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Des Taïwanais ont ouvert un restaurant Jurassic Park illégal en Californie

Lampions chinois, costumes indiens et dinosaures miniatures : ils ont dépensé sans compter.

Jamie Lee Curtis Taete

Jamie Lee Curtis Taete

Les choses bizarres se font de plus en plus rares de nos jours. À l’heure où le marketing régit notre quotidien et où l’excentricité est devenue un argument commercial, il est de plus en difficile de croiser des choses réellement étranges. J'ai donc été extrêmement enthousiaste lorsque j'ai entendu parler du Jurassic Restaurant, un restaurant taïwanais situé dans la ville d’Industry, en Californie.

À une époque, on pouvait trouver des choses bizarres un peu partout. Si l'on devait uniquement se fonder sur le film Freaks de Todd Browning, il était impossible de sortir de chez soi sans tomber sur un weirdo. Mais aujourd’hui, le divertissement à l'américaine consiste à regarder bêtement des gens tarés. Des émissions de télé sont consacrées à des femmes qui mangent des canapés ou qui font de la chirurgie esthétique pour ressembler à des célébrités. C'est devenu normal. Même l’homme au scrotum de 60 kg (REP) avait réussi à se trouver un agent.

Les choses loufoques sont tombées entre les griffes des publicitaires et des gens qui bossent dans le marketing. L'originalité, qui auparavant était recherchée par les marginaux, est maintenant récupérée par les analystes de marché et recrachée dans des publicités comme celles d'Old Spice ou de Geico.

Évidemment, beaucoup de gens diront que le monde est toujours plein de bizarreries. Mais ces gens se sont fait duper. La loufoquerie est aujourd'hui étudiée, étiquetée et acceptée par ceux qui veulent reconnaître les choses à leur juste valeur.

Par exemple, de nombreuses personnes à Los Angeles m'ont parlé d'un strip club « super bizarre » plein de clowns et dans lequel on peut trouver un bar à salades. Apparemment, il fallait ABSOLUMENT que j'y aille. Mais quand je l'ai visité, tous les clients avaient moins de 30 ans et portaient une chemise à carreaux. Les strip-teaseuses dansaient sur du Radiohead et avaient des tatouages qui pourraient tout aussi bien figurer sur une tasse Urban Outfitters.

C'est devenu important d'être cynique vis-à-vis de ce qui est loufoque. Rien ne peut être reconnu à sa juste valeur. Aujourd'hui, si l'on se retrouve face à quelque chose comme le Dumb Starbucks, la première question qu'on se pose n'est plus : « qu'est-ce que c'est que ce bordel ? » mais plutôt « quel est le but recherché par ce marketing viral » ? C’était donc un vrai plaisir pour moi de voir quelque chose d'aussi excentrique que ce restaurant taïwanais reprenant illégalement l’univers de Jurassic Park.

Le restaurant est situé dans un centre commercial entouré de centres commerciaux. À en croire  le panneau, ce restaurant  s’appelle « Jurassic Restaurant Full Line Tin », ce qui ne veut absolument rien dire.

Ce qui rend ce restaurant si bizarre (mis à part le fait qu'il n'a jamais été mis en examen pour violation des droits d'auteur depuis son ouverture il y a huit ans), c'est son interprétation arbitraire du thème de Jurassic Park. On aurait dit que tout ce qui était inscrit à l'intérieur avait été traduit en mandarin par Google Traduction, avant d'être retraduit en anglais.

Pour entrer dans le restaurant, il faut passer par de grandes portes en bois. Là-bas, on trouve des maquettes de dinosaures un peu partout – ce qui reste relativement fidèle au film jusqu’ici.

Mais les similarités s'arrêtent là. Il y a des jouets d'enfants tout droit sortis de menus Happy meal – comme des figurines de Razmokets – ainsi que des lampions chinois, des décorations d'Halloween, des citrouilles miniatures et des néons affichant des marques de bière.

Pour s'éloigner encore plus du thème, la musique consistait en cinq morceaux de rap qui tournaient en boucle. Rien n'avait de sens. C'était parfait.

Bien entendu, les serveuses étaient habillées en indiennes. Elles portaient des colliers avec leurs prénoms inscrits dessus, des Uggs et une ceinture gadget avec un triangle rose. (Peut-être était-ce une référence à l'insigne utilisé par les nazis dans les camps de concentration pour désigner les homosexuels ?)

D'après le diaporama qui s'affichait sur ce faux iPhone géant accroché au mur, les serveuses arboraient parfois des tenues plus colorées. J'ai demandé à l'une d'entre elles s'ils avaient des plats végétaliens, mais elle ne savait pas ce que c'était.

Je ne veux pas dire par là qu'elle ne connaissait pas le mot. Elle ne pouvait simplement pas imaginer des plats sans viande ni produit laitier. Lorsque je lui ai expliqué ce qu'était le végétalisme, elle avait l'air si choqué et confus qu'on aurait dit que je lui avais renversé un seau d'eau glacée sur la tête. Après des explications qui m'ont semblé durer une heure, elle a eu l'air de comprendre de quoi je parlais, et m'a assuré que le chef me cuisinerait un plat végétalien.

Quand elle m'a apporté mon assiette, la nourriture était enfouie sous une montagne d'œufs au plat. « Le chef a dit qu'il fallait forcément des œufs ou du porc, pour le goût », m'a-t-elle dit. Être à Los Angeles et se retrouver dans un endroit qui non seulement ne propose rien de végétalien, mais dont les serveuses n'ont jamais entendu parler de végétalisme, c'était une expérience merveilleuse.

Après une deuxième tentative, elle m'a apporté quelque chose qui ressemblait davantage à un plat végétalien.

C'était tout à fait acceptable. Plus « acceptable » que tous les autres plats que j'ai mangés au cours de ma vie.

Si je devais décrire le goût que ça avait, l'adjectif qui conviendrait le mieux serait : « nourriture ». Un tas beige de glucides et de glutamate de sodium à moitié salé, assez savoureux, et parfaitement consommable.

Mais qui se soucie du goût de la nourriture ? On ne va pas dans un restaurant taïwanais qui viole les droits d'auteurs de Jurassic Park pour manger de bons petits plats. On y va pour poster des photos de soi sur Facebook avec des dinosaures en fibre de verre géants et des serveuses indiennes.

Il faut donc profiter du dernier havre de la bizarrerie qu'il nous reste. Au moins, jusqu'à ce qu'un abruti bossant pour un site connu y mette les pieds et écrive un article qui pousserait de nombreux crétins comme lui à s’y rendre.

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