Au moins 43 morts dans le pire accident de la route en France depuis des décennies

Vendredi matin, un bus et un camion sont entrés en collision dans le sud-ouest de la France. Il s'agirait du plus grave accident de la route en France depuis 1982.

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23 Octobre 2015, 11:05am

Photo par Caroline Blumberg/EPA

43 personnes, pour la plupart des personnes âgées sont mortes ce vendredi matin, lorsqu'un bus est entré en collision avec un camion qui lui faisait face. Le bus a pris feu dans le sud-ouest de la France, près de Bordeaux. D'après les informations données par les autorités, il s'agirait du plus grave accident de la route en France depuis 1982.

Huit autres personnes auraient été blessées dans cet accident qui s'est produit sur une petite route de Gironde, non loin de Puisseguin, à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Bordeaux, a indiqué la préfecture.

Deux personnes souffrent d'un traumatisme crânien et deux autres de brûlures sévères, a indiqué la préfecture. Les blessés graves ont été transportés au CHU de Bordeaux par hélicoptère. Le chauffeur du car est indemne, et a pu évacuer quelques personnes du car. Le chauffeur du camion, ainsi qu'un enfant retrouvé à ses côtés en milieu de journée, sont décédés. Il s'agissait de son fils, âgé 3 ans.

La région de l'accident. Image via Google Maps.

« Manifestement, c'est le camion qui a perdu le contrôle de son véhicule et qui s'est mis en travers de la route », a indiqué le maire de la commune de Puisseguin Xavier Sublett à la radio RTL. La chauffeur « a tenté de l'éviter mais le camion est venu le percuter et il n'a rien pu faire à part activer le mécanisme d'ouverture des portes pour permettre à quelques-uns de sortir, ce qui a été le cas », poursuit-il.

Plusieurs médias rapportent que le camion, qui transportait du bois, était plié « en portefeuille » en travers de la route, c'est-à-dire que la remorque était repliée vers l'avant de ce camion articulé. Les deux véhicules auraient pris feu lors de la collision. Des images montrent une structure d'un des véhicules totalement brûlée.

Un plan départemental, le plan ORSEC, déployé en cas d'événement « touchant gravement la population », a été déclenché, a indiqué le ministère de l'Intérieur. Un numéro vert a été mis en place, ainsi qu'une cellule psychologique pour les familles et les proches des victimes. Une chapelle ardente va être dressée, a indiqué la préfecture.

« C'est un virage dangereux de la commune », a déclaré le deuxième adjoint au maire de la commune de Puisseguin, Gérard Dupuy. « Il y a déjà eu des accidents à cet endroit », a-t-il affirmé. Plusieurs témoignages d'habitants et de chauffeurs de la région confirment cette information.

Il s'agit de la départementale numéro 17, qui traverse des vignobles réputés, notamment le vignoble de Saint-Émilion. Selon le président du département de la Gironde, cité par le journal local Sud Ouest, la route avait été refaite en 2011, elle était en bon état et la signalétique conforme.

Une longue enquête à prévoir

« Les experts de l'Institut de recherche de la gendarmerie ont été immédiatement dépêchés sur les lieux, et l'enquête, sous l'autorité du procureur, commence immédiatement », a déclaré le Premier ministre Manuel Valls, qui s'est rendu sur place avec le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et le secrétaire d'État aux Transports Alain Vidalies. « C'est un choc terrible, pour la France, et aujourd'hui la France et les Français sont en deuil », a-t-il poursuivi.

Près de 200 gendarmes ont été mobilisés « pour sécuriser la zone et enquêter », a indiqué la gendarmerie nationale. L'identification des corps commencera ce samedi matin, à l'aide de prélèvements ADN, a indiqué le colonel Réty, commandant du groupement de la gendarmerie de Gironde.

« L'enquête va être longue, elle devrait durer entre un et deux ans », prévoit maître Philippe Courtois, avocat de la Fédération nationale des victimes de la route, contacté par VICE News ce vendredi en milieu d'après-midi.

« Les gendarmes vont recueillir les premiers témoignages, notamment celui du chauffeur, examiner les traces de freinage, et ensuite les experts vont tenter de déterminer pourquoi le camion s'est mis en travers de la route, pourquoi un feu s'est déclaré », nous explique l'avocat. « Cela passera par l'expertise des deux véhicules et peut-être également par une reconstitution. »

Ce n'est qu'au terme de cette enquête que les proches des victimes pourront être indemnisés, en vertu de ce que l'on appelle le « préjudice d'affection », réglementé par la loi Badinter du 5 juillet 1985.

« Ce sont les assurances, soit celle du car, soit celle du camion, qui prendront en charge les indemnisations », explique maître Courtois. Celles-ci s'élèvent selon l'avocat en moyenne à 20 000 euros dans le cas d'un accident avec une victime, mais pourraient dans ce cas être rehaussées compte tenu du caractère particulier de cet accident collectif.

Une excursion d'une journée

Le président François Hollande s'est exprimé depuis la ville d'Athènes, alors qu'il est en visite en Grèce. Il a exprimé sa "tristesse" en apprenant cette "tragédie". Les députés français ont observé une minute de silence à l'Assemblée nationale.

Le bus transportait environ 50 personnes pour un voyage d'une journée plus au sud, à Arzac, dans les Pyrénées atlantiques. Ils venaient pour beaucoup de la commune de Petit-Palais, à quelques kilomètres du lieu de l'accident.

La plupart des victimes étaient membres du club de troisième âge de cette petite commune, qui avait organisé cette excursion.

« Ils devaient venir pour manger la garbure, la soupe spécialité locale et ensuite visiter la maison du jambon de Bayonne », a expliqué René Casenave à francetv info, conteur à Arzacq, qui devait accueillir les personnes âgées.

Le plus grave accident depuis plus de 30 ans

Il pourrait s'agir du plus grave accident de la route en France depuis plus de 30 ans. En 1982, un accident à Beaune avait fait 53 morts dont 44 enfants. Un car transportant des enfants d'une colonie de vacances avait percuté à faible vitesse une voiture dont le réservoir s'était éventré, provoquant un gigantesque incendie.

Depuis les années 2000, trois accidents d'autocar ont fait plus d'une dizaine de blessés, en 2003 près de Lyon, en 2004 au sud de Poitiers, et en 2007 en Isère.

Depuis les années 1970 les routes françaises sont bien moins meurtrières. D'après les statistiques officielles, 16 000 personnes mourraient sur les routes de France chaque année dans le début des années 1970. Ces dernières années ce chiffre a chuté sous les 4 000 morts.

Lucie Aubourg a participé à la rédaction de cet article, suivez Lucie sur Twitter @LucieAbrg

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