Etats-Unis

Un agent des services secrets a étranglé un journaliste pendant un meeting de Donald Trump — et ça n’a rien d’étonnant

Sur des images publiées sur les réseaux sociaux, on voit le journaliste Christopher Morris, photographe du Time, être saisi par la gorge puis renversé violemment sur le dos par l’agent des services secrets.

par Olivia Becker
01 Mars 2016, 11:40am

Image via Twitter/Gabby Morrongiello

Un agent des services secrets, en charge de la sécurité, s'en est pris à un journaliste qui aurait quitté la zone réservée aux médias lors du meeting de Donald Trump en Virginie ce lundi. Le photographe essayait de prendre des images de manifestants qui étaient conduits vers l'extérieur.

Sur des images publiées sur les réseaux sociaux, on voit le journaliste Christopher Morris, photographe du Time, être saisi par la gorge puis renversé violemment sur le dos par l'agent des services secrets. En bas à droite de l'image : 

« J'ai fait un pas en dehors de l'enclos [des médias] et il m'a attrapé par le cou et a commencé à m'étrangler et à me jeter au sol », expliquait Morris à des journalistes alors qu'on le sortait du meeting.

Sur une autre vidéo, on voit Morris répondre "Fuck you" à l'agent, apparemment juste avant qu'ils en viennent aux mains. 

Depuis le début de sa campagne, Donald Trump a traité à plusieurs reprises les médias de « racaille » et « de pire chose qui soit » lors de ses discours. Le but apparent étant de faire de la presse son sac de frappe. Ce lundi, les attaques verbales ont donc cédé la place à la confrontation physique lors du meeting en Virginie.

L'incident a choqué de nombreuses personnes cette nuit, mais il n'y a rien de très surprenant. Surtout quand on a assisté à plusieurs meetings de sa campagne en tant que journaliste. Trump est le seul candidat à la présidentielle américaine à avoir imposé des zones médias lors de ses meetings qui sont fermées et dont les journalistes ne peuvent pas sortir. Les autres candidats ont certes des zones réservées aux médias, mais les journalistes sont libres de se mêler à la foule et d'interviewer le public. Ce lundi, on a vu que quitter l'enclos des journalistes à un meeting de Trump se faisait non sans risques.

Journaliste dans le monde de Trump

J'ai appris à accepter le fait que les rencontres avec le service de sécu de Trump et son équipe de campagne sont souvent désagréables. Un inconvénient de mon métier. J'ai souvent vu des membres de l'équipe de communication de Trump patrouiller autour de nous, à la recherche de journalistes se promenant avec des caméras ou des micros. Lors du meeting de Council Bluffs dans l'Iowa, l'un de ses assistants a obligé des journalistes avec des caméras à rentrer dans l'enclos, il était aussi sur leur dos lorsqu'ils interviewaient des gens. L'incident de ce lundi arrive un jour après que Trump a dit qu'il voulait changer les lois portant sur la diffamation pour qu'il soit plus simple de poursuivre en justice les médias qui font des reportages jugés négatifs.

Les reporters qui couvrent la campagne de Trump aiment échanger des petites histoires sur la manière dont son équipe de campagne traite la presse. « T'as entendu parler de machin et truc qui ont été blacklistés ? » C'est ce genre de choses que j'entends souvent. Et je ne suis pas passée loin. C'était lors de la fête du caucus à Des Moines. J'étais à côté de la scène, j'attendais Trump. Un agent des services secrets remarque mon badge presse et me regarde droit dans les yeux, me demande de reculer si je ne veux pas perdre mon accréditation. 

Chris Morris est poussé vers la sortie après l'incident.

Au moins, on peut se rassurer en se disant qu'il n'y a rien de personnel. En novembre, un reporter de CNN, Noah Gray, filmait un cadre de la campagne de Trump en train de menacer de retirer des accréditations aux journalistes qui oseraient quitter l'enclos de la presse pendant un meeting.

Katy Tur, de la NBC a tweeté il y a peu lors d'un meeting de Trump : « Trump crache sur la presse. La foule est en liesse. Un homme non loin de l'enclos de la presse nous regarde et crie : « T'es une pute! » Un autre gentleman nous fait des doigts. »

Je suis allée à des meetings en Iowa, dans le New Hampshire, et en Caroline du Sud, pour tous les candidats Républicains (sauf Jim Gilmore). Trump est le seul candidat qui parle des médias et de l'organisation terroriste État islamique avec le même dégoût. Durant chaque discours, il prend quelques instants pour montrer l'enclos des journalistes, tout en étrillant les médias. Ça fait son petit effet : la foule applaudit et nous hue.

L'équipe de Trump n'a pas encore répondu à nos demandes de réactions à l'incident impliquant Morris. Mais un communiqué a été publié plus tard dans la journée : « Nous sommes au courant des détails de cet incident et toutes les demandes devraient être adressées aux forces de l'ordre. »

Les services secrets ont confirmé qu'un de leurs agents est impliqué dans l'altercation et disent étudier les circonstances exactes « qui ont mené à l'incident ». Le Time a fait part de ses inquiétudes. Morris quant à lui a expliqué ne pas vouloir poursuivre l'agent. 


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Edit : cet article a été mis à jour le 1er mars à 13h28 avec l'extrait vidéo sur lequel on entend Morris insulter l'agent.