Red Star FC

Avec les recruteurs du Red Star FC

Le 17 avril, le Red Star FC organisait l’une de ces sessions de détection pour recruter de jeunes joueurs. VICE a rencontré les éducateurs qui animent ces séances.

par Theo Englebert
13 Mai 2019, 7:11am

Photos de Théo Englebert 

Charles Itandje, Sofiane Feghouli, Steve Marlet ou encore Vincent Doukantié sont passés par les séances de détections du club audonien. La liste des joueurs ayant poursuivi une carrière internationale après un passage au Red Star FC ne cesse de s’allonger. En ce mercredi 17 avril, c’est l’effervescence au stade Bauer de Saint-Ouen. Une foule de mômes est venue participer aux détections, espérant être repérés par les éducateurs du club qui observent les séances.

Pierre-Antoine Rolland, 26 ans, est arrivé au Red Star l’an dernier. Il a entraîné les moins de 12 ans avant de devenir responsable de l’école de foot qui encadre les enfants de 6 à 13 ans. Au Red Star, où chaque tranche d’âge compte une cinquantaine de licenciés, les enfants sont évalués et les éducateurs dressent trois bilans par an. « Là on arrive sur le deuxième bilan dans lequel on va pré-orienter en termes d’investissement, d’assiduité et sportif… Soit ils continuent avec nous, soit on va leur dire que c’est un peu compliqué pour l’an prochain et qu’il reste un mois pour donner le maximum. Le 15 mai c’est le troisième bilan où tout le monde va savoir ce qu’il fait l’an prochain », conclut le responsable de l’école de foot. Il s’agit donc de remplacer trois ou quatre enfants qui quittent le club dans chaque catégorie.

Pierre-Antoine
Pierre-Antoine Rolland.

Le club compte devenir plus sélectif encore. « On est rentré vraiment dans une école de foot très élitiste, expose Pierre-Antoine. C’est pour ça que l’on propose un double projet scolaire/sportif pour les U12 et U13, rattaché au collège Michelet. Cette année, ça ne seront que des licenciés du club ». Douze collégiens auront des horaires aménagés pour s’entraîner quatre fois par semaine au Red Star. « Il feront leur parcours scolaire au collège Michelet, auront une préformation d’élite et les meilleurs intégrerons un lycée sportif pour continuer en seconde, première et terminale ». Objectif : fabriquer les futurs footballeurs professionnels du Red Star FC.

« Sur les détections sauvages comme ça, il n’y a pas forcément les meilleurs éléments. Chaque éducateur a aussi son réseau », explique Pierre-Antoine. Les détections ne sont plus privilégiées et le club accueille désormais près de 300 enfants au sein de stages durant lesquels certains joueurs sont également détectés. Une méthode sur laquelle compte Pierre-Antoine : « On n'aura plus vraiment besoin de faire des détections ».

Sébastien Robert, 46 ans, est directeur technique du Red Star et entraîneur de la réserve du club. « Mon rôle est simple. Je m’occupe de tout ce qui est lié au terrain : le choix des entraîneurs, le projet de jeu, la formation des éducateurs… J’apporte mon expérience pour créer une politique de jeu collective », expose-t-il. L’homme intervient peu dans les détections. « Je fais confiance. Parfois je viens, je regarde et je donne mon avis. Dans certains cas on va se tromper, mais ça fait partie du sport. De toute façon, pour valider des joueurs il faut passer par moi à la fin », conclut-il.

Sebastien
Sébastien Robert.

C’est également à Sébastien Robert qu’il appartient de déterminer les profils de joueurs à recruter. « Chaque poste a un profil. On est plutôt axé sur la technique et l’intelligence de jeu. On veut des bons joueurs sur les transitions entre la phase offensive et défensive » détaille le technicien. Au-delà des considérations techniques, il y a un esprit Red Star. Sébastien Robert dit exiger beaucoup de respect. « Un gamin qui fait une faute, on voit son attitude s’il relève le joueur et s’il s’excuse. On ne répond pas à l’éducateur, on ne conteste pas l’arbitre avec insistance, on prend sa douche en sortant de l’entraînement », énumère-t-il. « L’éducation est hyper importante quand on décide si on va prendre un gamin ou pas ».

Nabil Feghouli, 38 ans, est éducateur au Red Star depuis cinq ans. « Mon rôle c’est d’accompagner les enfants dans leur progression à partir du moment où je les récupère au mois de juin avant de les passer à mon collègue du niveau supérieur en fin d’année », explique-t-il. Nabil prend en charge « le bas de la pyramide » du Red Star et entraîne les moins de 14 ans. C’est le premier à leur inculquer les valeurs du club. « L’humain est aussi important que le joueur. Un bon joueur c’est très bien, mais s’il a des valeurs humaines et respectueuses c’est mieux », résume-t-il.

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Pendant deux longues heures, les plus jeunes donnent le meilleur d’eux-mêmes sur la pelouse du terrain attenant à Bauer. Du côté du banc de touche, Nabil et ses collègues observent, jugent commentent. « Chez les enfants, c’est le côté technique qui m’intéresse plus particulièrement. La qualité de passe et de contrôle sont les premiers critères pour un joueur de football », explique Nabil. Mais il ne suffit pas de savoir taper dans un ballon pour convaincre l’éducateur. « Après il y a des critères d’attitudes. Quand un enfant perd le ballon, je regarde s’il fait les efforts nécessaires pour se replacer. Je regarde aussi s’il encourage, s’il communique, s’il prend les informations dans ses déplacements ».

« C’est un championnat avec beaucoup d’engouement et beaucoup de parents autour. On filtre bien, mais il y a d’autres clubs où tous les joueurs ont déjà des agents » – Foued, entraîneur en U14

Nabil fait la navette entre ces collègues et les jeunes. Il prend le temps de discuter avec chacun, les conseille et les encourage. « Quand les enfants viennent en détection, souvent il y a une gestion des émotions qui n’est pas facile. Quand un enfant se sent rassuré, il peut jouer relâché. C’est mon ressenti depuis que je suis éducateur au Red Star », analyse-t-il. Un engagement social qui se poursuit auprès des jeunes sélectionnés. « Personnellement, j’attache beaucoup d’importance au côté humain. J’aime connaître mes joueurs, leur situation familiale, leur provenance géographique… Et ça, les enfants te le rendent sur le terrain par la suite », affirme Nabil.

Foued Kada Houriet, 35 ans, entraîne les joueurs de 14 ans, un âge charnière dans le foot. « À cet âge-là, on est patient. On est confronté à deux types de joueurs : ceux qui sont formés morphologiquement parce qu’ils ont grandi d’un coup et les plus petits qui ont quand même du ballon. Chaque joueur ne progresse pas de la même façon », constate Foued. C’est aussi à cette période que les carrières se précisent. « C’est un championnat avec beaucoup d’engouement et beaucoup de parents autour. On filtre bien, mais il y a d’autres clubs où tous les joueurs ont déjà des agents. Dans ces cas-là, on ne peut rien faire à part parler aux parents ». Les terrains sont ouverts au public. À travers leurs conseils, les éducateurs du Red Star sont aussi le seul rempart pour les enfants contre cette face sombre du football.

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Cet article est publié dans le cadre du partenariat entre VICE et le Red Star et a été réalisé en tout indépendance.