Vice: Hé Rob, devine quoi ? Tu es notre employé du mois ! Rob Pruitt : [rires] C'est un honneur. Je ne sais pas du tout comment c'est arrivé. Je pensais que mes nombreuses pauses café m'auraient disqualifié.
Rob Pruitt, Exquisite Self-Portrait: The Artist, 2010, sérigraphie sur canevas, 214 x 160 cm.Vice: Hé Rob, devine quoi ? Tu es notre employé du mois !Rob Pruitt : [rires]C’est un honneur. Je ne sais pas du tout comment c’est arrivé. Je pensais que mes nombreuses pauses café m’auraient disqualifié.C’est quand même toi qui as fait la jolie peinture qui orne notre couverture.Je me suis inspiré des motifs traditionnels amish que l’on appelle
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windowpane, que je trouve marrants parce que ça crée un effet d’optique qui donne l’illusion de regarder une série de fenêtres en 3D. Je pense qu’ils ne se sont pas rendu compte que c’est aussi un nom donné à un certain type d’acides. Ça me rappelle une friperie de North Folk, à Long Island, où j’habitais avec Jonathan [Horowitz, le copain de Rob qui est également artiste]. C’était juste en bas d’une église, et ça s’appelait le Glory Hole.Sérieux ?C’était impossible de passer à côté sans rire en pensant aux petites vieilles qui ne s’étaient pas aperçues du nom qu’elles avaient donné à leur boutique. Bien évidemment, elles ont dû innocemment penser à la gloire de Dieu et à la taille minuscule de leur magasin. Et ça fait dix ans que c’est comme ça.Je n’arrive pas à croire que personne ne leur ait dit.Je sais. Il y aurait une option tout à fait envisageable, c’est de leur envoyer une lettre anonyme qui dirait : « Chères Mesdames, il faudrait peut-être reconsidérer ce détail. »Ta peinture est basée sur un motif amish en particulier ?Oui mais quand j’ai fait cette série, j’ai joué avec les proportions, et pour celle-ci j’ai diminué la taille de la grille. J’ai pensé qu’il serait intéressant de la faire ressembler à un clavier d’ordinateur.Et les couleurs que tu as utilisées sont bien plus vives que celles d’origine.En effet. J’ai utilisé des bombes de peinture Montana Gold. La marque est fabriquée pour les graffeurs, elle offre une vaste gamme de couleurs. Les motifs amish sont créés à partir de vêtements recyclés, donc en général il s’agit de couleurs assez ternes.
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Ta dernière exposition, qui était présentée en même temps à Gavin Brown et Maccarone, est librement inspirée du Rumspringa, un rite de passage où les adolescents amish peuvent quitter leur communauté pour faire la fête. Il ont ensuite le choix entre adopter leur nouveau mode de vie occidental ou rentrer au bercail.Ça faisait un moment que ça me trottait dans la tête, depuis que j’ai vuDevil’s Playground, un documentaire sur le Rumspringa. C’était également cohérent avec ma propre histoire. Il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé un travail qui s’appelaitArtworks for Teenage Boys, et ça fait un moment que je réfléchis aux problèmes qu’entraîne la rébellion adolescente. Tu vois, ces peintures de motifs sont toutes faites par des grands-mères tranquillement assises sur leur chaise. C’était un drôle de fantasme pour moi de m’imaginer donner du matériel à des enfants défoncés à la crystal meth et de voir ce qu’ils feraient de cette partie de leur riche tradition, quels genres de motifs ils pourraient peindre dans leur période d’abandon.Celle que tu as faite est un peu comme ça, très vive et colorée.Oui, et surchargée, avec des proportions altérées. Au lieu de passer un an à la faire, celle-ci a été réalisée en une journée avec des pochoirs et une bombe.C’est comme ça que tu procèdes ? Tes peintures sont immenses, elles font plus de deux mètres.C’est très long de découper 1 000 petits morceaux de carton, mais une fois que les pochoirs sont finis, tout va très vite.
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Dans une interview, j’ai lu que tu pensais qu’être artiste équivalait à être constamment en Rumspringa.Oui, c’est vrai, surtout dans mon cas. Vingt-huit ans après, je suis toujours ravi de l’excellente décision que j’ai prise de ne pas être employé de bureau.C’est une très bonne décision.Chaque jour est une nouvelle opportunité de faire ce que je désire. Je n’ai pas à obéir à qui que ce soit, et c’est comme une expérimentation constante. Ça n’a pas qu’à voir avec la prise de drogues et l’abandon sexuel.Ah non ?Oui et non. [rires] Je parlais surtout d’expérimentation créative. Tu sais, je peux faire table rase à tout moment si je le désire. C’est génial comme sentiment.Si tu avais été élevé par des Amish, tu serais revenu après le Rumspringa ?Mmmmmmmm. [rires]Je suis surprise qu’on ne t’ait jamais posé la question.C’est une excellente question, mais je suis gêné à l’idée de répondre sincèrement parce que je pense que je serais revenu. J’aime beaucoup travailler au cœur d’une espèce de structure masochiste. Tu vois ce que je veux dire ? C’est marrant, parce que je suis en train de raconter à quel point je suis libre dans ma vie. En plus, les mecs amish sont vraiment canon. J’adore leurs barbes et leurs pantalons taille haute.INTERVIEW : AMY KELLNER
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