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FRANCE

La France et la Russie se mettent enfin d’accord sur les navires de guerre Mistral

La Russie sera « exclusivement et intégralement remboursée » d’après le communiqué de l’Élysée, bien que la somme exacte n’ait pas encore été révélée. La France pourrait revendre les deux navires d’après le ministre de la Défense français.

par Pierre Longeray et Pierre-Louis Caron
06 Août 2015, 1:42pm

Le Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) Mistral en rade de Toulon, le 25 novembre 2006. (Image via Wikimedia Commons)

La France et la Russie se sont mises d'accord ce mercredi soir « pour mettre un terme au contrat signé en 2011, qui prévoyait la livraison de deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) de type Mistral [deux navires de guerre], » d'après un communiqué de l'Élysée.

Ainsi, la Russie sera « exclusivement et intégralement remboursée des sommes avancées au titre du contrat ». Pourtant, aucune somme n'est mentionnée dans le communiqué élyséen ou celui du Kremlin, qui confirme lui aussi l'accord franco-russe. Ce mercredi après-midi, lors d'un entretien téléphonique, Vladimir Poutine et François Hollande ont trouvé un terrain d'entente après plusieurs mois de tractations.

Les négociations autour des Mistral encombraient les relations diplomatiques entre la Russie et la France depuis plus d'un an. À cause de l'implication de la Russie dans la guerre en Ukraine et l'annexion russe de la Crimée, en mars 2014, la France s'était montrée peu à peu moins encline à livrer les navires de guerre à la Russie.

En juillet 2014, le président français François Hollande avait d'abord déclaré que le premier Mistral, le Vladivostok, allait bien être livré aux Russes comme convenu en 2011, mais que la livraison du second navire dépendrait de « l'attitude de la Russie » concernant la guerre en Ukraine. Mais c'est aussi à cette date que de nombreux pays ont mis en place un embargo visant la Russie, ce qui a contraint la France à revoir son engagement commercial avec le pays.

À lire : Mistral : livrera, livrera pas ?

En février 2015, c'est finalement la livraison des deux navires qui a été définitivement suspendue, le temps pour la France de vérifier que la Russie respecte effectivement les accords de Minsk — qui incluaient un cessez-le-feu et la reprise du dialogue politique entre les forces opérant en Ukraine. Le 22 avril dernier, François Hollande avait alors annoncé lors d'une conférence de presse aux côtés du président ukrainien, Petro Porochenko, que la livraison n'était plus « possible ».

Un remboursement au montant inconnu

Pour les Russes et les Français, il s'agissait dès lors de s'accorder sur le montant d'un remboursement. Le contrat signé en 2011 prévoyait la construction et la livraison de deux navires porte-hélicoptères militaires, ainsi qu'une formation des équipages russes et un transfert de technologies pour un montant total de 1,2 milliard d'euros.

La France avait commencé par proposer de verser 785 millions d'euros à la Russie en guise de remboursement, alors que la Russie en réclamait 1,163 milliard. Les Russes expliquaient cet écart par la formation — à leurs frais — de 400 marins qui devaient embarquer sur les Mistral, la fabrication de 4 hélicoptères de combat et la construction d'infrastructures spéciales à Vladivostok — port d'attache originellement prévu pour les Mistral.

Le quotidien russe Kommersant, daté de ce jeudi, assure que le montant de l'accord trouvé ce mercredi s'élèverait à plus de 1,1 milliard d'euros — soit le montant réclamé par la Russie. D'après le journal russe, l'argent aurait même déjà été transféré en secret sur le compte d'une banque russe. Ce jeudi matin, Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense français, invité sur la radio RTL déclarait que « Le montant exact sera communiqué au Parlement parce qu'il y aura une loi de ratification et le Parlement va être saisi très rapidement du montant et du dispositif, » ajoutant que la somme était moindre que 1,2 milliard d'euros.

Jeudi dernier, plusieurs titres de la presse russe avaient déjà publié des informations concernant un hypothétique accord entre la France et la Russie au sujet des deux navires de guerre. Suite à ces rumeurs, François Hollande avait alors déclaré vendredi soir, que « pour l'instant, » il n'y avait « pas d'accord ». Hollande précisait que « Des discussions sont engagées, » et qu'il prendrait « la décision dans les prochaines semaines. » Des semaines qui se sont transformées en jours.

À lire : Affaire des Mistral : des rumeurs d'un accord final entre la France et la Russie

Contacté par VICE News vendredi dernier — avant l'officialisation de l'accord franco-russe, le Directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Jean-Pierre Maulny, expliquait que cette affaire est loin d'avoir décrédibilisé la France dans le monde de la vente d'armes.

« Ce sont des choses qui arrivent dans ce secteur, » nous indique-t-il, « Ce n'est pas fréquent mais dès qu'il y a un embargo décidé contre un pays, beaucoup de marchands se retrouvent coincés. » En 1994, la France a par exemple annulé la livraison de trois sous-marins à l'Afrique du Sud — alors sous embargo du fait de l'Apartheid — pour finalement les envoyer au Pakistan.

Que faire des Mistral ?

Les BPC Mistral sont des navires de guerre polyvalents capables de transporter des chars d'assaut et des hélicoptères, mais aussi de servir d'État-major flottant voire d'hôpital. Problème, la France en a déjà trois « et n'en veut pas d'autre, » nous expliquait Maulny.

« Le principe de ces bateaux [les Mistral] a beaucoup plu dans le monde, » nous indiquait Jean-Pierre Maulny, qui se dit « confiant » quant au rachat prochain de ces navires par d'autres pays.

Le Drian expliquait justement ce jeudi matin sur RTL qu'un « certain nombre de pays, ils sont nombreux, ont fait connaître leur intérêt pour ces bateaux, » puisque la France a désormais « la pleine propriété et la libre disposition des deux bâtiments, » d'après l'accord signé entre la Russie et la France ce mercredi.

La France pourrait sinon toujours « louer ces bateaux à l'Union européenne pour ses opérations extérieures, » d'après Maulny.

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Image via Wikimedia Commons

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