satisfaire leurs pulsions sexuelles.

par George Pratanos; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
06 Juillet 2016, 5:00am

Cheveux longs, hirsutes et gras, moustaches touffues, chemises en soie déboutonnées sur des torses poilus, chaînes en or. Ce n'est sûrement pas la manière dont les Grecs souhaitent être perçus par le reste du monde – mais dans les années 1970 et 1980, c'est probablement ainsi qu'un étranger aurait décrit un Grec.

Les hommes qui ont popularisé cet archétype s'appelaient les « kamakis » – un mot d'argot grec pour désigner les locaux qui passaient leur temps à draguer des filles du monde entier dans les coins touristiques. À l'époque, embrasser une Grecque revenait à lui demander sa main, ce qui n'était pas le cas des Anglaises et des Scandinaves en vacances.

Avant la dictature des colonels entre 1967 et 1974, la mer, le soleil et le sable couvert de corps à moitié nus constituaient un cadre unique et ont relancé le tourisme. La révolution sexuelle avait émergé en Occident et les jeunes de cette partie du monde venaient en Grèce dans le but d'y passer un été torride.

« Médecins, avocats, maçons – tous les jeunes hommes de ma génération étaient des kamakis. À l'époque, les filles grecques ne sortaient pas vraiment », m'a expliqué John Klouvas, l'un des kamakis les plus populaires, la dernière fois que j'ai visité l'île de Rhodes – où il vit. « Nous étions assoiffés de sexe et le SIDA n'existait pas. C'est grâce à ces filles étrangères que nous sommes devenus adultes. Les filles grecques n'aspiraient qu'à se marier. Tous mes amis ont fini par épouser des étrangères. »

Nombre de filles occidentales ont vite réalisé qu'elles pouvaient satisfaire leurs pulsions sexuelles en Grèce. En revanche, selon Kouvlas, les touristes masculins n'avaient aucune chance avec les filles grecques, et ce, pour une raison très simple :

« Un Européen avait besoin de siffler trois ou quatre verres avant d'oser aborder une femme. Alors que nous, nous étions des Méditerranéens fougueux et audacieux. Nous n'avions pas besoin d'alcool. Nous allions droit au but et les femmes étaient flattées. De toute manière, nous n'aurions pas eu beaucoup de succès si nous sentions l' alcool. »

George Evgenikos, homme d'affaires qui vit aujourd'hui à Rhodes, se souvient bien de cette époque :

« Je traînais sur la plage avec un ami. Il m'a montré une Suédoise vraiment belle. J'ai eu un rencard avec elle le soir même. Mais je ne pouvais pas lui faire l'amour, donc je l'ai présentée à un de mes amis, qui lui aussi l'a trouvée magnifique. Je lui ai demandé s'il avait déjà eu des relations sexuelles et il m'a répondu que non. Je lui ai demandé s'il aimerait en avoir ce soir, et bien sûr, il a répondu que oui. J'ai dit à la fille que je ne pouvais pas lui faire l'amour, mais que mon pote était partant. C'est comme ça qu'il a perdu sa virginité. »

Il va sans dire que rien n'était laissé au hasard – les kamakis étaient très bien organisés et déployaient des stratagèmes dignes des pick-up artists les plus infâmes.

« C'est toujours le "mec principal"– celui qui parlait plusieurs langues et qui savait aborder les femmes – qui faisait le premier pas. Puis, les suivants faisaient leur entrée et choisissaient les moins jolies filles, histoire que personne ne soit lésé à l'heure du coucher. Une fois que le mec principal était lassé de la fille, après quelques jours, un autre mec du groupe prenait la relève et la consolait. »

« Nous avions également plus d'un tour dans notre sac », déclare Klouvas. « Par exemple, certains kamakis portaient des badges de compagnie aérienne sur leur chemise et prétendaient être pilotes. Ils accrochaient un uniforme de pilote sur la porte du salon quand ils ramenaient des filles chez eux. Ils pensaient que les filles étaient attirées par les pilotes – je pense qu'ils n'avaient pas tort. »

« La ruse la plus courante était de jouer au volley sur la plage et de lancer la balle en direction des filles qui nous plaisaient. Nous choisissions toujours celles à la peau blanche nacrée – c'était le seul moyen d'être sûr qu'elles étaient des touristes. »

« Certains kamakis couraient uniquement après les femmes âgées, plaisante Evgenikos. Nous les appelions les "éboueurs". Ils ne parlaient pas très bien anglais, n'aimaient pas prendre de risques et se rabattaient tous les soirs sur les filles qui n'avaient pas trouvé preneur. »

À ce moment-là, Klouvas baissa les yeux. « Ne qualifiez pas trop vite les kamakis de connards sordides, déclare-t-il. Nous avons joué un rôle important dans l'industrie touristique. Nous avons créé des liens avec les étrangères. Beaucoup de familles anglaises et scandinaves allaient et venaient en Grèce à cause de leurs filles. Elles ramenaient leurs amis et leurs proches. Les bars étaient toujours pleins et tout le monde dansait – surtout sur Boney M. »

Tous deux s'accordent à dire que cette institution du tourisme grec est loin d'être morte : « Je tiens un bar où traînent 15 à 20 kamakis, déclare Klouvas. Bien sûr, ils sont tous à la retraite, un peu usés par la vie, mais de toute façon, les femmes qui viennent ici sont pareilles. En ce moment, il y a plus de filles russes que scandinaves, mais dans des circonstances idéales, tout peut arriver. Le mouvement kamaki n'a jamais cessé d'exister, il est juste passé de mode ».

« Comment ça se fait ? », ai-je demandé. Est-ce parce que la libération sexuelle a laissé place à la privation sexuelle ? »

« En fait, les filles grecques sont "plus faciles"que les touristes, désormais, explique Evgenikos. Au moins, les touristes qui décident de coucher avec vous le font parce que vous leur plaisez vraiment –les filles grecques ne savent même pas pourquoi elles font ce qu'elles font la plupart du temps. »

Les comparaisons semblent inévitables : « Il est clair qu'aujourd'hui, les hommes s'habillent mieux. À l'époque, nous étions fauchés, mais bien plus virils. Cette masculinité qui alimentait notre soif de femmes a en quelque sorte disparu. Peut-être que je suis trop vieux, mais avant, quand vous aviez une conquête, vous l'emmeniez faire une promenade pour la montrer à vos amis », poursuit Klouvas.

« J'ai rencontré ma femme à cause d'un pari, se souvient Evgenikos. J'étais barman dans un club appelé "Embassy". Ma future femme et trois autres Suédoises sont entrées. J'ai parié à mon pote que j'allais sortir avec elle. Je l'ai abordée et nous avons prévu de nous voir le lendemain. Finalement, elle m'a posé un lapin et j'ai perdu le pari. »

« Un an après, alors que je bossais comme responsable de magasin, une magnifique Suédoise blonde m'a abordé. C'était la même fille, mais je ne l'ai pas reconnue –elle était devenue encore plus belle. Nous sommes sortis ensemble le lendemain soir. Peu de temps après, elle est repartie en Suède et je l'ai suivie. »

John Klouvas a épousé une Finlandaise. « Tous mes amis se sont mariés avec des étrangères. Il faut reconnaître que certains d'entre eux ont divorcé et se sont remariés avec des Grecques – leurs relations avec les femmes suédoises, en particulier, n'ont pas duré longtemps. Peut-être que les tempéraments grec et suédois ne font pas bon ménage. »

@gpratanos