La Russie essaye de couvrir son allié syrien pour l'attaque chimique d'Idlib

Pour la Russie, l'attaque au gaz neurotoxique de mardi est due à une frappe ciblant un entrepôt des rebelles syriens, qui y stockaient des substances toxiques.

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avr. 5 2017, 3:01pm

Reuters/Ammar Abdullah

La Russie a essayé de couvrir le président syrien Bachar Al-Assad ce mercredi, en déclarant que la dévastatrice attaque au gaz neurotoxique dans la province d'Idlib est due à une frappe ciblant un entrepôt des rebelles syriens, qui y stockaient des substances toxiques. L'allié du régime syrien a aussi rejeté une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant l'attaque chimique présumée. De son côté, la communauté internationale semble s'accorder sur le fait que le régime syrien se cache derrière cette attaque, qui a fait 72 morts ce mardi, et ne croit pas aux allégations russes.

Le ministre des Affaires étrangères britannique, Boris Johnson, a rejeté l'explication donnée par la Russie. « Tous les éléments que j'ai en ma possession suggèrent que le régime d'Assad est derrière cette attaque... et a fait usage d'armes illégales contre son propre peuple. »

Un expert britannique en armes chimiques a précisé qu'une telle frappe détruirait simplement le sarin, l'agent chimique qui aurait été utilisé pour l'attaque de ce mardi. « Si vous faites exploser du sarin, vous le détruisez, » a confié Hamish de Bretton-Gordon à la BBC, estimant que les affirmations russes sont « totalement fausses et intenables ».

Hasan Haj Ali, commandant du groupe rebelle de la Free Idlib Army, a confié à Reuters que les gens sur place ont vu l'avion « larguer du gaz » et qu'aucun groupe rebelle ne serait capable de produire une telle substance.

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont déposé une résolution devant le Conseil de sécurité. Les trois pays souhaitent que la Syrie fournisse les registres de vols de ce mardi à une équipe internationale d'enquêteurs, qui pourrait accéder aux bases aériennes d'où les attaques auraient pu être déclenchées. La Russie, qui a un droit de véto au Conseil de sécurité, a estimé que cette résolution était « inacceptable ». Avec la Chine, la Russie a déjà fait usage de son droit de véto pour bloquer des sanctions imposées à la Syrie suite à des attaques chimiques ou d'autres crimes de guerre.

Cela faisait des années qu'une attaque chimique n'avait pas été aussi meurtrière en Syrie. Ce mardi, les victimes présentaient les symptômes d'une exposition au gaz sarin ou à un autre agent neurotoxique. Sur des images de l'attaque, des enfants sans vie sont aux côtés de victimes qui ont de la mousse dans la bouche. Cet épisode rappelle immanquablement un des épisodes les plus sombres des six années de guerre en Syrie : l'attaque chimique contre Ghouta en 2013. Des centaines de personnes avaient trouvé la mort dans cette attaque, qui avait presque déclenché une opération militaire américaine dans le pays.

Si Assad a finalement accepté de rendre son arsenal d'armes chimiques, des groupes comme Human Rights Watch et Amnesty International ont depuis documenté des attaques chimiques menées par le régime contre son peuple, notamment en novembre et décembre dernier, lors de la reprise d'Alep par Assad.

La Russie a pris l'habitude de décliner toute responsabilité et de dédouaner son allié syrien en cas de terribles atrocités. Le pays affirme même parfois que ces atrocités n'ont pas eu lieu.

En octobre, quand une école de la ville de Hass, tenue par les rebelles, a été touchée, tuant au moins 35 personnes, dont 22 enfants, la Russie a nié être responsable et s'est demandée si l'attaque avait vraiment eu lieu – accusant les médias occidentaux de diffuser des photos truquées.

Mais une enquête indépendante menée par la Conflict Intelligence Team, installée en Russie, a prouvé que l'attaque avait été menée par la Russie ou le régime syrien. Le groupe a estimé que la réponse russe était « au moins superficielle et au pire constituait une tentative délibérée de diffuser de fausses informations au public russe et au monde. »

L'Observatoire syrien pour les droits de l'homme (OSDH), installé à Londres, a indiqué ce mercredi que l'attaque de mardi avait fait 72 morts, dont 20 enfants.

Quelques jours avant l'attaque, les autorités américaines avaient fait savoir que leur priorité dans le conflit n'était désormais plus de retirer Assad du pouvoir. L'attaque invite alors se questionner sur le futur rôle d'Assad, alors que les tierces parties essayent de négocier une résolution pour mettre fin au conflit. Avec le soutien de la Russie et de l'Iran, Assad a toujours la main au niveau militaire, et les forces de l'opposition semblent incapables de le déloger du pouvoir.

Au cours des derniers mois, les gouvernements occidentaux ont discrètement abandonné l'idée d'éjecter Assad, mais la dernière attaque pourrait avoir renforcé leur volonté de voir le leader syrien partir. La Première ministre britannique, Theresa May, a déclaré « Assad n'a aucun futur dans une Syrie stable, » et a demandé aux pays tiers impliqués de « s'assurer que l'on trouve une transition loin d'Assad. »


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