Bouffer des bites de bouc avec des milliardaires américains

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Bouffer des bites de bouc avec des milliardaires américains

J'ai assisté au 110e dîner annuel de l’Explorers Club – une société réservée aux riches qui regroupe des chercheurs, des mathématiciens et des astronautes.
26.3.14

Il y a deux semaines, j'ai assisté au 110e dîner annuel de l’Explorers Club (le Club des Explorateurs). Fondé en 1904, ce club est « une société internationale et pluridisciplinaire dédiée à la recherche sur le terrain ». Accessoirement, c’est un club réservé aux riches qui regroupe des chercheurs, des mathématiciens, des écrivains et des astronautes.

Chaque année, le club organise une soirée au prestigieux Waldorf Astoria pour que des gens intelligents puissent se donner des tapes amicales dans le dos et se complimenter mutuellement. Les festivités commencent par un brunch, avant de laisser place aux interviews et aux séances photo. La soirée se termine sur un dîner, un discours et une after-party. Mais les gens (du moins, ceux qui ne font pas partie du club) s’y rendent principalement pour le dîner, exclusivement composé de produits incroyablement chers. Cette année, il fallait compter au moins 900 euros pour avoir le privilège d’y assister.

Après avoir franchi les portes de la réception, je me suis retrouvé au beau milieu d’un troupeau de diplômés de l’Ivy League, de théoriciens des cordes et de magnats de l’Internet. Parmi les personnes présentes, on pouvait notamment trouver le prince du Bhoutan, le parachutiste autrichien Felix Baumgartner et Jeff Bezos, fondateur et PDG d'Amazon.

Le repas était préparé par Gene Rurka, grand expert en plats exotiques. Pour cette édition, sa sélection de nourriture – qui varie selon la disponibilité des produits et le prix du marché – était aussi impressionnante que révoltante. Les lampes chauffantes qui ornaient les murs ne faisaient qu'amplifier l'odeur faisandée des carcasses rôties disposées à travers la salle de réception. Sur la table, des rats musqués côtoyaient des soupes de méduse et des brochettes de tarentules. Il y avait aussi du cheesecake aux sauterelles et une salade de cerveau d'agneau. Par le passé, Gene a notamment servi des macaques, des frelons asiatiques et des tatous.

Ces amuses-gueules en font des tonnes, mais que voulez-vous ? Comment satisfaire un homme qui a écumé les sept continents à plusieurs reprises ? Que peut-on bien servir à des gens qui ont traversé l’Antarctique et marché sur la Lune ? La réponse est simple : il suffit de mettre une myriade de pénis exotiques dans leur assiette et de plonger un œil de chèvre dans leur martini.

Une fois l’apéritif terminé, on nous a conduit dans la salle de bal où un dîner plus classique (préparé par l'hôtel, cette fois-ci) allait être servi. Le président du club est monté sur scène avec un casque d'astronaute sur la tête. Il a entamé son discours en remerciant la marque Rolex, qui lui avait manifestement donné beaucoup d’argent pour l’aider à accomplir un truc. Il a ensuite remercié tout un tas de gens avant de porter un toast et de présenter le prince du Bhoutan au reste des invités. Le prince en a profité pour prononcer un discours très inspirant sur son pays natal – selon lui, le pays plus heureux de toute l’Asie.

Ensuite, un professeur est monté sur l'estrade. Après une courte introduction à la théorie des cordes, il a donné quelques ordres à l'auditoire :

« Si vous avez escaladé l'un des sept sommets, s'il vous plaît, levez-vous ».

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« Si vous avez regardé la Terre depuis l'espace, s'il vous plaît, levez-vous ».

« Si vous êtes un expert en théorie des cordes, s'il vous plaît, levez-vous ».

Tristement assis sur ma chaise, j'ai vite réalisé que je ne faisais pas partie de ce beau monde. Malgré ma mauvaise foi légendaire, je savais que je me trouvais en présence de personnes qui permettaient de privatiser la science américaine – et, à terme, de faire évoluer la race humaine.

Ensuite, Stephen Hawking a conclu son discours – lequel était diffusé en temps réel par satellite en utilisant des algorithmes compliqués et des synthétiseurs vocaux – sur une pensée aussi profonde qu'ambitieuse : « Nous devons explorer avec audace ce que personne n'a jamais exploré. »

Finalement, j’ai trouvé une excuse pour quitter la table. Sur le chemin de la sortie, je suis passé devant le moteur de la fusée Apollo et j'ai attrapé un sac qui contenait un exemplaire de National Geographic, une visière Rolex et un dessert au scorpion, avant de me barrer pour ne plus jamais revenir.