Tests sur les animaux : l'Europe rejette une pétition signée par 1,2 million de personnes

La Commission européenne félicite le geste, mais indique que les expérimentations animales doivent pour le moment continuer afin de soigner les humains.

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05 Juin 2015, 7:15am

CONTROLUCE/AFP/Getty Images

Ce mercredi, la Commission européenne, l'organe exécutif de l'UE, a publié sa réponse à l'Initiative Citoyenne Européenne (ICE) appelée « Stop vivisection ». Cette ICE, un type de pétition à l'échelle européenne, a été signée par près d'1,2 million de citoyens européens. Ils réclament l'arrêt des expérimentations scientifiques sur les animaux à horizon 2020. La Commission a décidé de ne rien changer à sa position, qui est de ne pas interdire, tant que l'on n'a pas d'autre option, tout en favorisant une diminution des tests sur animaux. Un des enjeux du débat sur lequel s'opposent pro et anti tests, c'est de savoir si des alternatives fiables existent déjà ou non.

La pétition demandait l'abrogation de la directive européenne 2010/63/UE sur la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques. Elle proposait à la place un nouveau cadre juridique qui interdirait ces expérimentations animales avec donc pour date butoir l'année 2020. Pour être examinée par la Commission européenne, elle devait être signée par au moins un million de citoyens européens et dépasser un quota de signatures dans au moins sept états membres. Elle a dépassé ce quota dans neuf états et recueilli exactement 1 173 130 signatures, avant d'être déposée en mars 2015.

La Commission européenne ne souhaite pas changer de cadre légal pour les expérimentations animales. Elle salue toutefois le geste, en disant « se félicite[r] de la mobilisation des citoyens en faveur du bien-être animal ». Reste qu'elle estime que ces expérimentations sont parfois nécessaires pour développer des médicaments destinés aux humains, et que les techniques alternatives ne sont parfois pas assez efficaces. « La substitution de tous les essais sur des animaux par d'autres méthodes n'est pas possible actuellement étant donné que l'on doit garantir un niveau élevé de protection de la santé humaine et animale et de l'environnement, » indique la Commission.

Cette réponse de l'exécutif européen a été précédée par une campagne destinée à recueillir les signatures, elle aussi baptisée « Stop vivisection ». L'un des organisateurs de cette campagne — qui a participé au débat notamment dans une tribune du Monde — c'est Claude Reiss, un ancien directeur de recherche au CNRS, désormais président d'Antidote Europe, une association de lutte contre les expérimentations animales. Contacté par VICE News ce jeudi après-midi, il se dit déçu par la réponse de l'Europe : « Cela fait 50 ans qu'on applique des méthodes inutiles, alors que des alternatives existent, comme les tests sur des cellules humaines prélevées lors d'opérations, ou même sur des mini-organes reconstitués à partir de cellules-souches. »

« Aucune espèce ne peut être un modèle pour une autre espèce, » nous indique Reiss. « Donc les résultats des tests réalisés sur des animaux comme des souris ou des primates ne sont pas transposables aux humains. »

Même si Claude Reiss pense qu'on ne peut pas arrêter les tests sur les animaux d'un seul coup, il dit s'inquiéter de cette technique de recherche qui selon lui est « dangereuse pour l'homme, car elle n'apporte aucun progrès pour des maladies comme le Sida, ou d'autres pathologies qui touchent de plus en plus les hommes : le cancer, l'autisme, Alzheimer, le diabète. »

Si l'argument scientifique était présent dans la campagne « Stop vivisection », on y trouvait aussi l'argument de la protection des animaux. La campagne a ainsi été associée à des vidéos qui montraient des expérimentations animales qui se seraient passées en Europe, avec des images souvent explicites.

@IgualdadAnimal publishes exclusive images of animal testing in Spain

Pour Luc Buée, neurobiologiste et directeur de recherche au CNRS, la plupart de ces images sont montrées « hors contexte » et démontrent avant tout un « problème de communication » autour de cet enjeu. Contacté ce jeudi après-midi par VICE News, il nous dit que « N'importe quelle vidéo de chirurgie sur des humains peut être aussi choquante. » Il répond également à la controverse scientifique sur l'efficacité des expérimentations animales : « Les images et les cas scientifiques choisis par les opposants aux expérimentations ne représentent pas la réalité de cette pratique, » affirme-t-il. « Le cadre juridique actuel est bon et il est bien appliqué en France, où je travaille, » estime ce chercheur qui lui aussi a participé au débat, mais pour défendre les expérimentations animales et la législation actuelle.

« Il y a un besoin d'information [exprimé] par le public, qui a été reconnu par l'Europe, » estime-t-il. « Mais sur le fond, les expérimentations animales sont justifiées scientifiquement, car elles sont effectuées quand les méthodes alternatives ne marchent pas. » Contrairement à ses opposants, il pense que « dans certains cas complexes, certaines espèces animales réagissent comme l'homme ».

La position de M. Buée est semblable à celle de l'Europe : poursuivre les tests sur les animaux tout en ayant pour objectif de les diminuer au maximum. Pour l'Europe, cette politique est celle des « 3 R » : « remplacer » progressivement les tests sur animaux par des tests alternatifs fiables ; « réduire » ces expérimentations animales ; « raffiner » les conditions d'élevage et de soins de ces animaux.

Selon un rapport de l'UE, datant de 2013, près de 11,5 millions d'animaux de laboratoire ont été tués dans l'Union européenne en 2011. La France est le pays qui en a tué le plus, avec 2,2 millions. 80 pour cent de ces animaux sont des rongeurs ou des lapins.

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