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Interview

Dans le monde des funérailles pour animaux de compagnie

« Nous avons travaillé pour des familles qui avaient des perruches, des perroquets, des rats, des cochons d’Inde, des hamsters et des chinchillas. Nous avons aussi eu quelques serpents. »

par Tiffy Thompson
02 Octobre 2017, 5:00am

Photo publiée avec l’aimable attention de Pets at Peace

Cet article a été initialement publié sur VICE Canada.

À l'âge de 35 ans, Helen Hobbs avait déjà perdu son père, sa mère et deux de ses grands-parents, dont elle était très proche. Alors qu'elle prenait les dispositions nécessaires pour l'enterrement de son père, elle a rencontré une directrice funéraire pour la première fois. C'est à ce moment-là qu'elle a décidé de poursuivre une carrière dédiée à aider les autres dans leur deuil.

Après avoir travaillé dix ans comme directrice d'un funérarium dédié aux humains, elle a décidé d'ouvrir Pets at Peace. En tant que gérante d'un funérarium pour animaux, elle propose de rendre hommage à votre animal de compagnie – ce qui implique généralement que les amis et la famille partagent des anecdotes amusantes et des souvenirs personnels. « C'est une belle fin, même si je n'aime pas ce mot, qui aide les gens à donner un sens à la vie vécue par leur animal. »

Elle fournit les services typiques d'un directeur funéraire – le bain, la toilette, la position de l'animal pour que l'adieu final soit le plus naturel possible. À partir de là, l'animal décédé, souvent enveloppé dans une ouverture ou dans un vêtement appartenant à son maître, est placé dans une housse mortuaire en vue de la crémation. Parce qu'il n'y a pas de cimetière animalier à Toronto (et qu'une loi dit interdit d'enterrer votre animal dans le jardin), Hobbs ne procède qu'à des crémations – bien qu'il soit également illégal d'incinérer humains et animaux dans un même crématorium.

Nous avons discuté avec Hobbs afin de savoir quelles sortes d'animaux bénéficient d'un au revoir aussi élaboré et ce que ça fait de faire face à ce type de deuil en particulier.

VICE : Bonjour Helen. Qu'est-ce qui vous a poussé à devenir directrice funéraire pour les animaux ?
Helen Hobbs : Une amie à moi a emmené son chat chez le vétérinaire pour le faire euthanasier. Elle voulait garder ses cendres. Elle a attendu quelques semaines avant d'appeler pour demander où elles étaient. Ils lui ont répondu : « Nous ne les avons pas encore récupérées. » Ça a duré six semaines. Finalement, elle leur a dit que cette situation était ridicule. Une heure plus tard, ils l'ont rappelée pour lui dire que les cendres étaient arrivées. Ça n'a fait qu'ajouter à sa douleur. À ce jour, elle se demande encore si les cendres sont bien celles de son chat. Étant du métier, je sais que le processus de crémation n'aurait pas dû durer aussi longtemps. C'est vraiment une question de jours normalement. Je me suis dit qu'il devait y avoir une meilleure façon de faire.

En quoi les funérailles d'animaux diffèrent-elles des funérailles d'êtres humains ?
Pour ce qui est des animaux domestiques, la plupart des gens qui viennent me voir souhaitent offrir à leur animal une fin digne et respectueuse. Peu de personnes choisissent ont recours à ce service. La famille tient simplement à conserver les cendres de son animal de compagnie à la maison. Pour ce qui est des humains, on enterre le plus souvent des parents qui ont eu une longue et belle vie, de sorte que leurs proches acceptent plus ou moins leur mort. Même si un animal de compagnie a vécu une vie bien remplie et longue pour sa race, disons 15 ou 16 ans, ce n'est jamais assez long. On croirait qu'hier encore, il n'était qu'un chiot ou un chaton. Donc, même si sa mort est prévisible en raison de son âge, elle n'en est pas moins choquante.

C'est un peu comme enterrer un enfant. C'est la seule chose à laquelle je peux comparer cela. Je pense que la raison pour laquelle nous sommes aussi attachés à nos animaux est qu'ils restent enfantins pour nous toute leur vie. Nous sommes proches d'eux parce qu'ils sont avec nous, probablement plus que notre conjoint ou nos enfants, parce qu'ils sont constamment à la maison.

Quels genres d'animaux avez-vous incinéré ?
Nous avons travaillé pour des familles qui avaient des perruches, des perroquets, des rats, des cochons d'Inde, des hamsters et des chinchillas. Nous avons aussi eu quelques serpents. Nous avons eu un écureuil – un jeune couple l'avait trouvé dans son jardin alors qu'il était bébé. Ils l'ont ramené chez eux et s'en sont occupés. C'est dingue de voir à quel point les gens peuvent aimer leurs animaux. C'est vraiment touchant. L'animal le plus vieux que j'ai incinéré était un chat de 22 ans. Il y a environ trois semaines, le golden retriever d'un jeune homme a donné naissance à des chiots, dont un est mort à la naissance. Il me l'a amené.

Est-ce que ça vous atteint, parfois ? Le fait de voir des animaux morts à longueur de journée ?
Bien sûr. J'ai un chien et trois chats. Les gens, malheureusement, ont beaucoup à supporter. Le deuil d'un animal est fort et profond. Certaines personnes m'ont déjà dit : « Je pleure mon chat presque plus que je n'ai pleuré ma mère. » Je pense que, tous comme les humains, il y en a des bons et des mauvais là en haut, et je connais une médium qui communique avec les animaux. Quelques familles l'ont déjà contactée, et elle a réussi à communiquer avec deux animaux.

Quelle est la plus grosse idée reçue au sujet de votre boulot ?
Je pense qu'il y a plus d'idées reçues du côté des humains. J'ai l'impression que les gens pensent que les directeurs de pompes funèbres se contentent de leur ouvrir la porte. Ils ne se rendent pas compte de ce que nous faisons vraiment, et je pense que les gens sont assez surpris d'apprendre que, en tant que directeur des pompes funèbres, vous embaumez également des corps.

Que voulez-vous que les gens sachent au sujet des funérailles pour animaux de compagnie ?
Nous ne pouvons malheureusement pas soulager leur chagrin, mais il n'y a rien de grave dans le fait de pleurer son animal de compagnie, il ne fait pas en avoir honte. Je veux que les gens sachent que c'est important et qu'ils cherchent des personnes qui les soutiendront dans leur chagrin. Il y a aussi ce qu'on appelle la « privation de chagrin », lorsqu'une personne ne bénéficie pas du même soutien que s'il avait perdu, disons, un frère ou une sœur. Les gens disent : « Ce n'était qu'un chien, tu n'as qu'à en prendre un autre ». Ceux qui disent ça ne sont généralement pas des amoureux des animaux de compagnie, et ils ne comprennent pas ce lien qui nous unit à eux.

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