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Le catch, c'est du bidon

Difficile d'expliquer aux fans de catch qu'en réalité, c'est que du pipeau
26 avril 2012, 10:30am

Quand j’étais gosse, j’adorais le catch. J’attrapais mon petit frère, et j’essayais sur lui toutes les techniques que je venais de voir à la télévision. J'adorais le balancer contre les meubles jusqu’à ce que le canapé se casse, que quelqu’un saigne ou bien que ma mère nous attrape et nous flanque une dérouillée à chacun de nous – moi pour l’avoir projeté sur le canapé, lui pour s’être fait projeter.

Mais on a arrêté de se battre. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’on s’est rendu compte d’une chose essentielle : que le catch, c’est du bidon.

Le 16 et 17 avril dernier, le WWE Wrestlemania Revenge Tour est passé par Londres. Armé d’un certain sens du devoir, ou d’une aigreur toute raisonnable – de celle qui vient quand les illusions d’enfance disparaissent – je suis allé à l’O2 Arena pour arroser de mon cynisme d’adulte les gens venus passer une soirée pleine de fausse violence. Parce qu'en fait, personne n’a jamais dit à ces débiles que le catch, c’est du pipeau.

Les premières personnes auxquelles j’ai parlé s'appelaient Tim, Carl, Ben et John (du troisième en partant de la gauche jusqu’à la droite, les deux autres types étant juste là pour tenir les pancartes). Je leur ai demandé ce que « WOO WOO WOO YOU KNOW IT ! » pouvait bien signifier, et il m’ont répondu que c’était le cri de ralliement d’un catcheur appelé Zack Ryder. « C’est le meilleur ! » m’ont-ils assuré. J’ai trouvé votre enthousiasme vraiment attachant les gars, mais je sais pas, un mec qui se ramène en criant « WOO WOO WOO », ça sonne pas super viril, c'est même plutôt un truc de gros bébé qui pleure en attendant un truc que ses parents finiront par lui acheter.

Voici Amy et Stuart, ils sont frère et sœur, et leur passion pour le catch remonte à la petite enfance. Naturellement, je leur ai demandé s’ils savaient que le catch, c'était pour de faux. Ça a  légèrement énervé Stuart. « Comment ça c’est pas du vrai ? Certes, l’issue du combat est prédéterminée, mais les blessures sont vraies. Personne ne s’entraine à tomber d’une échelle de 10 mètres. Personne ne s’entraine non plus à se blesser ! »

Depuis la nuit des temps – ou plutôt, depuis la fin des années 1970 – l'argument « c’est pour de faux, mais ils se font vraiment mal ! » est la meilleure façon de crédibiliser ce sport où il est pourtant surtout question de porter un slip et une coupe de cheveux ridicule.

Ces gamins étaient super sympa. Avec leurs bonnes bouilles et leurs fringues achetées dans le catalogue La Redoute, ils me rappelaient mon frère et moi, quand nous coulions des jours heureux, avant que je découvre que le monde entier n’était qu’un tissu de mensonges (c'est leur père au milieu). Ils avaient pour héros un catcheur répondant au nom de Daniel Bryan. « Tu sais pas qui est Daniel Bryan ? » m’ont-ils demandé. « C’est une légende. Une légende vegan. »

Le catch a dû bien changer depuis ma jeunesse. « Stone Cold » Steve Austin n’aurait pas toléré un catcheur vegan. The Brood, cette bande de catcheurs qui s’amusaient à boire du sang sur le ring, non plus. En plus, c’est quoi cette nouvelle passion pour le gel dans les cheveux ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Alex et son pote m’ont avoué qu’ils s’étaient coiffé à la Zack Ryder, le même bro que les mecs avec les panneaux en carton à l’entrée avaient l'air de vénérer. Mais qui peut bien être cet enfoiré de Ryder ?

Hé, attendez, le voilà !

Oli, 24 ans (à gauche) et Ryan (Alias Zack Ryder), 27 ans.

**Oli : **[_tout excité_] Demande-lui de te parler de Zack Ryder.

VICE : Qu’est-ce que tu penses de Zack Ryder ?

**Ryan : **[prenant un faux accent américain chelou_] Il est incroyable, _bro !

C’est en lui que tu es déguisé ?

[ne comprend pas la question_] _Ouais, bro ?

Qu’est-ce qui se passe quand on scanne le code QR collé sur ton zgueg ?

Mets-toi à genoux et tu verras. Sérieux, bro !

Non merci.

Tu connais cette fille ?

Non.

Vous avez du succès avec les filles ?

**Oli : **[_pendant que Ryan se fait prendre en photo avec une autre pépée_] Oui, pas mal, ça marche bien. Mais pas mal de mecs aussi.

