Société

Une semaine de ferveur et de festivités avec les Loubavitch de Paris

Cabanes mobiles, lectures pieuses et spectacles pour enfants : à l'occasion de Souccot, la communauté juive orthodoxe se rassemble dans le XIXe arrondissement.

par Chloe Sharrock; propos rapportés par Marie Fantozzi
04 Octobre 2017, 6:20am

Une soucca mobile dans les rues de Paris. Photos : Chloe Sharrock

La fête de Souccot se déroule sur une semaine, et commémore l'exil du peuple hébreu dans le désert égyptien. Traditionnellement, les Juifs observant ce rite, l'un des plus importants pour les hassidiques, sont tenus de résider durant sept jours dans une soukka (ou soucca) – une cabane – ou, au minimum, d'y prendre leur repas. En milieu urbain, le rite est forcément plus difficile à suivre, aussi des grandes cabanes sont installées dans les Beth Habad pour permettre aux membres de la communauté d'y manger et de s'y rassembler. Des soukka mobiles – des cabanes installées sur des voitures – sont également conduites à travers la ville, s'arrêtant dans différents quartiers.

Les prières sont accompagnées du loulav, un bouquet de quatre espèces de plantes sélectionnées avec soin et beaucoup d'exigence, qui se doit d'être porté par les hommes tout au long de la semaine et balancé dans des directions précises lors des prières – une tradition qui se devait d'apporter une année de pluie abondante. Cette fête est partagée entre des moments de grande ferveur, avec de nombreuses cérémonies à la synagogue pour les hommes, et des moments plus festifs le soir, représentant la communion joyeuse avec Dieu, en particulier par le chant et la danse, sur laquelle les Juifs hassidiques insistent particulièrement.

Au Beth Habad, centre communautaire juif de la rue Petit à Paris, de nombreuses familles juives hassidiques de la communauté loubavitch se rassemblent pour célébrer la fête de Souccot. Une grande cabane commune est installée pour que tout le monde puisse y dîner et prier.

Les Loubavitch font partie du courant hassidique, une branche du judaïsme orthodoxe apparue au XVIIIe siècle en Biélorussie, apparue en réponse à un judaïsme considéré comme trop figé. L'une des facettes principales de ce courant étant le grand respect des traditions et de la Loi juive, à savoir le Talmud et la Torah, cette dernière regroupant pas moins de 613 mitzvot (commandements) qui se doivent d'être appliqués quotidiennement. En France, ils sont environ 40 000, dont une grande majorité en Île-de-France. Et à Paris, ils sont principalement regroupés autour du XIXe arrondissement, notamment vers la rue Petit, véritable épicentre de leur communauté. C'est là qu'on trouve le plus grand Beth Habad de la ville, sorte de centre communautaire où se trouvent la synagogue, l'école, une salle des fêtes...

La communauté loubavitch parisienne est loin des clichés assez récurrents que l'on peut avoir d'eux – on les confond bien souvent avec les juifs ultraorthodoxes qui suivent une pratique religieuse plus stricte encore. Ils sont loin d'être coupés de la modernité par exemple, et sont même très connectés sur les réseaux sociaux, écoutent la radio ou regardent la télé.

Cette fête est l'occasion de se rassembler avec sa famille et ses proches, et intègre une dimension très festive. Des spectacles pour les enfants sont ainsi organisés dans la salle des fêtes ou en extérieur les soirs de la semaine, avec des clowns ou des acrobates et de la musique. Ces « sim'hat beit hashoëva » proviennent d'une ancienne coutume qui célébrait le puisage de l'eau lors de grandes fêtes chantées et dansées. La journée cependant, seuls les hommes se rendent à la synagogue pour prier tandis que les femmes en sont totalement absentes. Cela doit rendre le repas dans les soukkas d'autant plus important, puisqu'il est le seul moment de cette célébration à rassembler hommes, femmes et enfants au sein d'un espace partagé – même lors des spectacles familiaux le soir, les femmes et adolescentes se doivent d'être séparées des hommes.

Lors d'une nouvelle célébration de Sim'hat Beit Hachoéva, le septième soir de Souccot, les hommes et les enfants marchent et dansent, en formant un grand cercle, ici sur la place des Fêtes à Paris, sous l'œil attentif des femmes.

S'il a d'abord été un peu laborieux d'obtenir des autorisations au début, j'ai finalement réussi à me faire accepter grâce au porte-parole des Loubavitch de France, Haïm Nisenbaum, un homme très respecté dans la communauté, que j'ai joins seulement la veille du premier jour de Souccot. Il m'a autorisée à assister à une première nuit de célébrations, pour finalement m'autoriser le lendemain à rester toute la semaine. Et si certains paraissaient encore méfiants, il me suffisait de mentionner le nom du porte-parole et son accord pour qu'on me laisse travailler sans trop me poser de questions. J'incorpore ce reportage dans un projet plus large, englobant toutes les différentes communautés religieuses présentes à Paris, et je pense que c'est cela qui a convaincu Nisenbaum d'y intégrer les Loubavitch, au même titre que les autres courants du judaïsme ou les autres religions.

Pour moi, c'est quelque chose d'assez fascinant de voir de quelle manière la religion régit ou articule la vie des gens, et la manière dont elle organise différentes communautés autour d'elle, notamment en France, où la laïcité est plus que jamais au coeur des débats tandis qu'on assiste en parallèle à un renouveau du religieux dans la société.

Ce reportage, réalisé en octobre 2016, s'inscrit dans le cadre du projet au long cours « The weight of silence », traitant des célébrations religieuses à Paris et sa région.

Un cracheur de feu donne un spectacle lors d'une nouvelle célébration de Sim'hat Beit Hachoéva, sur la place des Fêtes à Paris.
Un pianiste de la communauté loubavitch, place des Fêtes à Paris. Cette fête se veut particulièrement joyeuse et festive.
Une soukka mobile sur la place de la République à Paris
Lors d'une célébration pour le septième soir de Souccot sur la place des Fêtes, des Loubavitch s'isolent pour prier. Il est en effet de coutume de rester éveillé toute la nuit en se consacrant à la prière, et ainsi réciter le Livre du Deutéronome en entier avant minuit, puis le Livre des Psaumes.
Lors de la fête de Souccot, des hommes de la communauté juive hassidique des Loubavitch se rassemblent pour une prière matinale dans une synagogue, ici dans le centre communautaire du XIXe arrondissement. Ils tournent, bouquet de loulav en main, autour de l'estrade où sont sortis les cinq rouleaux de la Torah.
Des femmes de la communauté loubavitch observent les hommes et les enfants qui dansent à l'étage inférieur du Beth Habad de la rue Petit. Dans cette branche du judaïsme, les femmes sont séparées des hommes lors des festivités, ainsi qu'à la synagogue. Elles portent également des perruques afin de couvrir leurs cheveux.
Le quatrième soir de la fête de Souccot, au Beth Habad, une Sim'hat Beth Hachoéva est célébrée dans la salle des fêtes au sous-sol du centre communautaire. Un moment particulièrement festif et familial se concluant par un spectacle pour les plus jeunes.
Célébration de Sim'hat Beit Hachoéva, sur la place des Fêtes à Paris.

Chloe Sharrock est membre de l'agence Ciric. Vous pouvez retrouver son travail sur son site.

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