Tu peux m'expliquer ce que le catcheur en qui tu es déguisé raconte aux nanas ?

**Ryan : **[_Hurlant_] WOO WOO WOO !

Tu sais que le catch, c’est du bidon ?

[_toujours avec son faux accent américain_] « Chorégraphié », plutôt.

Non.

Chorégraphié, plutôt.

Comme Laguna Beach ?

Non, si t’avais pratiqué un peu tu saurais que les mecs se cassent toujours quelque chose. J’en ai fait deux ans, et j’ai dû arrêter parce que je suis pas assez balèze.

J’en ai fait aussi. En fait, j’en faisais assez régulièrement... Attends un peu, tu portes des bottes en caoutchouc ?

Oui.

Ces deux joyeux lurons venaient d'acheter leur ceinture sur internet. Apparemment, celle que tient Hassan (à droite) n’est plus sur le marché, il a donc dû dépenser plus de 300 euros sur eBay juste pour choper la plaque, et ensuite la faire monter sur une vraie ceinture en cuir pour 180 euros de plus. À côté, celle de Nathan fait pâle figure, vu qu’elle ne lui a couté que 280 euros. Cependant, il m’a assuré qu’il allait la faire rénover bientôt pour la faire trôner dans son salon, dans le présentoir en verre où il range sa collection. Dans sa vie, Hassan reconnaît avoir dépensé 2500 euros en ceintures de catch, tandis que ce petit bras de Nathan a estimé son œuvre à « environ 1800 euros. »

Je ne comprends pas comment les gens peuvent dépenser des fortunes en accessoires inutiles qu’ils ne porteront au maximum que trois fois dans l’année. Mais il faut dire aussi que je ne fais pas partie de la classe socio-culturelle des porteurs de casquette à filet.

Comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, ces deux types sont des fans inconditionnels de « CM Punk », qui, contrairement à ce que l’on peut penser, n’est pas un nouveau genre de musique, mais un catcheur plutôt costaud qui se revendique contre toute attente 100% straight edge. Daniel (à gauche), qui lui aussi en est, m’a expliqué que CM Punk était le héros dont les gens qui n’aiment pas s’amuser avaient besoin dans le monde de l’entertainment à gros budget, même s’il n’est pas aussi real que, par exemple, un groupe comme Fugazi.

« Il se dit straight edge, mais peut-être qu’il joue juste un rôle, comme dans Plus Belle La Vie. » J’espère que CM Punk apprécie le fait que ses fans soient prêts à se compromettre moralement pour lui, mais il doit probablement être trop occupé à s’envoyer du sirop d'hormones avec les groupies de la WWE pour en avoir quelque chose à foutre.

Finalement, alors que tout le monde commençait à rentrer dans le stade, j’ai rencontré Tom (à gauche), un professeur d’EPS de 24 ans et son pote Chris, 25 ans, patron de bar. C’était leur premier tournoi de catch, et d’habitude, ils sortent là où la plupart des jeunes qui portent des doudounes sans manches sortent, à savoir « en boîte, dans les stades de rugby, dans les festivals, ce genre de trucs. »

Qu’est-ce qui a bien pu amener ces deux types vers le catch ? « Au catch, y’a plus de gonzesses ! » m’a expliqué Chris. « Un tournoi de catch féminin, ce serait terrible ! »

Et un match de rugby féminin ? Paieraient-ils pour voir ça ?

« Tout dépend de leurs uniformes, » nous a expliqué Tom. « Mais perso, ça me ferait kiffer ! »

« Du Touche rugby ! » s'est écrié Chris.

« Du Touche pipi rugby ! » a répondu Tom.

« Du Touche moi la chatte Rugby ! »  a hurlé Chris.

Ils se sont par la suite mis à gueuler «Yeeeehaaah ! » avant d'échanger un high five de tous les dangers.

En dépit des efforts de lourdeurs de nos deux joyeux déconneurs, j’ai appris que les fans de catch ne méritaient pas tout le mépris que je leur concédais jusqu'alors. Bien sûr, je ne pourrai jamais prendre au sérieux des mecs qui aiment regarder d’autres mecs plus musclés faire semblant de se foutre sur la gueule, mais ces gentils afficionados de le WWE ne diffèrent, au fond, pas tant que ça des autres fanatiques à grosses couilles que sont les supporters de foot.

De fait, leur passion pour le divertissement sportif a réveillé quelque chose qui sommeillait en moi depuis des années. Peut-être bien – je dis bien peut-être – que ça pourrait ranimer la flamme qui m’habitait lorsque je balançais mon petit frère encore et encore sur le coin de la table du salon et qu'il rebondissait dessus en crachant du sang.